Chronique d’une rivière disparue (5) : Enquête du département de la santé et projet de canalisation dans les années 1940

Cité de Québec, 1943. Projet de canalisation de la Lairet. Source : archives historiques de l'hôpital Saint-François d’Assise.
Cité de Québec, 1943. Projet de canalisation de la Lairet. En jaune : le site de l'hôpital. Source : archives historiques de l'hôpital Saint-François d’Assise.
La pollution de la rivière Lairet provoque des plaintes de plus en plus fréquentes au début des années 1940. Il y a d’abord les récriminations des médecins de l’hôpital Saint-François d’Assise qui demandent qu’on éloigne le cours d’eau pollué des abords de l’hôpital, puis suivent les plaintes des comités de citoyens. En 1942, la Ligue des citoyens de Stadacona dénonce la pollution causée par trois écuries qui déversent leur fumier dans la rivière. D’autres citoyens en ont contre les comportements des agriculteurs de Gros Pin et de Charlesbourg, en amont, qui déversent des déjections humaines et animales dans la Lairet.Face à cette situation, le maire de Québec, Lucien Borne, demande au département de santé municipal de la Ville d’effectuer une enquête exhaustive sur l’état de la rivière Lairet. Au cours de l’été 1945, sous la supervision du médecin-hygiéniste Berchmans Paquet, les employés municipaux Joseph Gilbert et Louis-Philippe Bégin sont chargés d’inspecter chacune des propriétés le long de la rivière.Le docteur Paquet fait rapport au conseil municipal en novembre 1945. Il dénonce « l’état absolument anti-hygiénique, insalubre et condamnable de la rivière Lairet. La rivière déborde de déchets, rebuts, détritus et d’immondices. Les habitations le long des rives vivent au contact immédiat avec ces immondices dans une atmosphère viciée propre aux maladies ». Il signale la présence de nombreux dépotoirs sur le parcours de la rivière. Il constate également le débit inégal de la rivière qui provoque des inondations au printemps et durant l’été des périodes de sécheresse où l’eau devient stagnante et se putréfie.Il ajoute : « Les nombreux enfants du quartier jouent et se baignent dans la rivière et risquent ainsi d’attraper la tuberculose, la diphtérie, la typhoïde ou la scarlatine. Ce risque de contagion s’étend ainsi à tous les citoyens de la ville. Il recommande de condamner ce cours d’eau comme une nuisance et comme une cause d’épidémie. Selon lui, « la rivière Lairet est l’une des grandes causes d’insalubrité qui existe dans la ville de Québec ».Le docteur Paquet recommande de parachever le réseau d’égout collecteur de la ville commencée avant 1939 dans les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. Il faut également écluser et dresser un barrage à l’embouchure de la Saint-Charles afin de faire cesser les marées qui repoussent les déchets dans la Lairet. En attendant, il recommande de nettoyer régulièrement les berges et le lit de la rivière Lairet. Mais la vraie solution consiste à creuser, redresser ou canaliser cette rivière. L’ingénieur municipal Édouard Hamel commence à travailler dès 1941 à un plan pour enterrer et canaliser la rivière Lairet et ainsi la faire disparaître du paysage de Limoilou (plan ci-haut).

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Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]