Lettre à Mylène…

Chère Mylène Moisan,J’ai lu avec intérêt votre chronique portant sur vos sept jours à pied – ou plutôt sans voiture. J’étais curieux de lire votre compte-rendu de cette semaine un peu spéciale, étant en général un lecteur assidu de vos chroniques et vous sachant résidente du Vieux-Limoilou.Je me suis senti un peu interpellé par votre chronique, car je suis de ceux qui choisissent de vivre sans auto – tout en ayant un enfant de très bas âge. Après votre expérience, vous avez affirmé « qu’il faut l’aimer en maudit, la planète, pour se passer d’une auto (…) ». En tout respect, je vous ai trouvé un peu sévère pour ceux qui choisissent de vivre sans auto et, dans votre compte-rendu de la semaine, je vous ai senti parfois à la limite de la mauvaise foi. Deux petits exemples à cet effet : votre récit du retour de l’épicerie avec les bras chargés (il y a un service de livraison!) et votre aventure avec le « bazou » de Communauto. J’en suis membre depuis de nombreuses années et je n’ai jamais vu ou utilisé de « minoune », Communauto offre même des voitures électriques et hybrides maintenant.Évidemment, la situation de ceux qui n’ont pas le choix de vivre sans auto diffère de la mienne. Pour leurs déplacements, ces individus font souvent preuve de débrouillardise et d’ingéniosité à un niveau qui impressionnerait beaucoup de nos concitoyens qui n’ont pas à se poser ces questions-là (la clé pour les déplacements sans voiture personnelle réside en effet dans la planification). De mon humble avis, plusieurs d’entre nous devraient s’en inspirer.Revenons à votre affirmation principale concernant ceux qui comme moi « l’aime en maudit la planète ». En fait, et je sais que nous sommes de plus en plus nombreux, les gens qui veulent vivre sans voiture (et parlons plus globalement de ceux qui veulent en diminuer le rôle et l’importance dans leur vie) le font pour plusieurs raisons.  La planète et l’environnement bien sûr, et pas besoin d’épiloguer là-dessus. Personnellement, mes motivations sont plus larges : l’argument économique est une de celles-là. Les études sur la question sont en général unanimes : avoir une (ou deux) auto(s) personnelle(s) coûte plus cher que d’utiliser les transports actifs et collectifs. C’est un choix de vie : utiliser plus d’argent pour les transports (en coupant sans doute parfois dans les temps de déplacement) ou en économiser plus à d’autres fins (sachant qu’on affrontera l’hiver et la pluie plus souvent, mais qu’on pourra aller plus souvent à La Planque ou acheter des fromages québécois chez Yannick!). Autre raison souvent évoquée : les déplacements actifs et collectifs – et je ne vous apprendrai rien en vous disant cela – sont bien meilleurs pour la santé que de se déplacer en voiture. C’est l’évidence même et cet argument revient souvent chez ceux qui reviennent en ville afin de se rapprocher de leur lieu de travail. Ajoutons aussi que, règle générale, marcher est tout simplement plus agréable.

Moins d’auto pour une meilleure qualité de vie

Je me permettrais de vous donner deux autres exemples très concrets militant pour une diminution du rôle de la voiture dans nos vies : savez-vous que de 1991 à 2006, dans la ville de Québec, la proportion d’enfants du primaire qui se sont rendus à l’école à pied ou à vélo a chuté de 51 % à 33 % pendant que la proportion de ceux qui y sont allés en voitures a augmenté de 8,7 % à 32,4 % (source: INSPQ). Vous ne trouvez pas ça déprimant comme statistique? Autre exemple : avez-vous remarqué la place que prennent les voitures dans les ruelles et les cours arrières du Vieux-Limoilou? Avez-vous déjà croisé une voiture qui roulait beaucoup trop vite dans une ruelle ou qui s’en servait comme voie de transit alors que ce n’est pas du tout leur utilité? Quand on veut que ses enfants jouent dans ces mêmes ruelles, ces usages sont de nature à nous inquiéter vivement. Avez-vous aussi constaté l’importance des places de stationnement pour les voitures dans de nombreuses cours arrières du quartier alors que ces cours pourraient être aménagées, servir aux enfants ou aux plus grands pour de magnifiques terrasses, ou pourquoi pas être utilisées comme potagers? A-t-on besoin de rappeler qu’une voiture ne sert pas et reste immobilisée 95% du temps…?Bref, Mme Moisan, oui on l’aime en maudit la planète, mais vouloir réduire le rôle et la place des voitures individuelles dans nos vies, c’est avant tout une question de qualité de vie. Vous ne croyez pas?