La messe en latin | 25 juillet 2021 | Article par Monlimoilou

Les jumeaux Richard et Denys vers l’âge de 11 ans, en 1966.

Crédit photo: Denys Hawey - Archives familiales

La messe en latin

Auteur de D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs, Denys Hawey partage pour nos lecteurs ses souvenirs de jeunesse. Cette fois, bienvenue à la belle époque des servants de messe!

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Je me souviens encore des premiers efforts que nous avions consacrés, mon jumeau Richard et moi, à apprendre mot à mot, phrase par phrase, la première prière que m’avaient apprise mes parents. C’était le Pater Noster. À ce chapitre, celui des prières en latin, mon père était le coach tout désigné.

Un apprentissage familial

Mon père, que j’ai toujours appelé par son prénom, Pierre, avait servi la messe, en latin évidemment, depuis sa tendre enfance jusqu’à l’âge adulte à l’église Saint-Charles-de-Limoilou. Il était donc un expert dans le domaine.

Nous venions d’être acceptés, à la demande de mon père, dans le chœur de l’église de la paroisse Sainte-Odile, toujours à Limoilou. Il nous fallait maintenant apprendre par cœur les différentes prières latines à réciter pendant la messe, afin d’être acceptés comme servants de messe.

D’une certaine façon, être dans le chœur faisait de nous des figurants à la messe, alors qu’en devenant servants de messe, nous étions promus au rang d’acteurs.

Pierre nous donnait plein de trucs pour faciliter la mémorisation des mots latins de la prière, dans le bon ordre. Il proposait l’application de techniques variées pour faciliter la récitation des prières : les intonations, les mnémoniques, etc.

Grâce à ses conseils, mais surtout grâce à ses encouragements, nous nous étonnions nous-mêmes de pouvoir débiter ces sons étranges, dans le bon ordre et, éventuellement, jusqu’à la fin. C’était, bien sûr, le fruit d’heures interminables de pratiques, de reprises, de nouveaux essais, d’erreurs, etc.

En « glissant les mots »

Je me souviens que mon père manifestait de l’impatience lorsque je lui posais des questions sur la signification, en français, de ces incantations. Il y voyait une tentative de diversion et il me ramenait rapidement à l’objectif de l’exercice : apprendre tous les différents sons et les réciter à bon rythme, d’un ton assuré.

Pierre nous avait ensuite initiés au récit rapide de la première prière que les servants de messe devaient rabâcher dès le début de la messe. C’était le Suscipiat.

Cette prière devait être lancée extrêmement rapidement, sans faire attendre indûment le célébrant qui devait, pendant notre récit, se tenir coi en attendant la fin de la prière. Il n’était pas question de retarder l’exercice en prononçant clairement chaque syllabe des mots. Il fallait apprendre à baragouiner des sons qui laisseraient croire à l’assistance que nous récitions vraiment le Suscipiat.

Et les sons des mots de cette prière n’étaient pas évidents. À vouloir les sortir trop rapidement, on pouvait facilement s’enfarger :

« Suscipiat dominus sacrificium de manibus tuis, at laudem… »

 

Mon père, Pierre, le petit blond, servant de messe à Saint-Charles de Limoilou vers 1936.
Crédit photo: Denys Hawey - Archives familiales

Alors mon père nous avait justement appris sa technique : « glisser les mots » élégamment, comme il le faut, de façon crédible. Il nous avait fait pratiquer longtemps afin que nous puissions sortir des sons « latins », rapidement, à genoux, la tête baissée vers notre missel.

Dès cinq heures le matin

Éventuellement, nous avions été assignés à notre première performance comme servants de messe. On ne risquait pas de faire un flop éblouissant de notre performance. Tous les débutants commençaient par servir la messe de cinq heures le matin, en semaine.

Pour ne pas nous déconcentrer, disaient-ils, mes parents nous avaient bien avisés à l’avance qu’ils n’assisteraient pas à nos premières performances. Avouons tout de même que mes parents n’avaient jamais été du genre à se lever tôt le matin...

Je me souviens encore de cette sensation que j’avais ressentie, ce matin froid d’automne : nous étions nerveux et, je dois avouer, un peu apeurés, de marcher, si tôt, à 4 h 30, de la maison jusqu’à l’église. Il faisait noir, et je n’avais jamais vu notre rue aussi tranquille et déserte.

Finalement, notre initiation avait été réussie : le bon vicaire Garant nous avait encouragés, et les deux vieilles habituées qui assistaient à la cérémonie nous avaient souri gentiment.

Legs pour ses deux enfants et leurs propres enfants, D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs a fait l’objet d’un article sur Monlimoilou. L'histoire de famille et la vie de jeunesse de Denys Hawey, qu'il raconte en 426 pages enrichies de photos, est disponible exclusivement à la Librairie Morency.

Voir un précédent épisode de souvenirs : Notre transport vers le collège Saint-Jean Eudes de Limoilou.