Souvenirs d’enfance (6) : moi et mon p'tit frère Michel

Source : Julien Dallaire.Je suis assis sur les marches de l’escalier, en compagnie de mon p’tit frère Michel.Nous attendons bien sagement notre père. Il doit venir nous chercher dans quelques minutes. Dès que M’man nous a fait le message, « on s’est dépêché », comme on dit. M’man nous a fait un lunch en vitesse : un sandwich à la confiture de fraises et une bouteille de « John Collins » remplie de « Kool-Aid » pour chacun. On s’en va à Saint-Casimir…Mon père conduit un « 5 tonnes » International 1948 pour le Canadien National. C’est l’été; les vacances pour moi qui ai 9 ans… Michel en a 6. Les vacances signifient aussi les travaux de réfection et d’entretien de la voie ferrée… Les « gangs », comme on les appelle, qui sont disséminées dans la région de Québec et les comtés environnants : ces ouvriers ont besoin de matériel; c’est mon père qui le livre, et parfois, c’est à l’extérieur de la ville. Il appelle alors ma mère… en douce… Les patrons l’ignorent… Et nous voilà partis pour une grande expédition.La grand’route défile lentement. Les villages se succèdent : Saint-Augustin, les Écureuils, Donnacona et ainsi de suite. La « 40 » n’existe pas. Nous roulons sur la « 2 », route à deux voies où les enfants que nous sommes jouent à qui va compter le plus de « vans » qui vont et viennent. Chaque fois que nous croisons une église ou un calvaire, mon père porte la main droite à son front. Le paysage que j’affectionne encore aujourd’hui, c’est le coin des Écureuils où la route longe le fleuve. Au grand soleil, c’est fantastique! Le périple dure une bonne partie de la journée. On rentre à la maison avec la hâte au prochain voyage…Ces « expéditions » vont se répéter au besoin. Saint-Marc-des-Carrières, Saint-Augustin, Charny, Sainte-Anne-de-Beaupré : voilà les destinations dont je me souviens. Et quels souvenirs indélébiles elles vont laisser!Cette année-là, Michel s’est caché quand est arrivé le jour de la rentrée scolaire. Il ne voulait pas aller à l’école parce qu’il ne pourrait plus faire les voyages avec mon père…[ À lire aussi : Souvenirs d’enfance (5) : Un p’tit gars de Limoilou et la révolution hongroise. ]