Chronique d’une rivière disparue (6) : Le projet de canalisation de la Lairet

À la suite des nombreuses plaintes des citoyens concernant la pollution de la rivière Lairet, le maire Lucien Borne de la Ville de Québec présente au Conseil municipal le 16 novembre 1945 un plan d’ensemble de nettoyage et de canalisation de la rivière Lairet [ébauche en introduction du billet précédent].Depuis le début des années 1940, la Ville de Québec, grâce à l’appui du gouvernement fédéral, a investi $4 millions pour construire l’égout collecteur Saint-André qui amène au fleuve les eaux usées des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. Ces travaux diminuent de 75% les rejets dans la rivière Saint-Charles. Il reste à régler le problème du quartier Limoilou.Extrait.Le maire Borne propose donc la construction d’un canal souterrain capable d’écouler le débit maximum de la rivière Lairet à partir des limites nord de la ville jusqu’à la rivière Saint-Charles. Pour le maire, une fois construit, «ce canal permettra de procéder au remplissage et de faire disparaître toute trace du lit actuel de la rivière [lequel est illustré sur l’extrait de la Mosaïque d’orthophotographies de 1948, ci-contre.]. Ces travaux permettront de prolonger les services d’eau et d’aqueduc ainsi que les rues sans être obligés de construire et de maintenir une foule de ponts et de ponceaux».La réalisation de ce projet est essentielle pour la ville et doit être à la base de tout programme important d’embellissement dans la Basse-ville. Le maire demande l’intervention du Fédéral, car le parcours sinueux et pollué de la rivière Lairet s’avère un danger pour la santé publique. Le développement de la ville est gêné et retardé par le cours d’eau pollué et constitue une perte d’espace pour la construction de résidences et de parcs. La récupération de ces terrains amènerait un bénéfice de $1 million. La rivière Lairet, encombrée de broussailles et d’éboulis de terrains, d’arbres morts et d’autres débris est également d’une laideur épouvantable.L’ingénieur municipal Édouard Hamel propose donc un plan de canalisation en trois étapes, évalué à $1,5 million. Dans une première phase serait canalisée la rivière Lairet entre la rue Lamontagne et la ligne de chemin de fer du Canadien National. Deuxièmement, on s’attaquerait au secteur nord entre la ligne de chemin de fer et les limites de la ville vers Charlesbourg pour terminer le travail par la canalisation de l’embouchure de la rue Lamontagne à la rivière Saint-Charles.Ce projet de canalisation doit permettre de réduire le parcours de la rivière dans le quartier Limoilou de 8,000 à 2,000 pieds en faisant disparaître les méandres compliqués de la rivière Lairet. La nouvelle canalisation devrait partir de l’embouchure de la rivière Lairet dans l’actuel parc Cartier-Brébeuf pour se diriger franc nord vers le Colisée, passer derrière le Patro Roc-Amadour pour emprunter la rue des Cerisiers. Une canalisation secondaire est prévue le long de la 22e Rue également.Les autorités fédérales se font tirer l’oreille pour financer le projet. Louis Saint-Laurent, député de Québec-Est et ministre de la Justice à Ottawa, répond au maire Borne qu’il se voit incapable de convaincre ses collègues de financer un projet de canalisation de la Lairet. «Depuis quand la construction d’égouts est une responsabilité fédérale?» écrit-il au maire. Le maire Borne n’a pas plus de chance du côté du gouvernement provincial. Même si la canalisation de la Lairet est réclamée par la presse et les citoyens, le Premier ministre Maurice Duplessis affirme ne pas disposer des fonds actuellement pour soutenir ce projet. Pour le Premier ministre, le dossier est urgent. mais il ne peut que l’envoyer pour étude au département de la Santé et à celui des Travaux publics. La canalisation de la rivière Lairet devra attendre.

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Photos en complément

Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]