De Limoilou à la banlieue : à la guerre comme à la guerre

outilsAprès plus de dix ans dans le Vieux-Limoilou, la migration vers la banlieue allait-elle être douceur ou clash ? Première partie du récit d’une Limouloise de cœur qui retourne en banlieue après quinze ans d’absence.

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Force est de constater que ma vie citadine m’a fait oublier deux faits non négligeables pour l’apparence, qu’elle soit corporelle ou vestimentaire :

  1. la terre tache les doigts
  2. le gazon tache les jeans (la dernière fois, je devais avoir 8 ans à jouer à la bataille avec mon frère – juste avant que ma mère nous dise de rentrer souper et qu’elle déplore le vert sur mes genoux, résultat de plusieurs offensives acrobatiques)

T’as vu la coccinelle ?

Mes années au centre-ville ont décidément, également, limité le développement de mes connaissances entomologiques. À part les nuées de p’tites mouches aux abords de la Saint-Charles, mes contacts avec des insectes exotiques étaient plutôt rares. Examination : négatif pour la coccinelle. Internet boîte magique m’apprend que c’est plutôt un criocère qui bouffe comme un ogre les feuilles de mes lys (ce sont bien des lys, hein ?). Les criocères n’aiment pas se fatiguer ; ils pratiquent le j’te prends sur mon dos à toute heure du jour et de la nuit. Au début c’est marrant d’assister à tant de cycles de reproduction. La femelle de ce spécimen aux origines asiatiques pouvant pondre jusqu’à 300 œufs par saison, l’étonnement se transforma vite en épée de Damoclès — l’invasion était imminente, je devais passer à la contre-attaque :

  • marc de café au pied des lys
  • désinsectivisation manuelle (allez hop dans l’eau savonneuse !)
  • écrasement des minuscules œufs gluants orange

J’y ai mis toute mon énergie, dominant mon esprit pour ne pas entendre le petit sifflement de panique qui semblait s’échapper des antennes de ce petit insecte trop trognon – on en a vu des plus moches, je doute que M. Perce-oreilles ait un fan club.La lutte a été féroce, mais pas aussi féroce que la plus féroce des féroces.

La guerre est déclarée

pissenlitLe pissenlit n’était qu’une p’tite fleur jaune mettant de la vie au printemps entre deux dalles de béton. C’était avant que je te quitte, Limoilou. Quand la base monstrueuse de ce mal-aimé m’est apparue sur mon terrain gueule béante, ses tiges mauve tentacule gavées de sève laiteuse, boum le choc ! Il y avait un plant ÉNORME, que je voyais de ma chambre. Un ventre diamètre de vingt centimètres ! Il m’obsédait. Lui et ses petits amis squattaient ma pelouse aux quatre pouces. Je devais les arracher tous avant qu’ils BOUFFENT TOUT MON GAZON ! Transformation banlieue 100 % véritable. Je l’aime mon terrain, il a même abrité un lapin sous notre gros pin-épinette (ou un lièvre, ce n’est pas encore tout à fait clair — on pensait même que c’était un lapin décoratif laissé par l’ancienne propriétaire, la banlieue a aussi ses surprises). Je ne veux pas qu’il se transforme en champ de mottes de terre, alors j’ai sué comme une bonne, la terre dans tous les pores, à me courber le dos pas yoga pantoute, à ébouillanter les racines à moitié arrachées par de l’eau de cuisson de pommes de terre, à me taper des marathons Homeland pour me changer les idées parce que Carrie, elle, elle a de vrais problèmes à régler, j’ai ragé sur les racines rugueuses comme peau de patate, ces racines disgracieuses et obstinément profondes, jusqu’à l’exaltation lorsque je réussissais, ENFIN, tirant de toutes mes forces, à extirper une satanée racine sans la casser.Quand un capitule a viré blanc dans mon dos, j’ai couru acheter le bidule dont tout le monde parle – enfin dont tous les gens de banlieue parlent – qui twiste d’un coup sec les racines récalcitrantes et extrait toute la patente – monstre, racines immondes et tentacules. Il a bien fallu me rendre à l’évidence : l’outil spécialisé rouge vif – puissante arme destructrice – n’était pas un mythe. Son utilisation rend l’exercice cependant beaucoup moins physique, et limite l’extériorisation, tant bénéfique, de sentiments perturbateurs. Bon pour le corps, bon pour l’esprit.Limoilou, ne sous-estime jamais les bienfaits de la lutte aux pissenlits.