Lis-moi tout Limoilou : le défi d’enseigner le français à des immigrants analphabètes

L'organisme Lis-moi tout Limoilou a permis à ces immigrants analphabètes de mieux s'intégrer dans la société québécoise grâce aux cours de francisations. Ils sont ici en compagnie du député fédéral André Drolet, venu honorer leur travail lors de la conférence de presse du 4 mai à l'atelier-boutique SOFTI.
L’organisme Lis-moi tout Limoilou a permis à des immigrants analphabètes de mieux s’intégrer dans la société québécoise grâce aux cours de francisation. Ils sont ici en compagnie du député provincial André Drolet (Jean-Lesage), venu honorer leur travail lors de la conférence de presse du 4 mai à l’atelier-boutique Softi.

Lis-moi tout Limoilou, organisme à but non lucratif, a permis à près 80 immigrants analphabètes d’apprendre un français fonctionnel, depuis son projet-pilote en 2010. Grâce à cette formation, ces immigrants de 45 ans et plus peuvent aller seuls à l’épicerie ou chez le médecin, et se faire comprendre.

« Un premier pas essentiel vers leur intégration dans la société québécoise », selon Nicole Landry, coordonnatrice de Lis-moi tout Limoilouqui réclame la reconnaissance du ministère de l’Immigration , de la Diversité et de l’Inclusion pour accorder à l’organisme le financement nécessaire à la francisation de ces immigrants analphabètes.

Un apprentissage adapté à l’analphabétisme

Les femmes immigrantes des groupes en francisation n'ont pas hésité à s'exprimer, devant la presse, sur les bienfaits des cours sur leur vie quotidienne. Conférence de presse à l'atelier-boutique SOFTI le 3 mai.Bien que le ministère de l’Immigration offre des cours de francisation, « il ne tient pas compte de l’analphabétisme d’une personne, ce qui rend l’apprentissage du français beaucoup plus complexe pour un adulte qui ne sait ni lire ni écrire dans sa propre langue », rapporte Nicole Landry. C’est aussi un défi pour les quatre formateurs de Lis-moi tout Limoilou lorsqu’on sait que chaque immigrant dans la classe vient d’un pays différent et qu’il n’y a donc pas de possibilité de recourir à une langue commune pour traduire ponctuellement le cours.Guillaume Demers est formateur et diplômé en enseignement des arts. Si donner des cours de français peut sembler loin de ses aptitudes initiales, c’est grâce à sa spécialité qu’il a réussi à établir la communication en classe :

Mon premier défi, ça a été de me retrouver dans une classe multilingue où chaque adulte analphabète ne parlait que sa propre langue. Alors très vite, je me suis mis à dessiner au tableau et eux ont fait de même pour me parler. L’échange est tout de suite allé vers les arts et donc ça m’a beaucoup facilité la tâche. Je fais aussi souvent du théâtre pour leur mimer des choses. Donc c’était un échange très joyeux et drôle et je pense que ça a enlevé une gêne à quelques personnes pour se faire comprendre alors qu’elles sont plus timides ou réservées », se souvient-il.

Guillaume Demers, formateur à Lis-moi tout Limoilou : "Les arts ont été notre premier moyen de communication dans cette classe multilingue"Cet échange, qui peut paraître difficile à imaginer dans des situations quotidiennes telles qu’un rendez-vous chez le médecin ou lors d’un achat de billets d’autobus, est pourtant une méthode adaptée pour entamer une première prise de contact entre élèves et formateur.En évoluant dans l’apprentissage du français, l’élève analphabète pourra prendre plus confiance en lui et tenter de s’exprimer plus naturellement au fil du temps. Cependant, pour Nicole Landry, bon nombre d’adultes immigrants et réfugiés abandonnent les cours de francisation offerts par le ministère « parce que c’est trop difficile pour eux », reprochant ainsi l’approche non adaptée à leur analphabétisme.

L’alphabétisation, l’un des enjeux majeurs de l’immigration au Canada

Nicole Landry, coordonnatrice de Lis-moi tout Limoilou appelle le soutien du gouvernement québécois lors de la conférence de presse le 4 mai dernier.La coordonnatrice de Lis-moi tout Limoilou estime néanmoins que son offre de service « n’empiète pas sur celle du Ministère (…), mais la complète (…) à moindre coût ». En étant « reconnu et considéré comme partie prenante des services de francisation offerts à Québec aux personnes immigrantes et réfugiées analphabètes », l’organisme attirera plus les personnes concernées en leur apportant tout le soutien dont elles ont besoin.Le triptyque représente les oiseaux migrateurs qui,  à l'image des immigrants analphabètes, le passage d'une terre à une autre.Les participants présents lors de la conférence de presse à l’atelier-boutique Softi le 4 mai dernier n’ont pas manqué de montrer leur satisfaction de leur formation à Limoilou. Bon nombre d’entre eux ne parlaient pas un mot de français en arrivant à Québec et sont aujourd’hui capables de profiter des services de la société, sans interprète.Certains ont confié « avoir des amis québécois », d’autres qu’ils sont « heureux » dans cette nouvelle vie. Ils ont également retranscrit leurs émotions dans un triptyque conçu dans leur atelier en arts : à l’image des Oiseaux migrateurs, les trois groupes de francisation ont représenté leur migration au Québec. L’oeuvre est exposée à l’atelier-boutique Softi (581, 3e Avenue) jusqu’à la fin mai.

Lis-moi tout Limoilou798, 12e Rue418 647-0159