Le vote stratégique dans Beauport-Limoilou : oui ou non ?

Élections 2015, Centre Jean-Guy Drolet
Dans l’ordre, au débat du 6 octobre 2015, et en l’absence d’Alupa Clarke (Parti conservateur du Canada) : Doni Berberi (Bloc québécois), Antoine Bujold (Parti libéral du Canada), Dalila Elhak (Parti vert du Canada), Raymond Côté (député sortant, Nouveau Parti démocratique) et Bladimir Laborit (Forces et démocratie). 7 octobre 2015.

Vous frissonnez à l’idée d’être représenté par un député conservateur ? Vous ne savez pas interpréter les résultats des sondages nationaux versus les forces en présence dans la circonscription ? Vous ne remettez pas en question la science et les changements climatiques et vous vous dites que c’est la moindre des choses que votre député fédéral en pense autant ? Ce texte est pour vous.

Un peu de typologie pour commencer. C’est quoi le « vote stratégique » ? Essentiellement, c’est de voter pour le parti qui a le plus de chances, selon vous, de battre le candidat d’un parti honni. Le vote stratégique peut donc s’appliquer de plusieurs manières : pour un fédéraliste de droite convaincu, cela pourrait vouloir dire, à des élections provinciales, d’éviter à tout prix qu’un candidat du Parti québécois soit élu (et de voter en conséquence pour un candidat du Parti libéral ou de la Coalition avenir Québec en fonction des chances de l’un ou de l’autre).Élections 2015. Alupa Clarke (Parti conservateur du Canada)Qu’est-ce qui amène des citoyens à considérer le vote stratégique plutôt que de voter simplement pour le parti qui les intéresse le plus ? Plusieurs éléments entrent en ligne de compte, mais en voici quelques-uns : a) un bilan gouvernemental qui déplaît b) un enjeu fondamental au plan national (par exemple souveraineté/fédéralisme) c) un élément précis dans la circonscription qui attise les passions.Dans le cas précis qui nous intéresse – la circonscription de Beauport-Limoilou à l’échelle fédérale -, le vote stratégique consiste à voter pour le candidat qui a le plus de chances de battre le candidat du Parti conservateur du Canada (PCC). Trois raisons, découlant des éléments cités plus haut, pourraient y inciter : a) le bilan des trois mandats des conservateurs au pouvoir b) l’enjeu des changements climatiques ou de l’énergie de manière globale (sables bitumineux, oléoducs…) c) le dossier du Port de Québec et l’inaction des conservateurs sur cet enjeu… Si le candidat local du PCC, Alupa Clarke, voulait redorer son blason, il a raté l’occasion en se désistant deux fois du seul débat qui était organisé… Quoique, désistement ou désintérêt pour une telle initiative de démocratie citoyenne ? Votre réponse vaut la mienne…

Le vote stratégique d’hier à aujourd’hui

Plusieurs électeurs de la circonscription se souviennent de la période de 2006 à 2011 pendant laquelle Beauport-Limoilou était représentée par une conservatrice, Sylvie Boucher. Pourtant, dans Limoilou – et particulièrement dans le Vieux-Limoilou -, le Parti conservateur n’est pas particulièrement populaire, ayant terminé troisième aux élections de 2011 (derrière le Nouveau Parti démocratique et le Bloc – voir la carte de Radio-Canada pour des résultats détaillés). Il est par contre beaucoup plus populaire dans la section de Beauport où il est allé chercher l’essentiel de son appui lors des élections de 2006 et 2008, lui permettant de remporter la circonscription dans des courses serrées (contre le Bloc québécois à ce moment-là). Selon toute vraisemblance, le vote stratégique contre Mme Boucher a joué en 2011, car l’appui au NPD a gonflé à un niveau plus élevé que pour l’ensemble du Québec.Élections 2015. Raymond Côté (député sortant, Nouveau Parti démocratique)Pour l’élection du 19 octobre 2015, Beauport-Limoilou a à nouveau été citée par quelques groupes de pression comme l’une des circonscriptions où le vote stratégique devrait s’appliquer. À cet effet, et en se basant sur les sondages nationaux et certains outils de simulation, le candidat qui a été identifié pour battre les conservateurs est le député sortant du NPD, Raymond Côté. Deux bémols importants : les sondages sur l’ensemble du Canada ne sont généralement pas appropriés pour simuler les résultats au Québec, car ils ont des marges d’erreur trop élevées et ils ne pondèrent pas les répondants en fonction des régions du Québec (ce que font les maisons de sondage, comme Léger, qui sont plus spécialisées sur le Québec). Bref, si vous avez un sondage à utiliser pour une simulation au Québec, prenez le dernier Léger.Ensuite, les outils de simulation sont imparfaits : ils se basent sur les historiques de résultats dans les circonscriptions, mais dans un cas comme celui de Beauport-Limoilou, où la variation de résultats entre 2008 et 2011 a été spectaculaire, ils vont avoir de la difficulté à prédire avec exactitude une situation mitoyenne qui ne s’est jamais présentée : par exemple, les pourcentages de votes des quatre principaux partis que l’on voit dans les sondages actuels… De plus, ces simulations ne tiennent à peu près pas compte de la qualité des candidats locaux (à moins qu’il y ait la présence d’un chef de parti). Cela dit, si vous appliquez le dernier sondage crédible au Québec (chiffres révisés le 17 octobre) dans l’outil too close to call (qui est un des plus fiables), vous arrivez avec le résultat suivant : PCC 29%, NPD 27 %, PLC 24 %,  Bloc 20 %, Verts 1 %.

Dilemme

Personnellement, je ne suis pas un grand partisan du vote stratégique, car je crois que les citoyens doivent avant tout voter pour le parti qui les représente le mieux. Malheureusement, en raison de notre mode de scrutin (majoritaire uninominal à un tour) et de l’absence de système proportionnel, la préférence des électeurs n’est pas représentée lorsqu’ils décident de voter pour n’importe quel autre candidat que le gagnant. Donc, si vous votez pour le gagnant, votre vote aura un impact, mais sinon…Alors, quoi faire ? Bah, on a encore trois jours pour y penser…