L’Antre-Classe Jean-de-Brébeuf : briser l’isolement en dehors des heures de classe | 9 juin 2017 | Article par Jessica Lebbe

Environ 160 élèves sont venus à L’Antre-Classe pour sociabiliser, chercher du conseil ou s’investir dans un projet tout au long de l’année scolaire à l’école secondaire Jean-de-Brébeuf. (Photo : Jessica Lebbe)

L’Antre-Classe Jean-de-Brébeuf : briser l’isolement en dehors des heures de classe

Lancé à la rentrée 2016 à l’école secondaire Jean-de-Brébeuf, le projet L’Antre-Classe du Centre solidarité jeunesse permet aux nouveaux élèves, qu’ils viennent du premier cycle, d’adaptation scolaire ou d’ailleurs, de trouver un lieu de sociabilisation, d’intégration et de projets en dehors des heures de classe.

Ce sont pas moins de 160 élèves qui sont venus ponctuellement ou régulièrement dans L’Antre-Classe, cette salle aménagée par le Centre solidarité jeunesse dans l’École secondaire Jean-de-Brébeuf. Un frigo et un micro-ondes sont à la disposition des élèves qui souhaitent dîner là : « La cafétéria, c’est bien, mais c’est ben trop gros pour se rencontrer », lance l’une des étudiantes en conférence de presse. Ils sont ainsi 25 à 30 personnes par midi, dont un noyau d’habitués, à préférer L’Antre-Classe à la cafétéria.

C’est bien là tout l’intérêt de ce projet, selon Jean-Pierre Manderlier, coordonnateur.

Les jeunes viennent sur base volontaire. Personne ne les oblige à venir ici. Ils viennent pour jaser et rencontrer du monde, parfois juste par curiosité, mais aussi pour les projets artistiques qu’on réalise.

Partager sa passion

Dès 8 h, avant les cours, pendant les pauses et parfois après l’école, Jean-Pierre Manderlier accueille les élèves dans L’Antre-Classe. Le milieu de vie est ouvert. Les jeunes peuvent lancer leur propre projet, comme Alexis qui, passionné de didgeridoo, veut faire découvrir cet instrument à vent aborigène australien aux autres. Plutôt que d’acheter l’instrument, Jean-Pierre accompagne Alexis et les élèves intéressés dans la fabrication d’un didgeridoo… en tuyau PVC ! « J’en ai acheté une vingtaine à la quincaillerie. Les jeunes ont pu les assembler et les peindre pour en faire leur propre instrument », raconte le coordonnateur.

Alexis nous a fait une courte prestation de didgeridoo traditionnel et en beatbox (boîte à rythmes humaine), et le résultat est vraiment impressionnant ! Son objectif avec ce projet ? Donner des cours de didgeridoo aux élèves qui fréquenteront L’Antre-Classe dès septembre 2017.

Échanger sur des sujets tabous

L’Antre-Classe, c’est aussi un lieu de sensibilisation sur la sexualité, la toxicomanie ou n’importe quel autre sujet qui préoccupe les jeunes. Au gré d’échanges animés sur le sujet, les élèves peuvent poser toutes leurs questions aux intervenants invités pour l’occasion. L’une des étudiantes dit d’ailleurs avoir apprécié ces moments d’échange : « Les animateurs ne sont pas juste là pour nous surveiller, mais pour nous aider aussi. »

Jean-Pierre Manderlier n’hésite pas à passer non plus par d’autres moyens pour immerger les jeunes dans des expériences de sensibilisation. Le coordonnateur a notamment emmené un groupe à Marche Monde à Montréal, le 12 mai dernier, événement qui permet aux jeunes de « clamer haut et fort le monde dans lequel ils veulent vivre et exercer leur influence en tant que citoyen engagé », indique la source officielle.

Pour aborder l’isolement, Jean-Pierre Manderlier a filmé un jeune qui est resté immobile, face à la caméra, pendant une heure, à l’heure où tous les autres élèves arrivaient à l’école. Projeté en version accélérée, l’enregistrement montre tout le contraste entre le mouvement des élèves et l’indifférence face au jeune immobile. Peu nombreux sont ceux qui ne lui adresseront ne serait-ce qu’un regard. Cette vidéo 100% Jean-de-Brébeuf clame un « non à l’indifférence ! » sur une pancarte brandie par plusieurs élèves en conclusion.

Deuxième maison

Pendant la conférence de presse, certains jeunes n’ont pas hésité à dire que L’Antre-Classe et ses intervenants étaient comme de la famille. « Jean-Pierre a utilisé l’image du dé, qui nous a convaincu de faire venir le projet ici », se souvient Julie Vincent, directrice adjointe de l’école secondaire.

Il disait, L’Antre-classe, c’est voir la face du dé qu’on ne voit pas quand il est posé sur la table. Ici, c’est donc de voir la facette des élèves qu’on ne voit ni en classe ni dans les corridors ou à la cafétéria. L’idée qu’ils puissent s’exprimer dans d’autres projets tout en étant à l’école nous a séduit », ajoute l’adjointe.

C’est ainsi que Mehdi a pu jouer ses pièces préférées au piano, allant de la bande originale de La guerre des étoiles à The Entertainer, ragtime de Scott Joplin, pour animer la salle. Ou encore que Jenovick, immigré en avril dernier au Québec, a pu pratiquer son français et se faire de nouveaux amis dans son école d’adoption.