Prolongation de la durée de vie de l’incinérateur au-delà de 2024: est-ce que cela devrait nous préoccuper?

Compte tenu de l’incertitude entourant le sort de l’incinérateur après 2024, une séance d’information et de travail se tiendra le 29 mai prochain. Cette rencontre est organisée par un groupe d’une douzaine de citoyennes et de citoyens préoccupés par les conséquences de l’incinérateur. Les auteurs sont impliqués dans ce groupe.

Par Véronique Laflamme et Jean-Yves Desgagnés

Lors de la rencontre publique du 30 mars dernier du Comité de vigilance de l’incinérateur, on apprenait, par la voix de Suzanne Verreault, conseillère municipale, présidente de l’arrondissement de La Cité-Limoilou et présidente des comités de vigilance de l’incinérateur et du Port, que la Ville n’avait pas l’intention de fermer l’incinérateur. Puis, plus récemment, que le vice-président du comité exécutif de la Ville, Jonatan Julien, s’envolait vers l’Europe avec trois fonctionnaires pour recueillir de l’information en vue d’un projet de vente de vapeur de l’incinérateur au nouveau mégahôpital de l’Enfant-Jésus. Voilà de quoi achever de désabuser les citoyennes et citoyens à qui la même Ville avait promis, en 2005, de travailler fort pour atteindre les objectifs qu’elle s’était fixés et de fermer l’incinérateur en 2024.

L’incinérateur est-il vraiment sécuritaire et sans danger pour la population?

Depuis plusieurs années, les émanations en provenance de l’incinérateur et leurs impacts sur la santé et la qualité de l’air inquiètent les résidentes et résidents de Limoilou et des quartiers avoisinants, ainsi que la Direction régionale de la santé publique qui, en 2011, recommandait de réduire au maximum la quantité de déchets incinérés.
Dans les dernières années, la Ville de Québec a investi près de 70 millions$ dans la modernisation de cet équipement et d’autres investissements coûteux sont encore prévus. Malgré cela, les émanations toxiques persistent. Une campagne d’échantillonnage menée dans la dernière année a révélé que l’incinérateur dépassait encore, à l’occasion, les normes gouvernementales de pollution de l’air. Des rejets toxiques de mercure, de dioxines, de furanes et de monoxyde de carbone ont été observés. Cela n’est pas surprenant puisque les produits reconnus comme étant dangereux ne sont même pas triés avant même leur incinération. Pour faire court: en l’absence d’un contrôle suffisant à l’entrée, on brûle n’importe quoi! Même si on ne connaît pas précisément les impacts de l’incinérateur de Limoilou sur la santé et l’espérance de vie de la population, notamment les personnes plus vulnérables (personnes malades, âgées, jeunes enfants), on peut affirmer qu’il a un impact certain sur un milieu déjà fragilisé par la présence d’au moins trois autres sources de contamination (les poussières émises par le Port de Québec, les bruits et les poussières produits par l’entreprise AIM, ainsi que les fines particules émises par le va-et-vient constant des camions lourds vers l’incinérateur, le Port de Québec ou l’entreprise AIM).

Pas seulement qu’une question de santé publique

Plus qu’une question de santé publique, l’incinérateur pose la question de la gestion collective de nos «déchets». L’idée n’est pas d’enfouir les mêmes quantités astronomiques de matières au lieu d’enfouissement technique (dépotoir) de Saint-Joachim, mais de prendre les vrais moyens qu’il faut pour réduire ces déchets. C’est d’ailleurs ce que de plus en plus de villes en Amérique du Nord et dans le monde font, notamment en adoptant des stratégies «Zéro déchet» visant à diminuer au maximum ces derniers, en plus d’agir à la source afin de diminuer le suremballage et la surconsommation, et d’augmenter la réutilisation et le recyclage.

Pour réduire nos déchets, il faut plus que des vœux pieux

Au début des années 2000, dans son document «Québec, une capitale exemplaire pour le 21e siècle», la Ville de Québec promettait qu’elle serait une ville exemplaire en matière d’environnement, «d’ici 2008» (il y a déjà 9 ans). Malheureusement, c’est loin d’être encore le cas. Malgré les cibles fixées dans les derniers plans de gestion des matières résiduelles, nous n’y arrivons pas. Force est de constater que contrairement aux objectifs fixés en 2005 (notamment de consacrer 5$ par porte pour la sensibilisation), la Ville a fait peu d’effort pour sensibiliser réellement les résidentes et les résidents à la réduction à la source. Suffisamment d’efforts n’ont pas été faits pour encourager le compostage domestique et communautaire, pour réduire les quantités de matières organiques, réutilisables et recyclables jetées non seulement par les individus, mais par les secteurs industriels, commerciaux et institutionnels. À l’heure où les livres de Béa Johnston sur le sujet figurent au rang de best-sellers et où on vante aux citoyennes et citoyens les vertus du «Zéro déchet», force est de constater que leurs gestes bien intentionnés ne pèsent pas lourds dans les statistiques.

L’incinérateur: un obstacle à une stratégie de «Zéro Déchet»

Un incinérateur, parce qu’il se doit d’être quotidiennement nourri en déchets pour être rentable (sans parler des contrats de vente de vapeur qui nous y obligent), empêche une véritable réduction à la source, pourtant une des priorités de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles.

Pour un vrai débat public

À l’insu et au mépris de la population, l’administration actuelle de la Ville de Québec a décidé de prolonger la durée de vie utile de l’incinérateur au-delà de 2024. Nous croyons que la stratégie «Zéro Déchet» serait plus avantageuse, tant sur le plan de la création de la richesse, de la création d’emplois et pour la santé de la population. Pouvons-nous tenir un vrai débat public sur le sujet d’ici la fin de la campagne électorale municipale?
Les personnes intéressées à s’impliquer d’une façon ou d’une autre pour faire exister ce débat public remettant en question la gestion actuelle des matières résiduelles et la prolongation de la durée de vie de l’incinérateur sont invitées à participer à une réunion le lundi 29 mai, à 19h30, au sous-sol du restaurant Shady, 1680, avenue Maufils (coin Canardière).

Véronique Laflamme, résidente du Vieux-Limoilou, et Jean-Yves Desgagnés, résident de Maizerets