Quand on jouait au hockey dans notre cour arrière jusqu’à la brunante

Enfants dans la ruelle. Huile sur toile. Peintre : Marcel Ravary (Montréal).
Je vous parle ici d’un temps que vous n’avez sûrement pas connu.  C’était avant les jeux vidéo, avant les grèves et les lockouts dans la LNH. On dit que c’était l’bon temps. Je le crois.J’ai vécu mon enfance, au cours des années 1950, dans la paroisse Saint-Fidèle du quartier Limoilou, un quartier ouvrier où derrière chaque rue il y avait une ruelle et derrière chaque maison une cour. Nous habitions pas très loin du Colisée – qui n’était pas encore «Pepsi» – et de l’Anglo Pulp.Source : L'Action catholique.Dès septembre, on jouait au hockey balle dans la ruelle. C’était comme notre camp d’entrainement car la vraie saison commençait vraiment quand mon père et les six pères du voisinage sortaient le boyau d’arrosage , dès les premiers grands froids, pour faire une patinoire dans leur cour arrière.Nous avions donc sept patinoires pour jouer tout l’hiver. La nôtre était la plus petite mais comble de modernisme, mon papa avait fait des buts avec des poches de patates comme filet et il avait tracé des lignes sur la glace. Wow ! mes chums n’en revenaient pas et notre patinoire est vite devenue laplus populaire du coin !Entre deux hangars de tôle, notre mini-Colisée était petit mais beau.  Maman avait insisté pour que nous installions un grand panneau de bois devant la fenêtre car le but «visiteur» était juste devant.Papa arrivait de son travail vers cinq heures et il allait tout de suite arroser la glace. Que c’était une belle surface ! Il en était si fier, surtout que lui et notre voisin Paré étaient en quelque sorte en compétition amicale pour avoir la surface glacée la plus lisse.Les soirs de semaine, il n’y avait pas de match car la petite ampoule extérieure n’éclairait que faiblement la surface de jeu. J’en profitais pour pratiquer mes boulets et ma sœur pratiquait ses arabesques sur ses patins de fantaisie blancs à pointe dentelée.C’est les samedis et les dimanches que les vraies «games» avaient lieu. Je me levais vers 7h pour gratter la glace ou pour pelleter la neige tombée durant la nuit.Deux toasts au beurre de peanut et oups ! sur la glace.  Les voisins arrivaient un à un, mettaient leurs patins et on faisait un «pick up» avec nos bâtons. Nous étions parfois quinze joueurs sur un espace réduit. On bougeait à peine, on ne faisait pas de montées comme notre héros Jean Béliveau, mais que nous étions heureux !Midi, le diner, c’était sacré… du moins pour maman. On avalait en vitesse unn sandwich, un verre de lait et un MayWest pour retourner jouer au plus vite. Nous arrêtions à la brunante, quand il était impossible de voir la rondelle.Quand la glace fondait, on reprenait possession de la ruelle pour finir notre saison.