Beauport 2020, les mémoires (1) : Qu’en est-il de la qualité de l’air ?

2015-05-29-port-ml-01Le processus de consultation du projet Beauport 2020 est complété. L’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACÉE) en est à faire le point – sur les documents fournis par l’Administration portuaire de Québec (APQ), sur les mémoires et témoignages recueillis. Justement, qu’en est-il de ces mémoires ? Monlimoilou a survolé 14 d’entre eux. Premier sujet : la qualité de l’air et la circulation routière.

Ce qui frappe plusieurs des organismes dont les mémoires ont été recensés par Monlimoilou ? L’absence d’information dans les documents déposés par le Port de Québec concernant la qualité de l’air. Sur ce point d’ailleurs, l’Initiative citoyenne Vigilance Port de Québec est catégorique :

[Le Port de Québec] omet toutefois de mentionner les répercussions associées aux nuisances engendrées par les retombées de poussière. En fait, mis à part une brève mention sur les retombées de poussière associées à la phase de construction, le promoteur évacue complètement ces impacts de son analyse. Il suggère ainsi que la problématique d’empoussièrement des quartiers centraux est inexistante et qu’elle n’a pas été soulevée par les parties prenantes, que ses activités ne causent pas de nuisances et que le projet futur n’engendrera pas plus d’émissions et de dépositions de poussière dans les quartiers avoisinants.

Au Comité de vigilance des activités portuaires (CVAP), on souligne que « l’analyse de certains éléments doit être approfondie », citant les composés organiques volatils, les particules fines ainsi que la déposition de poussière. Même son de cloche chez Nature Québec :

La pollution atmosphérique causée par les épisodes de poussières de métaux est emblématique des difficultés de cohabitation du Port de Québec avec les quartiers à proximité. Ainsi, des études du ministère de l’Environnement ont démontré que les concentrations de nickel dans l’air de Limoilou étaient beaucoup plus élevées que les seuils acceptables entre 2010 et 2012, et que le Port en était responsable. Même lorsqu’elles ne dépassent pas les seuils, les concentrations de nickel et de zinc dans Limoilou demeurent significativement plus élevées que dans d’autres quartiers comparables.

À cet effet, au CVAP, on critique vertement les choix de modélisation effectués par l’Administration portuaire quant à l’impact des poussières – ne prenant pas en compte l’effet cumulatif, et ayant choisi de démarrer d’une valeur nulle plutôt que de partir de la situation existante. « Ce choix est incompréhensible, surtout dans un contexte où les quartiers qui seront les plus affectés par le projet sont déjà aux prises avec des problèmes de déposition de poussière. »

De son côté, Nature Québec s’interroge sur le choix de l’APQ de n’utiliser pour son étude d’impact que les données issues de 2 des 16 stations d’échantillonnage disponibles pour caractériser la qualité de l’air dans le secteur.

Nature Québec estime que l’Agence canadienne d’évaluation environnementale devrait exiger du Port de Québec une caractérisation plus exhaustive de la situation des émissions de poussières dans les quartiers avoisinant le Port.

Questions de santé publique

carol-01-limoilou-est-459x258Surtout dans un contexte où la population de la Basse-Ville est plus « à risque » en matière de santé.

Le CVAP est également d’avis que l’Agence devrait prendre en compte que la santé de la population du secteur de la Basse-Ville-Limoilou-Vanier est déjà plus fragile que la moyenne régionale. L’espérance de vie y est inférieure de quatre ans à celle de la région de la Capitale-Nationale, le taux d’hospitalisation de courte durée y est plus élevé, tout comme l’incidence du cancer du poumon ainsi que le taux de mortalité par maladies de l’appareil respiratoire. Bien que plusieurs facteurs puissent être responsables de cette situation, l’ajout d’émission de particules, normée ou pas, dans ce contexte, ne pourra contribuer qu’à l’aggravation de problèmes de santé déjà présents. »En plus d’être respirées et de nuire à la santé, ces substances souillent les surfaces, dégradent les matériaux, ternissent les parements… Cette situation engendre inévitablement une perte de jouissance de leur habitat pour les citoyens touchés, en plus d’une charge de travail importante puisqu’ils doivent constamment nettoyer leur environnement et leurs biens, pour réussir à vivre dans un milieu de vie décent », note de son côté l’Initiative citoyenne.

Même si, tel que le souligne celle-ci, ces « constats alarmants et sans équivoque » sont documentés depuis plus de 35 ans, aucune mesure structurante ne semble avoir été réalisée pour régler les problèmes de dispersion dans les quartiers centraux.

En fait, le mémoire de l’Initiative soulève son lot de questions… A-t-on bien évalué ces impacts ? A-t-on bien référencé les études citées, du côté de l’APQ ? A-t-on pris en compte la proximité et la vulnérabilité de la population environnante ? A-t-on fait preuve de transparence dans l’analyse ou la présentation des données liées à la qualité de l’air ? A-t-on choisi une période de référence qui est bien représentative de la réalité afin d’offrir un portrait véritablement complet ? A-t-on évalué plusieurs scénarios pour le projet, ou s’est-on plutôt contenté d’une seule itération ?

Notre analyse révèle que le promoteur n’a pas documenté les impacts du projet en ce qui a trait aux nuisances causées par les retombées de poussière dans les quartiers résidentiels avoisinants. […] Plusieurs lacunes ont aussi été constatées en ce qui a trait à la présentation du portrait de l’état de référence de la qualité de l’air et à la modélisation de la dispersion des polluants atmosphériques », poursuit l’Initiative.

Un constat qui, en tout ou en partie, est partagé par plusieurs organisations. Par exemple, Réseau Environnement estime que les impacts d’accidents de transbordement sur la qualité de l’air, eux, ne sont tout simplement pas suffisamment documentés par l’Administration portuaire :

[Réseau Environnement] recommande d’évaluer l’efficacité des nouvelles techniques de transbordement sous couvert en ce qui a trait à l’émission potentielle des poussières et d’analyser les impacts de la pollution de l’air sur la santé des citoyens si un bris d’équipement survenait lors du transbordement de vrac solide.

Une circulation routière accrue

Auto circulationDans plusieurs des mémoires recensés, on s’inquiète des conséquences liées à la hausse de la circulation routière. Au Conseil régional de l’environnement (CRÉ) Capitale Nationale, notamment :

En phase d’exploitation, une augmentation de la circulation routière sera aussi ressentie en raison du transit estimé de 528 camions supplémentaires sur une base hebdomadaire, qui représente près de 105 camions par jour de plus qu’à l’actuel.

Du même souffle, la CRÉ rappelle l’impact nocif du transport en milieu urbain, principale source de pollution atmosphérique, déjà bien documenté. En ce sens, au CVAP, on propose de limiter la circulation dans certaines artères – tant pour la phase de construction que pour celle d’exploitation, « afin de minimiser l’impact du projet Beauport 2020 sur la qualité de vie des résidents du secteur ».

Sans compter les effets négatifs sur la qualité de l’air causés par le futur chantier de Beauport 2020 qui, selon les échéanciers proposés, serait réalisé en parallèle à d’autres réfections majeures dans le secteur : usine de biométhanisation (d’ici 2022), hôpital de l’Enfant-Jésus (d’ici 2025), ou encore d’autres projets actuellement à l’étape de consultation – revitalisation du boulevard Sainte-Anne, élargissement de l’autoroute Laurentienne, réfection du pont de l’île d’Orléans.

L’étude d’impact environnemental, dans sa forme actuelle, ne dresse pas un portrait représentatif des effets cumulatifs sur les milieux physiques et humains », note ainsi le CVAP.

Impacts des installations actuelles

Par ailleurs, si le mandat de l’ACÉE se limitait aux nouvelles installations, cela n’a pas empêché certains organismes de soulever la question des installations actuelles.

[Réseau Environnement] déplore le fait que l’APQ sépare, dans son évaluation, la phase de construction et d’exploitation en excluant les aménagements déjà en place. En effet, bien que les nouvelles installations, telles que présentées, seraient sous couvert, il ne faut pas oublier les aménagements de stockage de vrac solide déjà existants qui, eux, ne sont pas sous couvert et représentent le principal problème de qualité de l’air des quartiers environnants.

Outre Réseau Environnement, le conseil de quartier Vieux-Limoilou a également levé le drapeau rouge :

Étant donné que l’agrandissement du Port de Québec servirait essentiellement à financer la réfection des infrastructures vieillissantes du port actuel, le conseil de quartier recommande fortement que les activités actuelles susceptibles d’émettre des poussières et des particules dans l’atmosphère soient rénovées afin d’enfin régler la situation actuelle.

[La suite : Des inquiétudes, du transport à l’impact environnemental et Quelles retombées économiques ?]

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