Quand le train de mon père passait à la gare de Lairet

Boulevard des Capucins, quartier Limoilou.
La Gare Lairet, dans le Vieux-Limoilou. 4 février 1964. Photographes Lefaivre et Desroches. Source : Jocelyn Paquet, Les Archives du photographe. Image fournie par Réjean Lemoine.
 Il y avait, dans les années 50,  la gare de Lairet située le long du boulevard des Capucins, coin de la Canardière.Lairet pour moi, c’était une petite gare brun-rouge en bois, située près du boulevard des Capucins. Du boulevard, on y accédait par un escalier. En fait, ce n’était pas une gare mais bien un centre télégraphique du Canadian National Railways (CNR).C’est là que le train de passagers  ralentissait pour que le «Conducteur» – on dit aujourd’hui Chef de train – puisse recevoir ses «ordres de marche» indiquant les arrêts ou les rencontres avec d’autres trains venant en sens inverse. Évidemment, à cette époque, tout se passait en anglais…Bien oui, avant les cellulaires, on utilisait le télégraphe. Les ordres étaient transmis en code morse et décryptés par un télégraphiste.Mon père était conducteur du train Québec-Chicoutimi. C’était un autorail frabriqué par la compagnie Budd. Le train était composé de deux wagons, une pour la marchandise et l’autre pour les passagers. Il n’y avait pas de locomotive car il s’agissait d’une automotrice.Le train quittait la gare du Palais et dix minutes plus tard, il arrivait à Lairet. Souvent, je prenais ma bicyclette et je m’y rendais pour voir passer mon père. Le train ralentissait et un préposé sur le quai de la gare tendait une longue perche vers mon père qui ouvrait la fenêtre d’une des portes du train puis agrippait un cerceau au bout de la perche. Dans ce dernier était enroulé un papier contenant les fameux «ordres».Mon père détachait le papier et il lançait le cerceau sur le quai de la gare. Technique bizarre mais efficace. L’autorail accélérait et en route vers Charlesbourg, Loretteville, Saint-Raymond, Rivière-à-Pierre et toutes ces gares sur le long tracé de la ligne vers Chicoutimi.Le lendemain, le train revenait à Québec et cette fois, c’est mon père qui lançait un document sur le quai de la gare de Lairet.Le parc Ferland était un autre endroit qui me permettait de voir les trains. Je connaissais les heures de départ et d’arrivée de tous les trains et je les voyais passer en m’amusant  sur une des balançoires placées au pied de la voie ferrée.Fils de cheminot un jour, fils de cheminot toujours. La petite gare de Lairet n’existe plus.Mon père est décédé le 28 août 1959.  J’avais douze ans.