Je magasine à vélo dans Limoilou!

Le projet de prolongement de la piste cyclable sur la 3e Avenue soulève de l’opposition chez certains commerçants qui s’inquiètent de la disparition d’espaces de stationnement pour leur clientèle et l’impact que cela pourrait avoir sur leur chiffre d’affaires. Cette réaction n’est pas étonnante, en fait, c’est une réaction qui a été observée dans la plupart des implantations de pistes cyclables sur des artères commerciales dans d’autres grandes villes.

Par Martial Van Neste

Cette réaction connue a d’ailleurs été analysée et documentée pour de nombreuses villes : Toronto, Portland, New York, Auckland, Dublin, San Francisco, Los Angeles et Vancouver. Il en ressort que presque tous les commerçants surestiment la proportion de leur clientèle qui vient en auto par rapport à la clientèle qui vient à pied ou à vélo. Ils pensent que deux fois plus de leurs clients viennent en auto que la réalité. Cela n’est pas étonnant avec l’image du cycliste avec survêtement en lycra, souliers à clip et casque. La dernière fois que j’ai été en vélo à la quincaillerie sur la 3e Avenue pour acheter un gallon de peinture, j’étais en jeans et j’avais attaché mon casque avec mon cadenas.

L’autre constatation qui a été documentée est que les cyclistes dépensent moins par visite qu’un automobiliste, mais ils reviennent plus souvent, ce qui fait un impact positif sur le chiffre d’affaires des commerçants. Si la perception d’un marchand est qu’un cycliste utilitaire est une personne qui n’a pas assez d’argent pour se payer une auto, il ne voudra pas croire cet énoncé. Cependant, les derniers rapports de Statistiques Canada indiquent que dans Limoilou, comme partout ailleurs, les cyclistes utilitaires se retrouvent dans des proportions de revenus qui sont comparables à la population en général. Les cyclistes utilitaires ont plutôt comme point commun qu’ils se préoccupent de leur santé, de l’environnement et de l’efficacité du vélo sur des distances de la taille d’un quartier.

Une des raisons pour lesquelles un commerçant choisit la 3e Avenue plutôt qu’ailleurs est l’achalandage de la rue, c’est-à-dire combien de gens vont remarquer leur commerce. Un cycliste, surtout s’il est sur une piste protégée, est beaucoup plus attentif à l’environnement autour de lui, notamment les commerces, qu’un automobiliste.  Avec l’implantation de bout en bout de la piste cyclable, le commerçant est assuré que le nombre de consommateurs exposés aux commerces va augmenter, si on se fie à l’augmentation fulgurante du nombre de vélos sur la rue du Pont dans Saint-Roch depuis son introduction. En fait, cette piste cyclable sera un axe nord-sud majeur qui va amener des cyclistes des quartiers nord, tout comme ceux de la très populaire piste de la rivière Saint-Charles et aussi les touristes du Vieux-Port qui ont une piste protégée jusqu’à la 3e Avenue.

Limoilou est dans les trois quartiers où l’utilisation du vélo pour aller travailler est la plus importante, soit 5,4% (1,7% VdQ) et l’utilisation de l’auto dans les plus basses, soit 46% (67,5% VdQ). On dénombre plus de 302 000 personnes qui font du vélo au moins quelques fois par année à Québec. Il est frappant de voir les centaines de cyclistes qui utilisent les pistes récréatives comme celle de la rivière Saint-Charles. Pourquoi ne débordent-ils pas sur la 3e Avenue? C’est simple, ils ont peur. Ils vont y aller s’ils peuvent emprunter une infrastructure sécuritaire.

Les grandes villes modernes, prospères et tournées vers l’avenir reconnaissent l’importance du développement  d’infrastructures cyclables pour améliorer la circulation et la qualité de vie de leurs citoyens. Les jeunes considèrent de moins en moins l’auto comme essentielle. Pour garder les familles dans Limoilou, on doit leur offrir un environnement sécuritaire pour leurs déplacements à vélo quand ils vont dans  leurs commerces de proximité sur la 3e Avenue.

On comprend l’opposition de certains commerçants, mais cette opposition s’appuie sur des perceptions erronées qui sont contredites par des faits documentés. Il me ferait plaisir de partager ces études avec la SDC de la 3e Avenue. Je crois d’ailleurs que la Ville possède aussi de telles études sérieuses et validées. En cette époque de « faits alternatifs », je ne m’étonnerais pas que certains refusent de considérer les études contredisant leur idéologie pro-auto. J’espère seulement que nos élus et la majorité des citoyens vont comprendre que ce projet est dans l’intérêt général, tant pour les commerçants que pour les citoyens en général.

Martial Van Neste

Consommateur cycliste et automobiliste de la 3e Avenue à Limoilou

Président de la Table de concertation vélo des conseils de quartier de la ville de Québec