De Bogota à Limoilou : Le Projet Ange de Marina Cabrera

Mme Fortin et Marina Cabrera
Tout au long de l’année 2014, Monlimoilou.com ira à la rencontre de résidents et entrepreneurs du quartier, connus ou moins connus,  qui ont tous en commun d’être originaires de l’extérieur du Québec. Nous vous présenterons leur parcours jusqu’à Limoilou, ainsi que leurs impressions sur leur quartier d’adoption.

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Êtes-vous de ceux et celles qui pensent qu’au-delà de la 15e rue, il n’y a plus rien à voir sur la 3e Avenue ? Par un soleil d’été naissant, j’ai eu la grande surprise de découvrir un secret bien gardé de Limoilou. Le Projet Ange, c’est d’abord Marina Cabrera, propriétaire de M-informatique.Québec – 1999. Les Orphelins de Duplessis. Julie Payette sur Discovery. Le temps des Cathédrales. Marina fuit la Colombie pour le Québec. Son mari, activiste politique, vient de mourir. Elle est mère de deux jeunes enfants. Son dernier, Nicolas, naîtra trois semaines après son atterrissage au Canada. À son arrivée Marina peut compter sur l’aide d’une religieuse, rencontrée à Hôpital Saint-François-d’Assise. Elle trouve un emploi comme femme de chambre, alors qu’elle ne parle pas français. À une certaine époque elle travaille de jour et de nuit pour compenser les deux salaires. Elle obtient un baccalauréat en administration publique, puis une maîtrise à l’ENAP.

Du sexisme, non merci !

J’ai amené mon ordinateur dans une grosse entreprise parce que j’avais besoin de réparations. Le technicien était tellement déplaisant avec moi. Je n’ai pas du tout aimé son attitude. Ouais ma petite madame, je vais voir ce qu’on peut faire. Je suis partie, en disant que finalement je n’avais plus besoin de réparation, je suis arrivée dans mon appartement, j’ai démonté au complet l’ordinateur. Il était dans le salon et ça m’a pris une semaine pour le défaire et de le monter. Mais ça a marché ! »

Marina est une femme lumineuse. Son récit est captivant. À ses côtés, Mme Fortin chantonne. Ses mains manipulent outils de précision et pièces informatiques en tous genres. Une femme aînée réparant des ordinateurs ? Deux stéréotypes d’un coup mis sur le carreau. Ébahie, j’ose lui demander :— Mme Fortin, puis-je vous demander votre âge ?

Mamie à la rescousse !

Mme Fortin est bénévole au Projet Ange. Comme d’autres femmes accompagnées par Marina et Marcello, le technicien de M-Informatique, elle a appris à démonter un ordinateur de A à Z.— J’ai 76 ans !« Ses petites filles sont des ados. Maintenant elles demandent à mamie de faire les réparations de leur ordinateur et c’est génial ! ». Marina s’exclame de bonheur en serrant la main de Mme Fortin.Les ordinateurs assemblés par les bénévoles de Projet Ange sont offerts en don à des personnes dans le besoin grâce au contact de Marina avec une travailleuse sociale. Une lettre écrite par la personne recevant l’ordinateur est adressée à la bénévole qui a assemblé l’ordinateur.

Une dame souffrant de maladie dégénérative m’a beaucoup touchée, poursuit Marina. Dans la lettre elle racontait ce que c’était sa vie. L’ordinateur lui permettait maintenant de communiquer avec son frère, d’écouter sa radio. L’ordinateur est une porte ouverte sur le monde. »

Limoilou local

Depuis trois ans Marina est propriétaire de M-Informatique :« Je voulais retrouver cet esprit de petit atelier de quartier, pour les gens, la confiance, revenir à la notion de notre médecin de famille. Avant les gens connaissaient la couturière, le cordonnier, le boucher. »La solidarité est un thème qui revient souvent dans notre conversation.« Pour pouvoir maintenir une richesse au sein de notre communauté, ajoute-t-elle, il faut consommer les produits dans notre communauté. Parce que c’est l’argent qui va circuler. La circulation monétaire enrichit une société. »

Sur le vif

  • Ce que Marina aime le plus de Limoilou : les gens, le tissu social, la solidarité.
  • Les défis du quartier : l’environnement et la solidarité sociale. Le leadership de la communauté.
  • Le Québec : « Les Québécois sont des Colombiens qui parlent français. Les structures sociales sont très similaires. »
  • À importer au Québec : la Fête des professeurs (15 mai). Les Colombiens sont très reconnaissants envers les professeurs.
  • L’immigration : « Aujourd’hui on est tous des immigrants. On se couche dans une culture et on se réveille dans une autre. »
  • L’intégration des immigrants : l’importance de l’ouverture de la société d’accueil mais aussi de celle des immigrants. Participer économiquement, faire du bénévolat, s’impliquer dans des activités sociales et communautaires sont des clés d’intégration.
  • Un dernier message aux Limoulois : l’importance de l’engagement social dans la protection des personnes aînées et des enfants.

M-informatique1602, 3e Avenue418 688-6032