Qui veut sauver le Grand bazar des ruelles ? (1 de 2)

Grand bazar des ruelles

Le café est passé de travers ce matin-là en parcourant le texte de ma collègue Jessica Lebbe sur la possible disparition du Grand bazar des ruelles. Comment un événement si populaire et intimement lié à l’identité du quartier peut-il être en danger ? Après la disparition de Miracle sur la 3e Avenue et de la Rue carnavalesque cette année, en voilà un autre qui risque maintenant de disparaître ?

L’organisation Limoilou en vrac est présentement en campagne de sociofinancement pour sauver le Grand bazar des ruelles. Pour quiconque vit dans le  Vieux-Limoilou, la réputation de cet événement n’est plus à faire : véritable rendez-vous populaire, il attire un grand nombre de visiteurs des quartiers environnants et se révèle la fête par excellence pour marquer le début de l’été et pour nous approprier nos ruelles. Comment, donc, a-t-on pu en arriver là ? Posée à plusieurs intervenants, la question s’est avérée plus complexe que prévue… et j’ai parfois eu l’impression que tout le monde se renvoyait la balle.

Le conseil de quartier se retire progressivement

Initiateur du projet en 2009, le conseil de quartier (CQ) du Vieux-Limoilou, n’a toujours pas annoncé officiellement qu’il ne financerait plus l’événement, selon la présidente Maxine Dandois-Fafard :

Nous n’avons jamais dit que nous cessions d’appuyer financièrement le Bazar ! […] Nous avons des discussions à ce sujet depuis des années, mais l’annonce par Limoilou en vrac qu’ils reprenaient le flambeau va évidemment probablement nous pousser en ce sens, nous en discuterons à la prochaine séance (18 mars) et prendrons une décision. »

Est-ce à dire que le conseil de quartier laissera complètement tomber l’événement ? Semble-t-il que non :

Évidemment, le CQ travaillera de concert avec eux [Limoilou en vrac] et veillera à trouver d’autres moyens de soutenir l’événement (acheter de la publicité, organiser des activités parallèles, etc.) dans la mesure des règles financières de la Ville. »

Essentiellement, la position du conseil de quartier se résume en trois points : 1- ils n’ont pas la capacité d’organiser l’événement ; 2- les règles financières de la Ville les empêchent de soutenir un événement de façon récurrente ; 3- ils souhaitent appuyer l’événement, mais d’une manière pour l’heure indéfinie. Cela dit, on peut certainement se questionner sur les règles financières qui guident l’action du conseil de quartier : quelle est la logique de vouloir systématiquement financer de nouveaux événements ? Quand un événement fonctionne bien, qu’il fait partie de l’identité du quartier et qu’il entre dans le mandat du conseil, il peut être logique que le financement devienne récurrent, non ? Surtout qu’on parle de petits montants…

La SDC aussi ?

Et la Société de développement commercial (SDC) de la 3e Avenue, elle, laisse-t-elle tomber le Grand bazar aussi ? Ce n’est pas clair. Pour l’instant, aucun budget n’a été accordé à l’événement, mais il n’est pas exclu que ce soit le cas. Le président du conseil d’administration, Nicolas Marcoux, explique :

Le Bazar des ruelles est à l’origine un projet citoyen […], une initiative communautaire. La SDC n’a pas à en être responsable. […] Faut savoir que le Bazar a lieu sur la 12e Rue et dans les ruelles, pas sur la 3e Avenue. […] Même si j’étais personnellement défavorable, nous avions accepté l’an passé de jouer un rôle plus grand dans l’organisation de l’activité quand le conseil de quartier nous avait sollicités. Cependant, nous fonctionnons avec des moyens très limités et après réévaluation de notre cadre financier à l’automne, nous avons décidé de resserrer nos activités. […] Ça devient embêtant d’appuyer un événement qui n’est plus soutenu par le partenaire de base [le conseil de quartier]. »

Si on lit entre les lignes, ça regarde plus ou moins bien. La SDC semble avoir résolument pris l’orientation de diminuer le financement de certaines activités du quartier.

Le C de SDC est pour commercial, pas pour communautaire […]. On fonctionne vraiment avec des moyens très réduits, faut se concentrer sur nos priorités […], et la priorité, c’est de développer l’aspect commercial de la 3e Avenue. […] On n’est pas des organisateurs, on est des facilitateurs », ajoute M. Marcoux.

Exit le Bazar, donc ? « Moi, je souhaite le retour du Bazar, mais faut que la volonté soit de toutes les parties. On n’est pas fermés […], on n’est pas là pour abattre les événements », conclut-il.

Des pistes de solution

De son côté, Limoilou en vrac (LEV) s’est porté volontaire pour reprendre l’événement en 2016. Néanmoins, il ne peut pas aller chercher plus de 1500 $ à la Ville de Québec, en raison des autres demandes de subventions en animation urbaine (maximum de 10 000 $ par année pour l’organisme).

Je crois que Limoilou en vrac fait sa part. […] LEV fait cette activité avec peu de moyens et dégage un montant à peine suffisant pour payer un chargé de projet (plus de deux mois de travail pour l’organisation) et ça ne couvre pas les coûts fixes pour maintenir l’organisme en vie », indique Jean-François Girard, coordonnateur de l’organisme.

Alertée par cette menace, la conseillère du district, Suzanne Verreault, se dit en mode solution :

Je suis en contact régulier avec les principaux acteurs du quartier qui m’interpellent pour discuter des divers enjeux. Il est certain que le Bazar des ruelles est là pour rester. C’est un grand succès. J’ai eu une rencontre sur le sujet [récemment] et on m’a expliqué la problématique. »

Avec tous ces événements qui disparaissent ou qui sont menacés, j’ai demandé à Mme Verreault si elle croyait que le quartier perdait de son dynamisme et de son effervescence.

Je ne crois pas, je ne le veux pas et je continuerai à m’investir pleinement pour maintenir ce dynamisme qui est unique à Limoilou. […] La Ville participe financièrement à tous ces projets. Peut-elle les assumer entièrement ? Je ne le crois pas. Il est peut-être temps de faire une réflexion sur la question. »

Sur la même question, Nicolas Marcoux de la SDC est catégorique : « On y croit au quartier et à la 3e Avenue […]. On veut que les événements prennent de l’expansion. » De l’expansion? La réalité semble pourtant clairement le contredire…Conclusion ? Limoilou en vrac reprend le flambeau pour 2016, avec pour l’instant un appui très limité des partenaires habituels. Pour la suite, personne ne sait trop. Un peu triste qu’on en soit rendu là.La suite demain.À lire aussi : Une campagne de sociofinancement pour sauver le Grand bazar des ruelles