Débat des candidats dans Limoilou et Maizerets-Lairet : peu de surprises | 24 octobre 2017 | Article par Suzie Genest

Crédit photo: Jean Cazes

Débat des candidats dans Limoilou et Maizerets-Lairet : peu de surprises

Devant quelque 120 personnes au centre communautaire Jean-Guy-Drolet, cinq candidats aux élections municipales dans Limoilou et Maizerets-Lairet ont débattu lundi, en soirée, autour de quatre grands thèmes centraux, à l’invitation de Monlimoilou et CKRL.

Les conseillères sortantes Suzanne Verreault et Geneviève Hamelin pour Équipe Labeaume ont fait face, respectivement dans les districts de Limoilou et Maizerets-Lairet, à Jacquelyn Smith et Pedro-Nel Marquez pour Démocratie Québec. Le candidat d’Option Capitale-Nationale dans Maizerets-Lairet s’étant retiré de la campagne, seul Jean-Philippe Lebrun dans Limoilou était présent, alors que Québec 21 avait refusé l’invitation.

Au cours d’un débat sans grande surprise, quelques instants particuliers ont fait sourciller, notamment lors des échanges libres.

Mobilité, sécurité : solution versus réflexion

Points de mire de la campagne électorale, les déplacements ont ouvert le débat et l’ont vite amené au-delà des frontières limouloises, dans un affrontement entre mesures spécifiques et processus d’analyse.

Chaque parti s’est présenté comme « le seul », ou « le premier», à avoir proposé un modèle de transport en commun structurant. Au tramway électrique de Démocratie Québec, le candidat d’Option Capitale-Nationale a opposé un train léger sur rail électrique, « plus confortable, plus rapide, plus efficace » et mieux adapté pour l’accessibilité universelle, selon lui. Contre les intersections dangereuses, la volonté de Jean-Philippe Lebrun de resserrer l’application du Code de la sécurité routière, d’accroître l’affichage et la surveillance a paru insuffisante à Pedro-Nel Marquez, qui prône des aménagements à échelle humaine afin d’apaiser la circulation.

Évoquant la Vision des déplacements à vélo et les corridors scolaires d’Équipe Labeaume, les conseillères sortantes ont fait valoir le besoin d’« un ensemble de solutions», tant pour le transport en commun que pour la sécurité des intersections, notamment celles de la 18e Rue avec les 4e et 8e Avenue. Elles ont insisté sur leur processus consultatif — « dix années de consultation » qu’ont d’ailleurs critiquées les candidats des deux autres formations, déplorant une absence de solution de rechange après la mort du SRB. L’équipe de Régis Labeaume a également été pointée du doigt pour « ne pas avoir écouté les citoyens » en matière de déneigement, ce dont les candidates se sont défendues.

Vie et dynamisme de quartier : le ton se durcit

En matière de vie de quartier, les candidates sortantes ont illustré leur position en énumérant les places éphémères, l’augmentation de l’achalandage des bibliothèques publiques, la bonification du programme de soutien à l’aménagement des ruelles, la promesse de 44 nouveaux jardins communautaires.

Pedro-Nel Marquez a insisté sur le pouvoir et les moyens à donner aux conseils de quartier, que son parti veut doter d’un budget d’un million de dollars – une idée « irresponsable » selon Suzanne Verreault. Pour lui, il faut miser sur les marchés publics et événements locaux plutôt que de « gaspiller » pour des grands événements qui « polluent ».

Comme mesure pour désenclaver Limoilou, le boulevard urbain dans le secteur Croix-Rouge a rallié tous les partis. Rejoignant Jean-Philippe Lebrun sur le besoin d’étendre le réseau cyclable, Jacquelyn Smith s’est désolée, à la blague, qu’il ne soit « pas dans leur équipe ».

Quant au dynamisme de Maizerets, Geneviève Hamelin souhaite retrouver la fonction commerciale historique du secteur Canardière-18e Rue et estime que le rôle de la Ville est de soutenir les initiatives. Pedro-Nel Marquez plaide pour le gel des taxes des petits commerces, mais veut aussi « changer la mentalité » selon laquelle c’est un secteur pauvre. Il entend faire valoir la richesse de son multiculturalisme. Verdissement et aménagements sont enfin, pour le candidat d’Option Capitale-Nationale, les clés de la revitalisation de la Canardière, « qui a tout » pour ressembler à la 3e Avenue.

Une première attaque de Démocratie Québec contre Équipe Labeaume sur sa présence aux conseils de quartier s’est retournée contre Pedro-Nel Marquez, les candidates sortantes de Limoilou et Maizerets-Lairet affichant le meilleur taux de la Ville, alors que lui-même n’a assisté à aucune assemblée depuis l’annonce de sa candidature en avril, a noté Geneviève Hamelin.

Urbanisme et environnement : pollution et divergences

Le Port de Québec,  la qualité de l’air, l’incinérateur et le compostage ont occupé le troisième bloc thématique.

Option Capitale-Nationale veut accélérer la réalisation de l’usine de biométhanisation et mettre rapidement en place la collecte de matières compostables. Pour Jean-Philippe Lebrun, le Port de Québec devrait respecter les citoyens et les lois plutôt que de se « réfugier dans sa juridiction fédérale », alors que la Ville, désormais propriétaire de l’incinérateur, devrait se montrer transparente quant à la pollution qu’il produit.

Alors que Démocratie Québec souhaite ramener l’incinérateur de quatre fours à un seul, Option Capitale-Nationale vise sa fermeture. Réagissant à ces propos, Geneviève Hamelin a mis en doute la compréhension de ses vis-à-vis en matière de réduction des déchets et d’incinération.

Jacquelyn Smith a insisté sur la vision zéro déchet de Démocratie Québec, et proposé un moratoire sur l’élargissement des autoroutes ainsi que l’aménagement d’une ceinture verte autour du port. Questionnée par Jean-Philippe Lebrun sur le fonctionnement et l’efficacité de cette dernière mesure, la candidate n’a pu répondre, citant la confidentialité d’une étude. Prenant la relève, Suzanne Verreault a indiqué que des données démontrent l’efficacité des arbres et végétaux agissant comme filtres.

Les conseillères sortantes ont plusieurs fois rappelé la juridiction fédérale ou provinciale des enjeux discutés. Suzanne Verreault a répété que la Ville avait été la première à investir et faire en sorte qu’une étude sur la qualité de l’air soit réalisée.

Économie et développement : du mégahôpital à l’îlot Irving

Rôle de la Ville dans le dynamisme des quartiers et artères commerciales, marchés publics, commerces de proximité, place des conseils de quartier… Le quatrième bloc thématique a été l’occasion de réitérer plusieurs positions déjà exprimées.

Pour assurer un développement durable et positif sans perdre de vue les besoins des citoyens, Jean-Philippe Lebrun a souligné l’importance d’assurer la mixité dans l’offre de logement, le respect du zonage, l’acceptabilité sociale des projets.

Devant l’opposition des deux autres formations au Grand Marché, les conseillères sortantes ont fait valoir le processus préliminaire mis en place par Équipe Labeaume pour répondre aux préoccupations et besoins des commerçants des artères.

Quant au mégahôpital, tous les partis se sont entendus sur l’importance d’une bonne cohabitation du projet avec son milieu d’implantation. Pour Démocratie Québec, la préoccupation centrale est l’achalandage et le trafic engendrés. À cet égard, Geneviève Hamelin a fait valoir le système de vignettes proposé par Équipe Labeaume pour préserver la priorité des résidents.

L’amphithéâtre et ses scénarios financiers avec ou sans Nordiques ont donné lieu à des offensives de Jacquelyn Smith et Pedro-Nel Marquez, à qui Geneviève Hamelin a fourni des détails sur le plan « plus complexe que ce que vous pouvez entendre à Éric Duhaime ».

L’îlot Irving s’est invité à Limoilou alors qu’Option Capitale-Nationale, favorable aux référendums, s’est enquis de la façon dont Équipe Labeaume entendait assurer l’acceptabilité sociale des projets sans ceux-ci. Geneviève Hamelin a cité comme exemple d’échec des référendums la perte des unités de logement coopératif et cases de stationnement Communauto dans le projet en question.

Réponses au public

Le dernier bloc, au gré des questions soumises par le public, a ramené dans le débat des enjeux déjà soulevés : compostage, sécurité et respect des piétons, transport en commun. On y a abordé le déneigement des pistes cyclables — apparemment souhaité par tous les partis, dont les divergences interviennent quant à la faisabilité — ainsi que la mixité sociale et l’inclusion des plus vulnérables dans la vie et l’animation du quartier.

Invités à dire ce qu’ils feraient advenant une décision de leur parti qui s’inscrirait contre la volonté des résidents de leur district, tous les candidats ont affirmé que représenter les citoyens primerait sur leur appartenance politique. Geneviève Hamelin a saisi cette opportunité pour déboulonner un « mythe » : « Les gens aiment penser qu’on n’a pas le droit de s’exprimer dans l’Équipe Labeaume, mais ce n’est pas la réalité ».

Modéré par Raymond Poirier, coanimé par Julie Gouin de Monlimoilou et Dominique Lelièvre de CKRL, le débat est désormais accessible en baladodiffusion sur le site du 89,1 FM.