Ti-Guy, Ti-Gilles, Ti-Roland et moi

Série 5 no 70: Bataille de boules de neige le 8 décembre 1952. Photographe, Lefaivre et Desroches. © Jocelyn Paquet, Les Archives du Photographe.
Bataille de boules de neige dans le Vieux-Limoilou. Studio Lefaivre et Desroches, 6 décembre 1952.

On connaît tous Ti-Mé dans La Petite Vie, ou Ti-Gus et Ti-Mousse, vedettes du vaudeville. L’utilisation du préfixe « Ti » devant les prénoms masculins au Québec m’a toujours intrigué, et je dois dire, m’a rendu envieux. Envieux pourquoi ? Voici…

Entre la 14e et la 15e Rue, il y avait Ti-GillesTi-GuyTi-RolandTi-Jean et moi, André J’enviais ceux qui portaient fièrement le préfixe « Ti » devant leur prénom. C’était le chic du chic, comme un titre de noblesse. J’aurais voulu faire partie de la grande famille des « Ti ».Je ne comprenais pas très bien pourquoi on ne m’appelait pas Ti-André. On a bien essayé Ti-Dré, mais ça ne sonnait pas bien, parait-il. Au moins, personne ne m’a appelé Ti-Coune !En y pensant, j’ai découvert qu’on pouvait porter le « Ti » quand notre prénom commençait par une consonne. Moi, ça commençait par la voyelle « A ». Alors, j’étais exclu du club sélect des « Ti », de même pour mon ami Armand. Mes parents auraient dû y penser quand ils ont choisi mon prénom (et les géniteurs d’Armand, aussi)…Alors que nous étions dans la cinquantaine avancée, j’ai revu mes vieux chums de  Saint-Fidèle : « Hé, salut, si c’est pas Ti-Gilles et Ti-Roland ! » que je leur ai dit en les voyant.  On reste « Ti » toute sa vie, je suppose, même quand on a les cheveux qui grisonnent…Heureusement, la vie a été bonne pour moi. Mon neveu et ma nièce, dès leur plus jeune âge, ont commencé à m’appeler « Ti-Mononcle ». Oh joie, j’ai eu enfin mon titre de noblesse tant convoité !J’oubliais : il y avait aussi Ti-Corps Huet, au coin de la 14e Rue. Je n’avais jamais compris d’où ça venait. Je n’ai su que beaucoup plus tard que son vrai prénom était Raymond. Alors, il était Ti-Corps pour tout le monde. Bizarre…