Le questionnaire électoral – Maizerets-Lairet (2) : Pedro-Nel Marquez (Démocratie Québec) | 25 octobre 2017 | Article par Raymond Poirier

Pedro-Nel Marquez porte les couleurs de Démocratie Québec dans Maizerets-Lairet.

Crédit photo: Viviane Asselin

Le questionnaire électoral – Maizerets-Lairet (2) : Pedro-Nel Marquez (Démocratie Québec)

Au fil des dernières semaines, Monlimoilou a été à la rencontre des candidats et candidates aux élections municipales 2017 dans les districts Limoilou et Maizerets-Lairet. Lors de ces entretiens, un même « questionnaire électoral » construit par l’équipe éditoriale – à partir de revues de presse et d’enjeux ciblés par divers organismes et citoyens des quartiers – leur a été soumis. Voici les réponses de Pedro-Nel Marquez, candidat pour Démocratie Québec, dans Maizerets-Lairet.

La politique, c’est quelque chose que je fais depuis toujours. Même en Colombie, mon pays d’origine. La politique, c’est vivre au quotidien. Il faut qu’on participe au changement dont on a besoin, dont on rêve, aussi. En Colombie, j’étais très impliqué en politique – c’est d’ailleurs ce qui m’a envoyé en exil au Canada. Et maintenant, continuer à m’impliquer en politique, ici, c’est aussi pour moi contribuer à la société qui m’a accueillie », répond d’emblée Pedro-Nel Marquez, candidat pour Démocratie Québec dans Maizerets-Lairet, sur ce qui l’a mené à l’engagement politique.

Là-bas, en Colombie, il était engagé au sein d’organismes liés à la défense des droits humains.

Un engagement qu’il poursuit toujours, à distance. En parallèle d’un parcours d’études à l’Université Laval qui l’a mené à l’obtention d’une maîtrise en communications publiques, de même qu’en marge d’une riche expérience à la fois humaine et professionnelle au sein d’organismes communautaires de la capitale, liés notamment à la jeunesse ou à l’immigration. « C’est le social qui m’amène vers la politique, et non l’inverse », précise-t-il.

Pourquoi se lancer à cette élection ? Et pourquoi avec Démocratie Québec ?

Ça fait longtemps que je m’implique en politique, au Québec, tant sur le plan fédéral que provincial ou municipal. Pourquoi me lancer à ce moment-ci ? Parce que j’ai trouvé le bon parti. Je crois beaucoup aux valeurs de Démocratie Québec. Ces valeurs sont les miennes – liées entre autres à la participation citoyenne, donner le pouvoir aux gens d’agir, de faire le changement », continue le candidat.

Et puis, ajoute-t-il, la scène municipale l’intéresse tout particulièrement quant à sa proximité avec les citoyens, leurs besoins, leur réalité.

À la suite de ces quelques éléments de parcours, Monlimoilou a cherché à en savoir un peu plus sur la vision qu’a le candidat de Démocratie Québec sur le quartier, autant que sur ses projets et priorités.

Qu’est-ce que c’est, pour vous, Maizerets-Lairet ?

C’est le quartier où ma famille a habité dès son arrivée au Canada. C’est là où mes neveux ont grandi. C’est là où j’ai beaucoup d’amis. C’est aussi un quartier un petit peu oublié dans notre ville. On parle peu du quotidien du quartier – lorsqu’on en parle, c’est surtout à cause de l’hôpital ou encore de l’incinérateur. Pour moi, défendre ce quartier, c’est continuer mon parcours, là où ma famille est arrivée, là où mes neveux vont à l’école, et là où moi, j’ai des liens avec des organismes communautaires. Alors, pour moi, c’est naturel de m’intéresser à Maizerets-Lairet.

Quel bilan faites-vous du travail de la conseillère sortante ?

Elle est arrivée avec de bonnes idées, mais, malheureusement, elle n’a pas avancé grand-chose. Les problèmes qui sont là maintenant, ils étaient là lorsque Geneviève Hamelin est arrivée dans le district. Le bilan que je fais, c’est un bilan global de l’administration Labeaume, pas uniquement de Mme Hamelin – c’est le bilan d’une administration qui a laissé aller les problèmes.

Qu’auriez-vous fait de différent ?

En porte-à-porte, les gens nous le disent : il manque de pistes cyclables dans le quartier, il manque de verdure, il manque de services de proximité. Au conseil de ville, on dit qu’il faut maintenir les taxes… mais les commerces à Maizerets sont très rares. Il y a un centre commercial dans le quartier qui est en train de fermer ! Ce sont des choses comme ça que j’aurais changées. J’aurais mis en place, par exemple, une Société de développement commercial qui aiderait les commerçants à s’implanter dans le quartier, puis à y rester.

Quelle serait votre « priorité numéro un » pour le district ?

La qualité de vie, c’est un enjeu majeur. Je pense entre autres à la réduction des agents polluants dans le secteur – notamment par le biais de l’incinérateur. Je ne parle pas de la fermeture totale de l’incinérateur, mais de diminuer au maximum les déchets qui arrivent par l’incinérateur. Et diminuer la quantité de pollution qui est générée par cette infrastructure, c’est agir au bénéfice de la qualité de vie des citoyens. Ça c’est, pour moi, un enjeu majeur. Et la qualité de vie, ça passe aussi par la création de services de proximité – par exemple, en matière d’alimentation dans Maizerets, il y a juste deux ou trois supermarchés, qui sont situés à distance des zones d’habitation. Les gens ne peuvent pas y avoir facilement accès, malheureusement, à moins d’avoir une auto.

D’autres enjeux que vous jugez prioritaires pour le secteur ?

  • Les pistes cyclables utilitaires.
  • Mieux aider les organismes communautaires. « Je crois qu’on a le pouvoir, comme conseillers municipaux, de faire une plaidoirie pour ces organismes. »
  • Le gel des taxes commerciales. « On veut que les commerçants restent ! »

Au-delà de ces priorités, Monlimoilou souhaitait également interroger le candidat sur d’autres enjeux, dossiers et thématiques liés à des enjeux de district, ciblés à partir d’une revue de l’actualité récente, de lectures de dossiers ou de mémoires présentés par divers organismes intéressés au développement du secteur, autant que d’échanges et correspondances avec citoyens et commerçants.

Transports et environnement

Outre les questions liées à la qualité de l’air – déjà dans les priorités du candidat de Démocratie Québec –, Monlimoilou a questionné Pedro-Nel Marquez sur la nécessité de mieux appuyer le compostage communautaire.

Certainement ! Plus on invite les gens à recycler, composter, plus on se dote d’outils pour la collecte de ce compost, et plus on réduit la quantité de déchets qui va à l’incinérateur ! Il faut revenir au projet-pilote qui avait été effectué en 2007-2008, que l’administration sortante avait choisi d’écarter », observe-t-il.

La discussion est évidemment venue sur le sujet des transports collectifs et actifs. Au-delà de son engagement pour le développement du vélo utilitaire dans le secteur, le candidat de Démocratie Québec a souhaité parler d’un système d’autobus ancré dans les réalités du milieu.

La création d’un système de transport en commun intelligent, ce n’est pas juste l’ajout d’autobus ! Il s’agit de mieux adapter les parcours aux besoins des gens », indique Pedro-Nel Marquez.

Et selon le candidat, cette adaptation n’implique pas uniquement des trajets – dans certains cas, ce sont aussi les véhicules eux-mêmes qui doivent être adaptés. « Les personnes à mobilité réduite, elles ne peuvent prendre que les parcours Métrobus. Elles ne peuvent pas prendre la 4, la 28… »

Déplacements actifs et sécuritaires

Sur la circulation piétonne, le candidat déplore qu’il n’existe, actuellement, que trois accès entre les secteurs Lairet et Maizerets – la 18e, la 22e et la 41e Rue. « Les gens sont obligés de faire des détours lorsqu’ils circulent à pied entre les deux quartiers, rendant d’autant plus difficile la traversée du boulevard Henri-Bourassa – c’est un problème de mobilité », estime-t-il. Cela, tout particulièrement dans le contexte où certaines de ces artères – notamment la 18e Rue – sont déjà problématiques.

Et ce secteur, avec l’agrandissement de l’hôpital de l’Enfant-Jésus, risque de devenir encore plus névralgique, plus problématique dans les années à venir.

La solution, pour lui, se trouve, oui, dans le contrôle de la vitesse automobile – par exemple, avec une limite de vitesse fixée à 30 km/h dans les rues résidentielles –, mais peut-être d’abord dans une meilleure sensibilisation au partage de la route :

Ce n’est pas en adoptant une loi disant qu’il faille partager la route que ça va marcher ! Il faut de la sensibilisation, pour les cyclistes, les piétons, les automobilistes.

Irait-il jusqu’à recommander l’adoption d’une vision zéro accident ? « Oui, mais dans la mesure où celle-ci est accompagnée, justement, d’éducation et de sensibilisation. »

Et un boulevard urbain pour le sud de Laurentienne ? Oui, estime le candidat. Mais dans la mesure où l’on a une véritable vision pour le développement du secteur : « Qu’est-ce qu’on va développer autour du boulevard ? Il ne faut pas réduire la vitesse pour réduire la vitesse ! »

Une ouverture au vélo hivernal ?

Québec, c’est une ville de pentes – surtout la Haute-Ville et la Basse-Ville. Mais ici, dans Maizerets-Lairet, c’est plat ! Pourquoi ne pas essayer de mettre de l’avant un projet dans lequel les cyclistes pourraient rouler de façon sécuritaire tout au long de l’année ? Ça se fait ailleurs, pourquoi ne pas le faire à Québec ?

Développement du secteur

Entre les deux secteurs qui forment le district, Pedro-Nel Marquez observe un clivage. D’un côté, Maizerets, où la croissance est plus lente, où les communautés culturelles sont plus présentes, où des enjeux liés à la pauvreté demeurent pressants. Et Lairet qui, au fil des dernières années, connaît une belle lancée – plus d’achats de propriétés, des résidents bien implantés dans leur milieu…

À Maizerets, il y a beaucoup de gens qui y restent quatre ou cinq ans et qui s’en vont, pour plusieurs raisons – pour des motifs économiques, par manque de services de proximité, à cause de défis sur le plan des transports. Les jeunes familles qui s’y sont implantées pensent maintenant à partir, tant pour ces raisons, que face à leurs inquiétudes quant à la qualité de l’air.

Quant au développement d’un « cœur de quartier » à Maizerets, le candidat déplore le déménagement prochain du centre Mgr-Marcoux.

J’étais étonné de voir le déménagement du centre Mgr-Marcoux. Je pensais que l’administration sortante allait faire quelque chose… On nous a dit que c’était privé. Pourquoi, parfois, la Ville intervient dans des entreprises privées, et les encourage, mais que, face à quelque chose qui pourtant était essentiel à la communauté, la Ville ne souhaite pas intervenir ? C’est ça qui est étonnant…

Vie de quartier et participation citoyenne

La question de la création de parcs, de la bonification des espaces de voisinage a été évoquée, au fil de l’échange avec le candidat.

Je trouve drôle la promesse électorale du maire sortant, qui dit vouloir faire plus de parcs… Il me semble que c’est naturel, pour la qualité de vie, de vouloir faire plus et mieux en ce sens ! » lance M. Marquez.

Selon lui, au-delà de la création de nouveaux espaces, il est également nécessaire de s’assurer que les infrastructures existantes répondent bien aux besoins des gens. « Au parc Bardy, par exemple, pourquoi n’y a-t-il pas d’équipement d’entraînement pour les personnes âgées ? Ce sont des types d’équipement qu’on voit, souvent, dans les espaces verts dans les secteurs situés plus au nord de la ville, mais pas ici. Pourquoi ? »

Par ailleurs, le candidat estime qu’une volonté de verdissement doit aussi dépasser la simple création d’espaces verts. Il faut planter plus d’arbres – le long des routes et des autoroutes, cibler les secteurs qui sont devenus des îlots de chaleur. « Pourquoi ne pas favoriser, par exemple, l’agriculture urbaine sur les toits de centres commerciaux ? » suggère-t-il. Cela, en s’assurant que les solutions proposées répondent clairement aux besoins de la population locale.

Il ne faut pas faire de jardins communautaires dans des secteurs où les gens n’en veulent pas ! Il faut consulter les gens.

Pour l’aide à la petite enfance ? Le candidat propose la création de programmes de financement axés sur les besoins et réalités de cette clientèle. Pour le développement de Saint-Pie-X ? Il souhaite voir émerger un regard plus positif sur le secteur et sa population. Sur les questions liées à l’immigration, le candidat déplore l’investissement de 70 000 $ réalisé par l’administration sortante quant à la production d’un guide à l’attention des immigrants.

Je l’ai lu à la fois comme immigrant et comme intervenant qui travaille avec des immigrants, et, selon moi, ce guide n’apprend pas aux immigrants de quelle façon s’intégrer à la société. Il nous dit ce qu’on ne doit pas faire, mais jamais ce qu’on doit faire. Cet argent-là aurait pu aller aux organismes qui accueillent des immigrants.

Il importe de faire une meilleure place aux personnes immigrantes, selon le candidat. Par exemple ? En réactivant un comité consultatif formé de représentants des communautés culturelles, le Conseil interculturel de la Ville de Québec.

Le dynamisme des secteurs passe également, selon Pedro-Nel Marquez, par une bonification de la participation citoyenne, entre autres par le biais des conseils de quartier :

J’ai été vice-président d’un conseil de quartier, auparavant. Je crois que les gens ne connaissent pas l’importance du rôle des conseils dans leur quotidien. Les consultations, ça passe par les conseils de quartier. Proposer des projets également. Il faut faire connaître leur importance, leur impact et donner le goût aux gens de venir aux conseils de quartier », fait-il valoir.

Il estime que ces instances doivent avoir le pouvoir d’influence et d’action positive et responsable pour l’évolution des quartiers qu’elles représentent.

Et le mot de la fin ?

Construisons un quartier à l’échelle humaine ! On ne peut pas être au 21e siècle  avec encore des idées du 18e siècle. Il faut être avant-gardiste. On est la capitale. Et on est un quartier important dans la ville. Il faut que les gens nous voient comme ça. Il faut qu’ils voient Maizerets-Lairet comme un quartier important, pas juste comme un endroit de transit où les gens passent à 70 km/h pour ne pas voir ce qu’il y a autour ! Il faut que les gens voient Maizerets-Lairet autrement, et qu’ils aient le goût de venir vivre ici. C’est pour ça que je parle, moi, d’un quartier à l’échelle humaine.