Irritants et mémérages : reprendre le dialogue à Limoilou

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CARREFOUR DES LECTEURS | Le président sortant du Collectif Rutabaga, Claude Villeneuve, a prononcé un discours lors de l’assemblée générale annuelle du Marché public de Limoilou, qui s’est tenue le 22 avril dernier. En voici un extrait, dans une version modifiée par l’auteur.

Le futur de Limoilou se tisse autour d’une trame solide, constituée de résidents attachés à leur coin de cité et d’organisations qui contribuent à rendre ce quartier encore plus aimable, si tant est que cela soit possible.Un média hyperlocal réactif et apprécié qui nous livre une information de proximité de manière moderne, en Monlimoilou.com.Un groupe un peu baroque, mais si efficace qui anime la vie culturelle de notre quartier, avec Limoilou en vrac.Une Société de développement commercial récente qui appuie les projets locaux en cherchant à faire en sorte que ceux-ci profitent aux commerçants.D’autres organisations, comme l’Initiative 1, 2, 3 Go ! Limoilou et l’École de cirque, dont les dirigeants se promènent avec le cœur grand ouvert pour aider tous ceux qui sont aussi fous, créatifs et idéalistes qu’eux.C’est notamment sur ces piliers qu’a pu s’appuyer le Collectif Rutabaga pour édifier le Marché public de Limoilou.À Limoilou, on joue à la courte échelle. L’un se hisse sur les succès des autres pour faire davantage, avec l’espoir de leur rendre la pareille une fois de l’autre côté du mur.

Des irritants

Je sens toutefois que s’accumulent depuis quelque temps des irritants susceptibles d’ébrécher la jolie trame que nous en sommes encore à tisser mutuellement.2016-07-29-piano-3e-avenue-ml-05Je pense d’abord au placottoir, ce fameux parking pour piétons qui nous avait rendus si fiers lors de son inauguration. On l’utilisait ou pas, mais sa seule vue nous rappelait notre statut de quasi-république dans cette ville obsédée par les autos.Ne cherchons pas à le nier, le fait qu’une telle infrastructure aboutisse non pas sur une rue, mais plutôt sur une remorque filant sur l’autoroute Jean-Lesage est en soi un échec pour notre petite collectivité.Monlimoilou.com a tout à fait raison de dire que ce n’est pas son travail, comme média d’information aussi local soit-il, de soutenir financièrement une telle installation.La SDC 3e Avenue a tout autant raison de dire que cet aménagement, qui n’a ni pour finalité, ni pour effet, de générer de l’achalandage commercial ne pouvait relever de sa seule responsabilité. Il est également vrai qu’à titre de propriétaire, sa disposition relevait de sa prérogative.En comprenant les raisons évoquées pour justifier sa vente, il reste que celle-ci, au-delà du simple avis d’intention privément exprimé, n’a pas cherché à susciter la mobilisation qui aurait permis de conserver le placottoir.Si la SDC avait placé le parking pour piétons parmi ses priorités d’actions, il se trouverait encore à Limoilou. Tout le monde s’entendra également pour dire que la discrétion dans laquelle cette réflexion a été menée suffit à conférer une impression de précipitation à cette décision.La SDC rappelle que le retrait du placottoir s’inscrit dans une réflexion plus vaste sur le mobilier urbain de l’artère, un plan d’idéation retardé par les travaux prévus cet été. Ce projet se voit toutefois déjà plombé par le fait que cette réflexion se déroule pour l’heure en vase clos, sans que la population soit invitée à s’exprimer sur ses besoins.Le succès de telles initiatives se mesure à la place qu’on aura laissée en amont aux citoyens pour qu’ils puissent participer. Si ce plan devait se réaliser sans qu’il devienne immédiatement plus transparent, on pourra conclure que le modèle des SDC confère trop de pouvoirs au seul secteur commercial dans l’aménagement des territoires. Cette approche de gouvernance devra dès lors être revue.

Maladresse

On perçoit un mécontentement grandissant dans le quartier à propos de la SDC 3e Avenue. Des commentaires souvent injustes et qui demeurent, tant qu’ils ne s’incarnent pas dans la construction d’un discours et d’une stratégie alternative, au niveau du mémérage.Je ne m’exprimerai pas sur chacun des événements ayant mené à cet amenuisement du lien de confiance entre la SDC et certains partenaires. Je rappellerai toutefois un principe que mon expérience politique m’a appris : il ne faut pas attribuer à la malveillance ce que la maladresse suffit à expliquer.De l’ensemble ressort un manque de volontarisme de la SDC à l’étape des communications ainsi que l’émergence d’un discours selon lequel si celle-ci ne s’oppose pas aux initiatives communautaires, citoyennes ou culturelles du quartier, le C de son sigle ne veut rien dire d’autre que « commercial ».Ce vocabulaire doit impérativement disparaître de la bouche des acteurs de la SDC. En plus d’être un brin méprisant et inutilement confrontant, c’est un propos profondément ignorant.Pas besoin d’avoir fait le tour du monde pour le savoir : le dynamisme commercial vient de la vitalité culturelle et de la force du tissu social d’une communauté. Pas le contraire.

Perron d’église

Ce que tente de faire le Collectif Rutabaga, à travers le Marché public, c’est de nous offrir, à nous, citoyens de Limoilou, un perron d’église où la visite est la bienvenue — et est par ailleurs nombreuse.3e AvenueComme Limoulois d’adoption, j’ai été ému de constater à quel point nos concitoyens s’étaient approprié leur marché public, allant jusqu’à en faire leur activité préférée, selon une enquête de Votepour.ca. Cette adhésion à un projet qui m’était cher m’a permis de baptiser « chez moi » ce quartier que j’ai choisi.Je pense également à des hommes d’affaires visionnaires comme Michel Jobidon, notre épicier de quartier, qui nous soutient depuis nos débuts. Je pense aussi à Stéphane Babos, dont tout le monde connaît la générosité.Dans l’éditorial d’Arnaud Bertrand [et Érick Rivard] portant sur le malaise qui serait ressenti dans le secteur, il est toutefois dit que la SDC a manqué de soutien envers les nouveaux événements comme le nôtre.En toute honnêteté, ça n’est pas tout à fait juste.Jamais le Collectif Rutabaga n’a perçu la SDC comme étant hostile à son initiative. Celle-ci appuie chaque année notre demande de permis de fermeture de rue.Il est toutefois juste de dire que nous avons souvent ressenti que le secteur commercial de la 3e Avenue nous voyait moins comme une opportunité d’affaires que comme une patente à gérer.La SDC se doit de réverbérer les préoccupations de ses membres. Certains perçoivent nos exposants comme une compétition, eux qui payent de rondelettes taxes commerciales. D’autres n’apprécient pas les fermetures de rue. Cela fait néanmoins en sorte que, du point de vue du Marché public, quand nous avons affaire à la SDC, c’est généralement qu’il y a un problème, même si ce n’est pas ce qu’elle voudrait représenter pour nous.Marché public de LimoilouDe semaine en semaine, le Marché public de Limoilou attire sur la 3e Avenue plus de 2800 visiteurs. On nous dit pourtant que cette mobilisation n’aurait pas d’impact sur l’achalandage commercial.Je répondrai ainsi : 10 dimanches par été, des bénévoles, à titre gracieux et sur leur propre temps, poussent plus de 2800 personnes à venir dépenser sur l’avenue. Est-il exagéré de croire qu’il reviendrait aux commerçants d’assurer la partie où on convainc ces 2800 personnes de se rendre ensuite dans les établissements environnants ?Plusieurs moyens d’y parvenir ont été proposés. Production d’une carte gourmande ; création d’une « tente SDC » ; tenue d’une vente trottoir sur l’ensemble de l’artère, les jours de marché. Jusqu’ici, la main tendue ne fut pas saisie.Dernière tentative en lice : appel de candidatures auprès de tous les membres de la SDC par le biais d’une infolettre envoyée par elle, afin d’offrir en priorité un kiosque aux commerçants qui le désireraient.Bilan de l’initiative : 0. Aucun commerçant de l’artère ne veut profiter de l’achalandage du Marché public.Les producteurs qui nous visitent font tous de l’argent, sinon ils ne reviendraient pas. J’en comprends donc que le secteur commercial de la 3e Avenue refuse l’occasion d’affaires que représente le Marché.

Reprendre le dialogue

Comme citoyen, je ne peux donc faire autrement que d’espérer que le mémérage cesse et que le dialogue reprenne.Il revient à ceux qui veulent faire de l’argent dans Limoilou de comprendre qu’ils ont tout à gagner de la vitalité associative du quartier. Pour y arriver, l’existence d’une instance comme la SDC, si elle est curieuse, allumée et à l’écoute ne peut qu’être bénéfique.Pour ma part, je souhaite qu’on n’oppose plus jamais le dynamisme social et communautaire au développement économique.L’ouverture et la générosité de ce quartier, j’en ai bénéficié. Je veux donc que tout le monde en profite.Claude Villeneuve, président sortant du Collectif Rutabaga