<em>Je ne te vois plus</em> : du cirque pour tous les sens | 8 juin 2018 | Article par Viviane Asselin

Crédit photo: Jean Cazes

Je ne te vois plus : du cirque pour tous les sens

Inspiré de la tragédie des 33 mineurs chiliens restés prisonniers sous terre pendant 69 jours après un éboulement dans la mine de San José, en 2010, le plus récent spectacle des finissants de la formation professionnelle de l’École de cirque de Québec se décline entre l’angoisse des profondeurs, la solidarité du nombre et l’espoir de survie.

Au terme de leur formation de trois ans, on les imagine tout heureux, pleins d’espoir pour l’avenir. Et voilà qu’Olivier Lépine, en collaboration avec Alan Lake, les campe dans un univers sombre et inquiétant dont ils ne sortiront peut-être pas indemnes. Je ne te vois plus a quelque chose de paradoxal dans les circonstances, mais jamais autant que dans la beauté qui se dégage de cet opus en clair-obscur, qui met aussi en scène les élèves de première année.

Pendant près de deux heures, les ombres se forment et se déforment sous les jeux d’éclairage partiel, au gré d’une riche trame sonore qui épouse les mouvements comme les émotions des artistes, partagés entre l’attente et l’urgence. La musique sert non seulement l’histoire d’une communauté cloîtrée sous terre, mais elle s’harmonise avec chaque numéro pour offrir une expérience sensorielle vibrante. Du Richard Desjardins (Signe distinctif) pour accompagner le diabolo, ça vient te chercher comme il faut.

De la cohésion

Aussi n’est-ce pas nécessairement la performance des artistes en soi qu’on retiendra en premier lieu de cette édition – quoiqu’elle aura suscité des exclamations de peur ou de plaisir par moments –, mais l’ensemble du tableau, chaque élément se nourrissant l’un l’autre dans une belle cohésion.

En témoigne notamment le quintette de sangles aériennes nouveau genre : tous ces corps positionnés différemment dans l’espace, tantôt en suspension, tantôt en mouvement, comme si, dans un dernier élan d’espoir, chacun essayait de se sortir de cet enfer comme il pouvait, faute d’avoir réussi en groupe. La routine offre un visuel d’ensemble fort pour un numéro dont l’exécution est somme toute simple (pour des professionnels !).

À l’opposé, si le numéro de contorsion avait de quoi impressionner en lui-même, l’interprétation de l’artiste avait de quoi le rendre mémorable, alors que tout son corps simulait l’intensité de cette lutte pour s’extraire de sa prison souterraine. La cohorte a d’ailleurs fait belle figure à cet égard.

À contre-courant

Mais il n’y en avait pas que pour la cohésion. Le metteur en scène a fait le pari, pour certains numéros dont ceux de banquine, d’y aller sans hiérarchie, programmant plusieurs exécutions différentes simultanément aux quatre coins de la scène, comme si aucune ne méritait plus l’attention qu’une autre. Un choix qui nous sort de notre zone de confort.

De même, alors qu’on nous a habitués à une finale explosive lors des éditions antérieures, celle de Je ne te vois plus se déroule sobrement, quoiqu’avec des paillettes qui, tombant du corps de l’artiste aérienne, sont du meilleur effet. La dizaine de numéros s’achèvent ainsi sur une ouverture lumineuse, comme on s’imagine le futur de ces nouveaux diplômés.

Je ne te vois plus est présenté jusqu’au 10 juin, à 19h30. Il s’inscrit dans le cadre du festival Jours de cirque, qui propose en parallèle plusieurs activités gratuites.