L’effet Limoilou

— Et toi, tu vis où?

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Printemps 2005. Je viens d’emménager dans le Vieux-Limoilou. Je compte les garages, les coiffeurs.Je marche le soir dans les rues et lève les yeux. On me regarde à mon insu remonter la rue depuis plusieurs minutes  ̶ deux paires d’yeux dans la pénombre naissante sur un balcon de deuxième étage.La gêne rosit mes joues, j’accélère. Je découvre :Les Colocs pour un sous-marin,Le Y de la Canardière avec le Vidéo-Éclair,Le Tapis Vert/Le Corbeau, c’est selon,Le resto hamburger dans l’ancien Fistons (était-ce Betty Boop?),Les rangées de motos au Pub Limoilou,La Taverne chez Phil et sa fenêtre de briques,Le Bal du Lézard,La poutine du Pierrot, le Parc Cartier-Brébeuf.

—  Où ça?— Le parc avec la croix.— Ah, O.K.!

La fumée de la Daishowa —

— Ça sent don ben pas bon dans ton char!— C’est l’usine. Tu vas voir, on s’y fait!

La petite bibliothèque de la 4e, le Moka, le Kaméléon,La rivière Saint-Charles, feu le béton,Les fleurs, les berges, les oiseaux.

—  J’habite Limoilou.—  (Réaction sincère) Ah ouain, t’as pas peur?

Batailles aux couteaux, Harlem’s movies, Gangs de rue  ̶ plus mon interlocuteur habite loin du centre-ville, plus les clichés l’envahissent.Je soupire; mon quartier est un trésor insoupçonné.Printemps 2011. Les pancartes condos surgissent à tous les coins de rue. Je ne cherche plus désespérément jusque dans Saint-Roch un café sympa pour me réchauffer le soir venu.Les éclats de voix et l’odeur du BBQ sur les balcons. Des poussettes partout.Glissé dans une discussion, encore si souvent ce dialogue banal :

— Alors t’habites où?— Limoilou.— Ah ouais, moi aussi! Sur quelle rue t’es?

J’habite Limoilou. J’en suis fière. Je ne suis plus seule.