St-Georges Côté annonce la terrible nouvelle

L'Action catholique. Source : Collection numérique, BANQ.
L’Action catholique, édition du 6 avril 1954. Source : collection numérique de la BANQ.

Le 6 avril 1954 au matin. Ma mère, comme à son habitude, écoute St-Georges Côté à CKCV. C’est l’annonceur vedette à Québec, le roi de la radio, le prince des annonceurs. Chez nous, c’est St-Georges. Personne d’autre.

Il est 8 h, l’heure du bulletin de nouvelles. Je m’apprête à partir pour l’école Saint Fidèle. St-Georges annonce de sa voix grave :

Hier soir, un terrible accident ferroviaire a eu lieu à Montmagny. L’Océan, le train du Canadien National assurant la liaison entre Montréal et Halifax, a foncé à toute allure dans un entrepôt de marchandises situé près de la gare. Il y aurait des morts dans cette terrible catastrophe. D’autres nouvelles sur cette tragédie suivront. »

Locomotive. source : Canadian RailroadsMa mère, devenue soudainement blanche comme un drap, me crie : « C’est le train de ton oncle Dollard, l’Océan Limité, c’est lui qui conduisait ce train-là ! ». Elle éclate en sanglots.Je panique : « Mais… c’est pas possible ! Mon parrain, mon oncle préféré… ». Et je fonds en larmes à mon tour.Oncle Dollard de Rivière-du-Loup, le seul frère de mon père. Les deux sont cheminots au CNR. Mon oncle conduit le train de passagers entre Lévis et Rivière-du-Loup, une section du trajet Montréal-Halifax. Il est ingénieur de locomotive, et il en est fier.Mon père est absent. Il arrivera de Chicoutimi sur « son » train vers deux heures. Maman me dit d’aller quand même à l’école. On en saura plus à l’heure du dîner. Je pars avec mon chagrin.À midi, c’est confirmé. Mon parrain a péri dans cette tragédie. Quatre victimes.

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Il y avait deux semaines à peine, mon père m’avait emmené à la gare de Lévis pour voir oncle Dollard qui était en attente du train de retour vers Rivière-du-Loup.On avait pris l’autobus au coin de la 14e Rue et une correspondance au carré Parent jusqu’au traversier de Lévis. Une expédition, dans ce temps-là, pour un gamin de huit ans !Le second étage de la gare était occupé par les bureaux de la division ferroviaire « Lévis ». Un dortoir et un réfectoire pour les équipages de trains. C’est là que l’on allait visiter mon oncle. Il avait toujours un cadeau pour moi. Quand un train s’arrêtait à la gare pour un « changement de crew », comme il disait, il me faisait monter dans l’énorme locomotive à vapeur. J’étais le roi des rails pendant quelques brèves minutes ; un vrai cheminot, une gueule noire !

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Ma mère a longtemps prétendu qu’une main criminelle avait déverrouillé le cadenas de l’aiguillage pour que le train emprunte la voie menant à l’entrepôt maudit. On ne le saura jamais.Voici un résumé de cet accident tel que rapporté  dans L’Action catholique :

Montmagny – Un train percute l’entrepôt à marchandises tout près de la gare et fait quatre victimes.

Le 6 avril 1954, un train de voyageurs du CNR a heurté à pleine vitesse un entrepôt. L’accident a eu lieu très près de la gare de Montmagny et a causé la mort de quatre personnes, dont les deux conducteurs de la locomotive. Vingt caisses de dynamite étaient à bord, mais aucune n’a explosé.

Cet accident a été décrit par les employés comme l’un des accidents les plus graves à avoir lieu aux États-Unis et au Canada. Il aurait été causé par un aiguillage qui avait été laissé ouvert. Le train aurait ainsi dévié de la voie principale pour emprunter la voie menant à l’entrepôt. (…)

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