Dix personnalités qui ont marqué le quartier – Webster | 18 octobre 2018 | Article par Baptiste Piguet

Webster, tel un ambassadeur, permet au quartier de se faire connaître hors de ses murs : « Partout où je vais, à la Baie-James, à Tokyo, à Dakar… je parle du quartier. Je suis fier d’où je viens, je suis fier du quartier, fier du chemin parcouru. »

Crédit photo: Jean Cazes

Dix personnalités qui ont marqué le quartier – Webster

Monlimoilou célèbre cette année ses dix ans d’existence. Prenant prétexte de son contexte d’origine — alors qu’il se présentait, en 2008, comme « cette première vitrine web digne de la vitalité d’un quartier en plein renouveau » —, nous souhaitons aujourd’hui, pour l’occasion, souligner l’apport de ceux et celles qui ont contribué à changer le visage de Limoilou au cours de la dernière décennie. Troisième portrait de cette série de dix personnalités marquantes : Webster, artiste hip-hop et historien.

Aly Ndiaye, alias Webster, est né à Limoilou. Il a commencé à rapper au début des années 1990, promouvant le quartier en solo et avec les formations Northern X et Limoilou Starz. Historien de formation, il donne aussi des conférences et des visites guidées, Québec History X, sur l’esclavage et la présence noire à Québec depuis le 17e siècle. Il travaille actuellement sur son prochain album et sur un manuel d’écriture hip-hop.

À l’époque où vous avez commencé à rapper dans le quartier, comment perceviez-vous Limoilou ?

Je suis de la première génération des rappeurs de Limoilou. À cette époque, les seules personnes à représenter le quartier et à combattre les clichés sur Limoilou étaient les rappeurs et les vieux d’la vieille. On est la génération qui a assumé le quartier et qui l’a porté sur ses épaules. Les rappeurs étaient la première représentation artistique de Limoilou depuis Sylvain Lelièvre.

Quelle est la mission que vous vous êtes donnée par rapport au quartier ?

Notre mission était de représenter le quartier et de renverser les clichés. Dans les journaux, on ne parlait de Limoilou que pour les faits divers. On a tellement bien fait le travail que Limoilou est devenu cool ! Le mouvement hip-hop a mis le quartier sur la mappe. Limoilou est devenu un inévitable du hip-hop québécois. On a changé la perception que les jeunes du quartier ont d’eux-mêmes. Ils portaient les stigmates du quartier et se pensaient des « bons à rien ». On a montré qu’ils pouvaient accomplir ce qu’ils veulent.

Partout où je vais, à Beijing, à Tokyo, à Dakar… je parle du quartier. Je demande au public de faire le « L » de Limoilou avec les mains. Je suis fier d’où je viens, je suis fier du quartier, fier du chemin parcouru.

Quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus fier, relativement au quartier ?

Avoir survécu aux pièges du quartier et à ses différentes dynamiques. Plusieurs sont tombés dans ces pièges. Le quartier a été une force pour moi, il m’a donné des armes, des ressources pour naviguer dans la vie.

Avoir contribué à l’essor du hip-hop dans le quartier, puis dans la ville, puis dans la région. J’ai même reçu un « titre de noblesse » : on parle de moi comme « Webster de Limoilou », et j’en suis très fier.

Avoir décrit le quartier dans mon œuvre, lui avoir donné une image. Je me suis appliqué à décrire Limoilou, mais aussi le quotidien d’un rappeur, d’un jeune Noir dans ce quartier. Par exemple, nous avons souvent eu affaire à la police sans aucune raison. On se faisait coller, interpeller, sans raison.

Comment percevez-vous l’évolution du quartier depuis dix ans ?

J’adore Limoilou. Ici, on passe notre vie à se croiser. On se connaît même sans se connaître. Il y a vraiment une belle continuité. Mais le quartier a beaucoup changé – je l’ai déploré dans un article dans Urbania. On est devenu tellement cool que ceux qui nous crachaient dessus viennent maintenant à Limoilou. Ce phénomène de gentrification fait augmenter les loyers, fait que les restaurants les plus chers viennent ici et que les habitants les moins fortunés sont repoussés vers l’extérieur.

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« On fait du rap queb / Un L dans les airs », chante Webster dans Rap Queb, parue en 2013 sur l’album À l’ombre des feuilles :

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NDLR : Devant l’avalanche de noms à l’étape de présélection, l’équipe éditoriale a dû faire des choix difficiles, guidée par sa volonté de couvrir une diversité de champs d’intervention. Sans rien enlever aux personnes retranchées, la sélection vise à reconnaître les convictions, l’engagement, la persévérance et la vision qui ont présidé aux efforts consentis pour améliorer notre milieu de vie. À tous ceux et celles qui, néanmoins, s’impliquent dans le quartier et participent à son mieux-vivre, une part du mérite vous revient.