Regards sur la nature limouloise (1) : les fleurs des marais du Domaine Maizerets | 26 juin 2020 | Article par Jean Cazes

Vue en direction est sur le principal marais. 18 juin 2020.

Crédit photo: Jean Cazes

Regards sur la nature limouloise (1) : les fleurs des marais du Domaine Maizerets

Avec l’arrivée de la belle saison, voici le premier d’une série d’articles qui souligneront dans les prochaines semaines la beauté ou la singularité de notre flore et de notre faune hyperlocales. Pour ce premier volet, on explore le milieu humide du Domaine de Maizerets.

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Il y a certes des incontournables à découvrir dans ce vaste oasis de verdure de Limoilou. On n’a qu’à penser à son arboretum. Mais sa zone marécageuse vaut aussi franchement le détour !

La zone marécageuse, délimitée par l’autoroute, qu’on ne devine pas du tout en la visitant !
Crédit photo: Google Street View

L’ouvrage Domaine de Maizerets (Frédéric Smith et Louise Tanguay, 2005) consacre un chapitre sur les caractéristiques naturelles de l’écosystème sis à l’extrémité sud-ouest du parc que la Ville de Québec a acquis en 1979 et que la Société du domaine Maizerets anime depuis 1982.

Dans un secteur jadis soumis à l’influence des marées, ce milieu humide a été « recréé » par le remblaiement du littoral lors de la construction de l’autoroute en 1970. La Ville a ensuite décidé de le mettre en valeur en y aménageant des sentiers et des belvédères.

Aujourd’hui fréquenté par une riche faune ailée, dont le colvert qu’on associe étroitement au fameux toponyme « Canardière », le site bordé de saules majestueux affiche un air exotique de bayou qu’on vous invite à explorer ou à redécouvrir, entre autres pour y observer sa flore particulière.

Quelques exemples de plantes à fleurs des marais

Parmi les nombreuses espèces – flottantes ou enracinées dans la vase – que l’on observe ici en été, nous avons retenu six plantes indigènes ou introduites. Histoire de rendre un hommage posthume à la botaniste Gisèle Lamoureux, leurs descriptions sont tirées en grande partie des guides d’identification du groupe Fleurbec, organisme qu’elle a fondé en 1973 et qui opère maintenant sous le nom de Floraquebeca.

L’iris versicolore (Iris versicolor)

L’iris versicolore. 9 juillet 2009.
Crédit photo: Jean Cazes

Floraison : de mai à août. Hauteur : jusqu’à 120 cm. Exposition : soleil, mi-ombre.

Cette plante indigène croît dans une variété de lieux humides (des rivages jusqu’aux forêts) occupant tout le territoire québécois qui s’étend au sud de la baie d’Hudson.

L’iris versicolore est officiellement la fleur emblématique du Québec depuis 1999. Son choix repose notamment sur ses couleurs qui illustrent bien notre diversité culturelle, en plus qu’elle s’épanouit au temps de la Fête nationale.

Le butome à ombelle (Butomus umbellatus)

Le butome à ombelle. 9 juillet 2009.
Crédit photo: Jean Cazes

Floraison : de juin à juillet. Hauteur : jusqu’à 100 cm. Exposition : soleil.

D’origine eurasienne, la première mention du butome à ombelle remonte à La Prairie, en 1897. La plante a depuis envahi les rives du fleuve et de ses affluents, jusqu’à la hauteur du Bas-Saint-Laurent. Vingt à 45 fleurs garnissent le bout de ses tiges.

Sa culture est considérée comme facile, entre autres en bassin aménagé sur un sol argileux, même si on le déconseille dans nos jardins pour limiter sa propagation.

L’utriculaire vulgaire (Utricularia vulgaris)

L’utriculaire vulgaire. 23 juillet 2009.
Crédit photo: Jean Cazes

Floraison : de juillet à août. Hauteur : jusqu’à 10 cm. Exposition : soleil, mi-ombre.

Typique des marais et des tourbières, l’utriculaire vulgaire est la plus commune des neuf espèces indigènes du genre, au Québec. On la retrouve jusqu’à la limite du Labrador.  Ses fleurs, généralement au nombre de deux, s’épanouissent au sommet d’une hampe.

Ce qui distingue cette plante à fleurs en particulier des autres de la zone marécageuse de Maizerets ? Elle fait partie de la sympathique famille de nos plantes insectivores qui compte 14 membres !

Ses feuilles immergées, extrêmement ramifiées, portent de minuscule trappes : les utricules. Il s’agit d’un piège sophistiqué qui s’ouvre brutalement dès qu’un petit organisme le touche, sa proie préférée étant la larve de maringouin.

Hydrocharide grenouillette (Hydrocharis morsus-ranae)

L’hydrocharide grenouillette. 23 juillet 2009.
Crédit photo: Jean Cazes

Floraison : de juillet à août. Hauteur : jusqu’à 5 cm. Exposition : soleil, mi-ombre.

Cette espèce d’Europe fut introduite en Amérique du Nord, d’abord à l’arboretum d’Ottawa, en 1932, avant qu’elle s’en échappe sept ans plus tard pour s’introduire dans le canal Rideau. Puis elle a agrandi son territoire le long des rives des rives du Saint-Laurent, jusqu’aux limites de Beauport. Comme toutes les plantes non enracinées, l’hydrocharide grenouillette recherche des milieux à l’abri des vents et des courants.

Envahissante, certains considèrent donc cette plante comme une nuisance, d’où l’intérêt de la contempler ici-même plutôt que de la cultiver.

Lis du Canada (Lilium canadense)

Le lis du Canada. 23 juillet 2009.
Crédit photo: Jean Cazes

Floraison : de juillet à août. Hauteur : jusqu’à 200 cm. Exposition : soleil, mi-ombre.

Le lis du Canada est bien l’une de nos plantes indigènes, même si l’on pourrait croire qu’elle s’est, elle aussi, échappée des jardins ! L’espèce s’épanouit en été sur tout le sud du Québec et le long du fleuve jusqu’à la hauteur de Métis. On observe le lis du Canada en particulier sur les rives des cours d’eau. Relativement peu commun, on trouve également ce lis dans les forêts humides, comme à Maizerets en bordure des marais. Un plant peut porter d’une à 16 fleurs.

Même s’il peut être tentant de le récolter, le lis du Canada est désigné vulnérable en raison notamment de la disparition de son habitat naturel engendré par le développement urbain et agricole.

La salicaire commune (Lythrum salicaria)

La salicaire commune. 12 juillet 2006.

Floraison : de juillet à septembre. Hauteur : jusqu’à 120 cm. Exposition : soleil.

Réputée comme étant la plante exotique la plus fréquente des milieux humides au Québec, on observe principalement la salicaire le long du fleuve et de ses tributaires, parfois en lieux submergés.

C’est pour sa beauté que cette plante d’origine euroasiatique a été introduite dans des jardins en Amérique du Nord vraisemblablement vers les années 1830. Le problème, c’est qu’elle est devenue envahissante depuis les années 1980, au point tel qu’elle peut détruire la flore indigène aux endroits qu’elle colonise.

Même si la salicaire est considérée comme nuisible, la Ville a tout de même décidé de la conserver dans ce milieu clos du Domaine de Maizerets, peu propice à sa propagation.

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