Chronique d’une rivière disparue : La canalisation de la Lairet enfin réalisée ! | 21 juin 2020 | Article par Réjean Lemoine

Les travaux de canalisation de la rivière Lairet en 1967. Une vue en direction sud dans le Vieux-Limoilou.

Crédit photo: Archives de la Ville de Québec

Chronique d’une rivière disparue : La canalisation de la Lairet enfin réalisée !

Monlimoilou réactualise les articles de notre collaborateur et historien Réjean Lemoine qui ont particulièrement retenus votre attention de 2010 à 2014. Ce huitième et dernier texte conclut cette série revisitant l’histoire de la rivière Lairet.

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Les méandres de la rivière posent également un problème pour le développement économique du quartier.

Un citoyen, Adrien Boucher, questionnait en 1956 dans le Courrier de Limoilou la pertinence, l’urgence de détourner une partie de la Saint-Charles et de canaliser la Lairet :

« L’histoire jugera d’une extrême sévérité les déprédateurs des beautés naturelles de Québec, ceux qui font disparaître ses rivières comme la rivière Lairet… Ceux qui s’attaquent maintenant à la rivière Saint-Charles pour la défigurer, l’amputer, la diminuer attachent leur nom à une action pernicieuse, laquelle leur sera à jamais reprochée… »

En mai 1958, la compagnie Coca-Cola implore la Ville de Québec de détourner le cours de la Lairet afin d’agrandir son usine d’embouteillage – aujourd’hui Natrel – localisée sur la 1re Avenue, près du Patro Roc-Amadour. Le père Raymond Bernier entreprend en décembre 1959 une démarche similaire afin que la rivière coule hors des limites des terrains du centre communautaire. Il demande de creuser un canal de 10 pieds de large pour faciliter l’écoulement des eaux.

Le 15 mars 1960, le député provincial de Québec-Est et membre de l’Union Nationale, Armand Maltais, annonce la signature d’une entente avec la Ville pour débuter les travaux de canalisation. En juin, à la veille d’une élection provinciale difficile, le gouvernement d’Antonio Barrette contribue pour 1,2 M$ à ce chantier, la Ville en fera autant à hauteur de 400 000 $ : ainsi s’amorce de la réalisation d’un projet d’assainissement réclamé depuis plus de 25 années d’attente, dans Limoilou!

Trois phases qui changeront le visage du quartier

La canalisation de la rivière Lairet se déroulera en trois étapes. Pour la première phase, un premier contrat de 1 M$ est accordé à l’entreprise Magloire Cauchon afin de réaliser un tronçon entre la rue de Lanaudière et la voie du Canadien Pacifique, derrière Coca-Cola en passant sur les terrains de l’Expo Provinciale. L’entrepreneur doit réaliser une canalisation de 12 pieds de diamètre en béton armé. Une canalisation secondaire de six pieds de large vise à drainer la rivière à partir du boulevard Benoit XV, le long du boulevard des Alliés. Une dernière doit faire une autre connexion avec la canalisation construite en 1954 de l’hôpital Saint-François-d’Assise. On demande au professeur Bernard Michel, de la Faculté des Sciences, de réaliser un modèle réduit du projet de canalisation pour s’assurer de sa faisabilité. Il écrit dans son rapport : « Il est important que le canal soit le plus court et le plus droit possible pour diminuer les coûts et assurer le fonctionnement hydraulique ».

Au début des années 1960, plusieurs propriétaires riverains avaient contesté devant les tribunaux les prétentions de la Ville. En mai 1962, afin de régler la querelle juridique, le gouvernement du Québec a donc cédé à la municipalité le lit de l’ancienne rivière, qui pouvait ainsi conserver une partie de ces terrains pour ouvrir de nouvelles rues ou pour créer le parc Lairet. En juin 1964, la Ville a accepté de céder les terrains excédentaires aux propriétaires riverains moitié-moitié de chaque côté de l’ancien lit.

La deuxième phase des travaux débute en avril 1965. La compagnie François Marquis Ltd doit cette fois réaliser une canalisation de 10 pieds de diamètre le long de la rue des Cerisiers de la ligne de chemin de fer du Canadien Pacifique, aux limites de la ville de Charlesbourg, pour un montant de 1 M$. En février 1967, un dernier contrat est octroyé à la Compagnie J.A Auclair pour le tronçon inférieur de la rivière entre de Lanaudière et de l’Espinay. Un tuyau en béton armé est installé au coût de 250 000 $.

Entre 1960 et 1967, c’est donc plus de 3 M$ de fonds public qui auront servi à canaliser la Lairet, devenue souterraine. Il restera au tournant des années 1970 à compléter la canalisation de la rivière sur le territoire fédéral du parc Cartier-Brébeuf. L’autrefois mal-aimé cours d’eau y retrouvera son lit naturel en 2008.

Principales sources ayant servi à la réalisation de cette chronique : Archives de la Ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

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