Le lunch du jour de l’An chez les Lemire de Limoilou, dans les années 1960 | 1 janvier 2021 | Article par Monlimoilou

Crédit photo: Denys Hawey - Archives familiales

Le lunch du jour de l’An chez les Lemire de Limoilou, dans les années 1960

Auteur de D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs, Denys Hawey partage avec Monlimoilou ses souvenirs de jeunesse du temps des Fêtes passé en famille dans son quartier. Au texte qui suit, tiré du livre, correspond à une séquence de son montage de films familiaux.

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Alexandrine Roux Lemire, qu’on appelait Cendrine, était ma grand-mère maternelle. Cendrine est toujours demeurée avec nous, d’abord à l’appartement de la 4e Avenue, puis à notre maison de Saint-Odile.

Mes parents recevaient donc la famille Lemire pour le lunch du jour de l’An. Quelques jours avant le début des Fêtes, c’était le branle-bas de combat dans la cuisine chez mes parents. Cendrine prenait le commandement, assistée de deux de ses filles : Jacqueline Lemire Gaudreault et ma mère Denise.

Confection de pâtés à la viande, petits beignes au sucre en poudre, fesse de jambon étaient sur le plan de travail. S’ajoutait à ça toute la panoplie de petits pains fourrés aux salades aux œufs, au poulet et au jambon; les petits sandwiches sans croûte et les pains roulés de couleurs différentes.

Ces journées-là, lorsque nous arrivions de la patinoire pour le lunch, mon jumeau et moi, nous avions les mains longues! Cendrine et ses deux filles nous grondaient juste assez pour que nous limitions nos abus de bouffe. Surtout, il fallait répartir nos prises pour ne pas qu’il ne reste plus d’une sorte de sandwich.

Au jour de l’An, le matin, mon père s’était rapidement donné congé de la cérémonie de la bénédiction du matin : « Les gars, on va arrêter ça! C’est fini la bénédiction pour moi! » Ça ne l’abstenait pas, le soir venu, chez grand-papa Hawey, à titre d’aîné de la famille, de s’agenouiller solennellement devant son père pour lui demander de tous nous bénir.

Plus tôt, le matin du jour de l’An, Pierre avait le mandat de dresser les tables au sous-sol et de s’assurer qu’il y aurait assez de chaises pour asseoir tous les Lemire. Puis, vers les 11 heures, nous étions fin prêts pour recevoir la visite.

La plupart du temps, Jacqueline, la sœur de maman, arrivait la première avec sa gang de Gaudreault. Le mari de Jacqueline, Armand, un ancien joueur de hockey professionnel (il avait été champion compteur pour les As de Québec), investissait immédiatement le sous-sol pour écouter le football américain à la télé. Il était accompagné par ses gars : Normand, l’aîné, puis Pierre, le costaud, et Jean le cadet. Tous des « copiés-collés » de Armand : vestons de tweed, chemises blanches et cravates, pantalons gris. Ils prenaient le contrôle de la télé et écoutaient religieusement la description du match de football en anglais. Diane, l’aînée, restait à l’étage avec les femmes.

Puis, mon oncle Marcel, le seul fils de Cendrine, arrivait avec sa famille. On les appelait « Les Nations Unies ». Ils étaient huit enfants : Lise, l’aînée, était la seule enfant biologique; les autres enfants avaient tous été adoptés par Jeannine et Marcel. Claude, Pierre et Sylvie étaient caucasiens. La famille avait ensuite pris des variations ethniques : Nathalie était d’origine asiatique; Lucie, d’origine africaine; André, d’origine indienne. La plus jeune, aussi d’origine africaine, est décédée tragiquement. J’ai malheureusement oublié son nom.

Finalement, les deux filles de Cendrine, Madeleine et Fernande, arrivaient avec leurs maris « Ti-Blanc » Mercier et « Charlot » Beaudoin. Les enfants, Michel, Suzanne, Louise et Johanne Mercier, de même que Mark, Lyne et Claude Beaudoin suivaient. Avec le temps, plusieurs se faisaient accompagner.

La particularité avec les Lemire, c’était la cacophonie assourdissante qui croissait au fur et à mesure que le party avançait. Il semblait que la règle était : « Celui qui hurle le plus fort obtient le droit de parole »! Même Cendrine, que je connaissais comme une personne calme qui ne levait jamais le ton, adoptait exceptionnellement cette règle familiale du « droit de parole ».

Cendrine était visiblement très heureuse. C’était la seule occasion de l’année au cours de laquelle ma grand-mère était entourée de tous ses enfants et petits-enfants.

Les images du segment 23:00 à 24:03 du montage de films d’archives familiales des Hawey correspond au récit qui précède.

Legs pour ses deux enfants et leurs propres enfants, comme Denys Hawey nous l’a confié, D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs a fait l’objet d’un précédent article. Son histoire de famille et de vie de jeunesse, racontée en 426 pages enrichies de photos, est disponible exclusivement à la Librairie Morency.

Du même auteur : Un repas de Noël chez les Hawey sur la 3e Avenue.