« J’étais de Saint-Fidèle, non de Limoilou »

Studio Lefaivre & Desroches, LD-COMM-3706-1. Collection: © Les Archives du Photographe, collection Jocelyn Paquet.
épicerie C. DeLaunière (701, 3e Avenue). 5 août 1963

« Comparativement à aujourd’hui, les Limoulois disaient vivre dans Saint-Esprit, Saint-Fidèle, Saint-François-d’Assise, etc. plutôt que dans un quartier aussi vaste que le Limoilou actuel. » – Kathleen Pouliot

Mon enfance et ma jeunesse (années 1950 et 1960), je les ai passées à Saint-Fidèle. Limoilou, c’était Saint-Charles. On s’identifiait d’abord et avant tout à notre paroisse.Même à partir du début de la Révolution tranquille, alors que la pratique religieuse diminuait beaucoup, la paroisse demeurait un lieu de rassemblement et d’identification pour ceux et celles qui l’habitaient. Il y avait les scouts et les guides de la paroisse, le centre des loisirs, les écoles et les nombreuses organisations paroissiales.

« Saint-Fidèle : c’étaient des snobs »

Carte des quartiers de Limoilou« Un fort sentiment d’appartenance résultait de ce mode de vie clos et chacun s’identifiait à sa paroisse », soutient Kathleen Pouliot dans son projet de maîtrise Vivre son quartier : L’expérience du Vieux-Limoilou de 1960 à aujourd’hui (Université Laval, 2014) d’où est tirée la carte ci-contre et les citations qui suivent.Comme le démontre l’auteure, les emplois occupés par les paroissiens forgeaient leur caractère et leur identité.

Les habitants de Saint-Charles étaient des travailleurs de l’Anglo Pulp. […] Ça faisait des gens différents, des gens entreprenants, vigoureux. » Tandis que les gens de Saint-François-d’Assise étaient « moins physiques que ceux de Saint-Charles. […] À Saint-François-d’Assise, il y avait plus de professionnels. (M.J.) »

Des participants à la recherche de Kathleen Pouliot soulignent ceci : « Saint-Fidèle : c’étaient des snobs. Saint-François-d’Assise : c’est moins snobs.  Stadacona : pauvres. Saint-Charles : pauvres » (J-G.D.). Chacune des paroisses se trouvait marquée par ceux qui y habitaient.

Plus on montait dans le quartier, plus c’était comme huppé. La partie Saint-Charles c’était la moins fortunée. Plus on montait dans le quartier, plus les gens étaient un peu plus aisés là. Saint-Fidèle, Saint-Esprit, Saint-François-d’Assise c’était plus [fortuné]. »

On ne sortait pas souvent à l’extérieur des limites de Saint-Fidèle. Aller à Saint-François-d’Assise était une expédition, et je ne parle pas de Stocane, Stadacona, où on ne mettait jamais les pieds de peur de rencontrer des durs à cuire, laissent entendre les participants à la recherche de    Kathleen. André M. raconte s’être déjà promené une fois en bicyclette dans les années 1960 : « Pis il avait des gars qui venaient alentour de toi (André prend une voix grave) : qu’est-ce que tu fais icitte ? Le monde c’était assez fermé. Oh oui c’est une place fermée. ». Selon les informateurs, les étrangers étaient perçus comme une menace pouvant « voler les filles de Stadacona ».Il y avait aussi des gangs qui se livraient des batailles épiques : « On était la gang de Saint-Charles de Limoilou, la gang de Saint-Esprit, la gang de Saint-Fidèle. » (J-C.L.). Les participants rapportent que les guerres de clochers dans les années 1940 et 1950 pouvaient prendre racine autant dans le sport, où les équipes s’identifiaient à la paroisse, qu’au quotidien.

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Les choses ont bien changé. La paroisse, où ce qu’il en reste, n’est plus ce vecteur d’identité. Les Limoulois et les Limouloises sont de Limoilou, tout simplement.Pour lire l’intégrale du projet «Vivre son quartier : L’expérience du Vieux-Limoilou de 1960 à aujourd’hui», visitez theses.ulaval.ca/archimede.À lire aussi : « Limoilou en images » : au moins jusqu’en octobre sur la 3e Avenue !.