Je travaille à Place des Chênes

Je travaille à Place des Chênes depuis deux ans. La première fois où j’ai entendu parler de l’endroit, c’est parce que je devais relocaliser l’organisme pour lequel je travaille. J’adorais mon ancien bureau sur la 1re Avenue, voisin du feu café Nagua, j’habitais à cinq minutes à pied. Rien pour me remettre en forme, j’avais cependant le luxe d’aller dîner chez moi.

J’espère qu’ils vont garder l’enseigne

Lorsque je suis arrivé dans mon nouveau local, j’avais peu d’espoir, surtout les jours de pluie. Je souffrais de ce que je qualifierai plus tard du « mal de Place des Chênes ». C’est l’utopie d’une autre époque : un centre d’achats de banlieue situé au cœur du quartier Sainte-Odile. Il est difficile de comprendre qu’un entrepreneur ait eu l’inspiration et l’audace de construire un pavillon là, perdu derrière le Colisée. Peut-être que dans le temps des Nordiques ça roulait?  Une nouvelle génération d’entrepreneurs est pourtant en train de redonner vie à l’endroit et on doit leur donner crédit.

Un restaurant louche

À mon premier jour de travail, j’ai essayé le seul restaurant de la place. J’ai fait un voyage en 1988.« Qu’est-ce que tu vas manger mon bebé? La soupe c’est moi qui l’a faite est ben bonne». Une cuisine maison où de vieux routards se rencontrent pour dîner entre les petites télés perchées aux quatre coins du resto. Laissez-moi vous dire que ces gars-là sont passés à côté de l’émission «Des dames de cœur». Le restaurant est à vendre en ce moment.

Un style de vie

La décoration intérieure est bureaucratique et drabe. Plusieurs affiches non-fumeurs sont toujours collées sur les portes et la couleur rose serin habille les corridors de façon dramatique. Les corridors ont des airs de « Shining». L’histoire la plus terrible que j’ai entendue sur Place Des Chênes, c’est celle d’un gars qui aurait immolé sa blonde avec un bidon d’essence dans le stationnement une nuit. Est-ce une légende?

L’endroit où je dois aller porter mes poubelles derrière le centre d’achats me déprime énormément. Michael Jackson aurait pu y tourner une scène de «thriller».

Les boutiques 

En bas il y a la «Boutique Bizarre». Pourquoi appeler son commerce la boutique bizarre? On y vend du linge Harley Davidson. J’ai longtemps pensé que c’était un «front» parce que le propriétaire m’avait dit «la vraie boutique est en arrière», mais il n’en est rien. Adjacent, il y a un grand local où je n’ai jamais vu personne, mais il y aurait du bingo la fin de semaine et des encans. Si vous êtes infirmière, il y a une boutique d’uniformes. Ça ressemble à des pyjamas et, parfois, il y en a avec des motifs originaux. On y trouve aussi «La Serpe d’or», un vendeur de bijoux où vous pouvez échanger votre or si vous en avez.

Si j’avais les ailes d’un ange…

Place des Chênes a déjà connu ses heures de gloire. Elle a été l’hôte d’un Saint-Hubert, un Métro (qui est devenu un énorme dépanneur) et du ministère de la Solidarité, qui meublait tout l’espace du deuxième étage. C’est pour ça que le parcours 3 (RTC) se termine au coin de la rue. En parcourant Sainte-Odile en autobus, on voit beaucoup d’immeubles à logement et de vieilles maisons de banlieue style espagnol première génération. Je verrais Samantha Fox prendre une marche, que je ne serais même pas surpris.

Une renaissance

Mais Place des Chênes connaît un nouvel élan. D’ailleurs, une crèmerie vient d’ouvrir et un hall intérieur est presque terminé. Cette place fera sans doute le bonheur de nombreuses personnes âgées qui n’ont pas d’endroit où magasiner au chaud l’hiver. Ces nouveaux aménagements risquent de changer la face du quartier. Il y a beaucoup plus de locataires et les bureaux de différents organismes s’y installent progressivement. La vie reprend enfin dans les corridors rose serin. Place des Chênes semble tranquillement retrouver ses lettres de noblesse en entraînant tout le quartier avec elle.