Le Café d’à côté : place à la musique ! | 28 octobre 2017 | Article par Laurence Déry

Pierre-Michel Morin, alias Pappy-Jeff, en spectacle au Café d’à côté.

Crédit photo: Laurence Déry

Le Café d’à côté : place à la musique !

Avec ses tons de rouge et de gris, le Café d’à côté m’intriguait depuis longtemps. Un décor plutôt jeune, qui attirait pourtant une clientèle assez âgée ! Il y avait aussi ce petit tableau, où l’on inscrivait les anniversaires des clients. Puis un jour, j’ai vu cette affiche, annonçant des spectacles les samedis après-midi.

Pierre-Michel Morin, alias Pappy-Jeff (au centre), m’accueille d’une bonne poignée de main. Le café des Galeries de la Canardière est déjà pas mal animé. Le show va débuter dans 45 minutes. On s’assoit à une table. Plusieurs clients, la grande majorité des personnes âgées, viennent saluer mon hôte, initiateur des spectacles du samedi. Brigitte (à droite), sa conjointe, est la propriétaire du café. Elle s’active avec sa sœur Joanne (à gauche), derrière le comptoir.

Le Café d’à côté, c’est vraiment une histoire de famille. Un p’tit café chaleureux avec de la bouffe maison. On est très proches de nos clients, on connaît leurs habitudes.

Au menu, le rôti de lard avec les p’tites patates jaunes a la cote. On peut aussi manger du pâté chinois ou du ragoût de boulettes, ou s’en prendre pour la route. Des plats préparés qui changent des Michelina’s fades.

R’garde, elle m’a amené un verre d’eau avec mon café, glisse une cliente à son compagnon. Elle sait que je suis diabétique.

La dame ouvre une boîte de pilules.

Dans sa jeunesse, Pappy-Jeff jouait du métal. Aujourd’hui, c’est du chansonnier, du country, un peu de tout. Il me montre une photo de lui à 20 ans, avec les Menhirs, son groupe de l’époque. Cette photo noir et blanc me fait sourire. La musique, les amis, l’insouciance, c’est bien tout ce que je semble voir ici, même si les protagonistes ont le quadruple de l’âge des jeunes gens de 1968 qui tirent le portait ! En plus de travailler au café, Pappy-Jeff écrit toujours des chansons. Il joue à l’occasion dans les CHSLD, où des mains vieilles et fragiles pianotent dans les airs, s’animant doucement, au son d’une mélodie rappelant une vie lointaine mais heureuse.

Les personnes âgées sont trop vieilles pour aller dans les bars. Je voulais les amener à sortir de leur sous-sol, de leur maison. Les samedis, c’est aussi un lieu de rencontre pour les musiciens locaux. Tout le monde joue gratuitement ici, juste pour le plaisir. La scène est ouverte à tous.

Mon hôte se dirige vers la sono pour préparer son set. Je me penche sur ma table pour prendre des notes, mais je ne peux pas me concentrer bien bien longtemps.

Restez-vous pour regarder le show ? Ah, OK, parce que sinon, on vous aurait demandé d’aller à l’autre table. On veut avoir la vue sur le spectacle !

Je lève la tête. Devant moi, toutes les tables sont occupées.

T’as juste à venir avec nous autres !

Attablé à ma gauche, un monsieur qui doit bien avoir près de 70 ans me tire une chaise. Je le rejoins, partageant sa table avec un de ses bons amis et une autre habituée. Le petit groupe s’installe sur la dernière table que j’occupais. Derrière nous, cinq ou six personnes sont debout dans le hall.

C’est parce qu’ils ne veulent pas payer un café, alors ils restent dans le hall, me lance la dame assise devant moi.

Au micro, Pappy-Jeff souhaite la bienvenue à tous. On s’exclame et applaudit joyeusement. La guitare à la main, il débute avec sa chanson La pas fine du village.

T’étais une femme assez grossière
Aussi amère qu’une grosse bière
Une dent par-ci une dent par-là
Un œil de vitre un g’nou en fer

A’aurait fait peur à mon grand frère
Qu’y’était chauffeur d’un gros tracteur
Était la pas fine du village
Était la pas fine du village

Le public chante dès les premières paroles. La chanson me séduit bien vite. Je l’aurai dans la tête, c’est sûr. C’est ensuite au tour de Toutes les femmes courent après moé, de Michel Melançon.

C’est moi qui lui ai conseillé de chanter ça !

L’homme qui m’a gentiment invitée à sa table a gagné sa vie comme musicien. Dans les bars, les cabanes à sucre, un peu partout au Québec. Il me pointe son ami, à ma droite :

Lui, il connaît tous les groupes de musique et toutes les chansons !

De Hank Williams à Hank Snow, de Blind Willie Johnson à Cayouche, on discute sur une foule de musiciens, on échange sur les trucs d’animation de foule, l’écho dans les micros, puis on repart sur Jimi Hendrix, John Lee Hooker, Simon and Garfunkel, Fats Domino. L’ancien guitariste interpelle Pappy-Jeff pour une demande spéciale, comme on le ferait dans un bar de chansonnier, quand on est ben loin du chanteur. Je note ces groupes, Texas Tornados, Freddy Fender et The Mavericks, qu’il me conseille d’écouter parce que je lui dis que j’aimerais bien découvrir du son un peu à la country mexicaine.

Quelques minutes plus tard, un monsieur avec des lunettes fumées et un chapeau de cowboy vient vers moi. Il me fait penser à un mélange de Crocodile Dundee et de Johnny Hallyday. Il ne me dit rien et me tend un fist bump. Je réponds à sa sympathique salutation. Il continue son chemin. C’est la première fois que je fais un fist bump avec un elder, comme diraient les Inuits.

Pappy-Jeff a laissé sa place à un chanteur de ballades. Puis, une femme s’emparera du micro pour un Ring of Fire bien senti. Un homme un brin théâtral prend le relais, je pense qu’il chante du Tom Jones. Ça tape des mains, ça a du fun. La femme qui est attablée avec nous en rejoint une autre pour une danse en ligne. L’espace est réduit pour danser, mais qu’importe ! Plus tôt, c’était un couple qui esquissa quelques pas de danse, sous les encouragements de leurs amis. Diana de Paul Anka, L’Amérique de Joe Dassin, Sweet Caroline de Neil Diamond. J’ai fini mon sous-marin depuis longtemps.

Quand on tire sur la plug, je regarde ma montre. Ça fait trois heures que je suis ici, le café s’enligne pour le close. Je me lève et sers la main de mes acolytes. Tu viendras chanter des chansons avec ta guitare ! me lance mon ami de gauche.

Je sors du café avec le CD de Pappy-Jeff sous le bras. Il pleut à siaux, mais je m’en fous. Je souris sans m’arrêter, me disant que je viens de vivre un sacré moment. Un moment sacré. Ce qui est sûr, c’est que je reviendrai un de ces samedis, quand l’air de novembre sera froid et le ciel sera morne. J’y viendrai faire le plein d’insouciance.

Le Café d’à côté
(Galeries de la Canardière)
2485, boulevard Sainte-Anne
581 741-7506