Nos commerçants au temps de la COVID-19: l’exemple de la cordonnerie Grands-Pas | 18 juin 2020 | Article par Jean Cazes

Sylvain Martel, encore longtemps au poste! 2 juin 2020.

Crédit photo: Jean Cazes

Nos commerçants au temps de la COVID-19: l’exemple de la cordonnerie Grands-Pas

La cordonnerie Grands-Pas du Vieux-Limoilou a rouvert ses portes le 5 mai dernier. Son propriétaire, qui en a vu d’autres, commente son adaptation dans cette nouvelle réalité covidienne, encouragé par l’inébranlable soutien de ses fidèles clients.

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La boutique au 399 chemin de la Canardière
Crédit photo: Jean Cazes

À l’exemple de milliers d’autres entrepreneurs, Sylvain Martel a vu sa vie professionnelle chamboulée à compter de ce fameux vendredi 13 mars. « Québec sur pause » oblige, cette longue éclipse aura été fatale pour plusieurs petits commerçants. Pas lui.

« Je suis combatif, et je passerai au travers de cette nouvelle épreuve de la COVID-19 ! », affirme d’entrée de jeu le cordonnier, heureux de nous revoir à sa boutique à laquelle sont attachés bien des résidents du quartier, et qu’il dirige contre vents et marées depuis 13 ans.

Faire face à l’adversité

Des directives à l’entrée.
Crédit photo: Jean Cazes

Vrai qu’après toutes ces années, le sort n’a pas toujours été tendre envers le sympathique propriétaire de Grands-Pas, institution du Vieux-Limoilou depuis 68 ans.

Rappelons qu’une suite de mésaventures liées à de gros dégâts d’eau à son adresse d’origine de la 10e Rue ont finalement forcé Sylvain Martel, en juin 2017, à relocaliser définitivement son commerce dans le mythique immeuble de la Librairie canadienne, près du IGA Pierre Jobidon. Puis comme d’autres commerçants voisins, Sylvain Martel, a subi les mois suivants d’importantes pertes de revenus engendrées par la nécessaire réfection du chemin de la Canardière.

Ces dernières semaines, Sylvain Martel évalue à quelque 70 % la baisse d’achalandage à sa boutique par rapport à la même période l’an dernier. Pour passer au travers de cette autre épreuve, Sylvain Martel salue les diverses aides gouvernementales, directes ou indirectes, les principales étant la PCU et celle relative au loyer commercial (AUCLC).

Des bottes qui ont retrouvé une seconde vie.
Crédit photo: Jean Cazes

Pour opérer, le sympathique cordonnier se plie volontiers aux exigences de la Santé publique. « Ici, c’est une personne à la fois. Sinon, on attend dans le portique ou à l’extérieur. Mais c’est rare que ça arrive, et mes clients sont très compréhensifs ! ». Outre l’incontournable bouteille de désinfectant à l’entrée, Sylvain Martel a de plus installé un mica transparent à son comptoir d’accueil, « conforme, mais moins onéreux que le plexiglas dont le prix a fait un bond avec la crise », a-t-il constaté.

Autre nouveauté en cet étrange année : afin de dépanner en masques les gens du quartier, Sylvain Martel peut compter sur ses deux couturières pour les confectionner. « Un modèle en jeans, dit-il, est particulièrement apprécié ! »

« On vous laissera pas tomber ! »

Autres articles vedettes : les bottes de travail.
Crédit photo: Jean Cazes

Avec l’arrivée de l’été coïncidant avec certains signes d’essoufflement de la pandémie au Québec, Sylvain Martel soutient qu’il y a vraiment lieu de garder espoir dans les mois à venir, en particulier cet automne, saison plus achalandée pour ses articles à vendre ou à réparer parmi les plus populaires : les bottes d’hiver.

Certes, le cordonnier constate en attendant que « les clients sont encore frileux de revenir, mais je peux les comprendre ». Il avance toutefois une hypothèse qui favoriserait dans les circonstances sa boutique, de par sa nature même :

« Peut-être que les gens seront moins intéressés à faire la file dans les centres commerciaux et à dépenser, préférant recycler ce qu’ils ont déjà. Plusieurs clients me disent : « On pense à vous si on a quelque chose à faire réparer, et on vous laissera pas tomber ! » […] Je crois que la clientèle se fera bientôt plus nombreuse, aussi encouragée en voyant les activités redémarrer un peu partout… »

Un coin vélos pour accommoder la clientèle
Crédit photo: Jean Cazes

Faisant donc preuve d’un optimisme prudent, ayant toujours le feu sacré, le commerçant se donne un autre bon sept ans à la cordonnerie, à raison de quatre jours semaine. Puis il prendra une retraite bien méritée pour ses 64 ans.

D’ici là, dit-il, « on touche du bois pour éviter une deuxième vague », encouragé, peu importe ce qui arrivera, par tous ses clients qui le soutiennent, puisqu’« ils ne veulent pas que je disparaisse », conclut Sylvain Martel, d’un ton amusé.

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