Histoire de la patinoire de la Saint-Charles (1) : Allons patiner sur la rivière!

La nouvelle patinoire de la rivière Saint-Charles à l'hiver 1976. Vue en aval du pont Marie-de-L'Incarnation. Source : Ville de Québec.
La nouvelle patinoire de la rivière Saint-Charles à l'hiver 1976. Vue en aval du pont Marie-de-L'Incarnation. Source : Ville de Québec.
Crédit photo: Jean Cazes
Le 3 janvier 1976, les citoyens de Québec sont invités, pour une première fois, à chausser leurs patins pour venir patiner sur la rivière Saint-Charles. La Ville de Québec inaugure, ce jour-là, une patinoire glacée qui s’étire sur trois kilomètres de longueur entre les ponts Dorchester et Marie-de-l’Incarnation. La surface glacée, large d’une soixantaine de pieds, équivaut en superficie à cinquante patinoires extérieures! [carte ci-contre].Le secteur de la rivière Saint-Charles compris entre le pont Marie-de-L'Incarnation (à gauche) et le pont Dorchester (à droite). Source : Google Maps.Un pavillon à la Marina Saint-Roch permet de chausser ses patins en toute sécurité et une roulotte est installée pour les patineurs près du pont Lavigueur. La première année d’opération de la patinoire de la rivière Saint-Charles à l’hiver 1976 s’avère un franc succès. Plus de 125,000 personnes fréquenteront la surface glacée ouverte pendant huit semaines en janvier et février de cette année. Le patinage constitue le sport le plus naturel et le moins dispendieux des Québécois : il fait intimement partie de leur vie hivernale.

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La Ville de Québec est à l’époque profondément convaincue du potentiel récréatif diversifié de la rivière Saint-Charles. L’administration du maire Gilles Lamontagne vient alors de terminer, après cinq années, les travaux de bétonnage des murs de la rivière. Elle a également construit un barrage au coût de $1,6 million à son embouchure afin de s’assurer d’avoir toujours un niveau d’eau constant dans la rivière, surtout durant la période estivale. En 1974, la Ville a également lancé le projet Kabir Kouba qui prévoit la construction d’espaces récréatifs et de 2,000 logements le long des berges. Après avoir utilisé la rivière Saint-Charles comme un égout à ciel ouvert pendant plus d’un siècle, la Ville veut réhabiliter ce cours d’eau.Le projet d’animation de la Ville de Québec pour la rivière Saint-Charles consiste alors à aménager une immense patinoire durant la saison hivernale et de permettre le canotage durant l’été. La patinoire de la rivière connaît durant les premières années d’opération un succès fulgurant. À la fin des années 1970, plus de 400,000 personnes viennent patiner sur la rivière à chaque année. L’ambition de la ville de Québec est de faire de la Saint-Charles une destination courue comme le Canal Rideau, à Ottawa.Pourquoi, un tel succès? D’abord, la Ville de Québec met tout en œuvre pour assurer la réussite de l’opération. Elle consacre un budget de plus de $200,000 à la patinoire. Dès la mi-décembre 1975, les employés municipaux se mettent au travail pour ouvrir la patinoire avant Noël, si la température le permet. Dès que la glace a quatre pouces d’épaisseur, les employés déblaient la rivière. Lorsque la glace atteint sept pouces, camions et chenillettes débarquent sur la rivière pour préparer la surface glacée. L’entretien de la glace se fait de nuit, les employés étant payés souvent en temps supplémentaire. Pour procéder à l’arrosage de la surface glacée, on perce une trentaine de trous dans la glace le long de la rivière où l’on pompe l’eau. De plus, la Ville s’assure d’une animation constante sur la patinoire en associant étroitement les activités du Carnaval de Québec à la rivière. Présence du Bonhomme, course de motoneiges, fêtes populaires… Les activités sur la Saint-Charles attirent en plus des citoyens des quartiers Saint-Roch, Saint-Sauveur et Limoilou, des résidents de toute la région et de nombreux touristes qui participent eux aussi aux activités carnavalesques.Mais cet engouement pour la patinoire de la rivière Saint-Charles ne durera pas dans les années 1980. La patinoire connaît alors une baisse de popularité constante. De 400,000, le nombre d’utilisateurs de la rivière chute rapidement à 300,000, puis 200,000, pour atteindre un creux historique en 1991 avec 20,000 personnes. (À suivre)

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Billets publiés et à venir dans cette rubrique

  • Allons patiner sur la rivière! (7 février)
  • L’agonie de la patinoire (14 février)
  • Une solution de remplacement (21 février)

[ Du même auteur : Chronique d’une rivière disparue (8) : canalisation de la Lairet. À consulter : la Société de la rivière Saint-Charles. ]