Chronique d’une rivière disparue (7) : Les difficiles années 1950

La rivière Lairet passera à l’histoire comme la terre promise des ambitieux, des coulissiers et des politiciens… (Courrier de Limoilou, 1er mai 1953.)Le quartier Limoilou connaît, au début des années 1950, une urbanisation accélérée. De nouvelles paroisses se créent, au nord de la 18e Rue : Sainte-Claire d’Assise en 1950, Saint-Pie X en 1955 et Saint-Paul Apôtre en 1956. La construction de bungalows et l’arrivée de jeunes familles provoquent une augmentation rapide de la population. Le quartier voit sa population doublée : de 30,000 à 60,000 résidents. Mais le maire de Québec est incapable de concrétiser les deux projets les plus importants du quartier : la canalisation de la rivière Lairet et la création du parc Cartier-Brébeuf.Source: Bibliothèque et archives nationales. Plans de villes et villages du Québec :Limoilou ward, city of Quebec. 1912.Pendant ce temps, la rivière Lairet continue de se dégrader. En 1951, les citoyens de Charlesbourg, par référendum, refusent de se doter d’un nouvel égout collecteur. Ainsi, les eaux usées des nouveaux quartiers en développement de Charlesbourg se déversent dans la Lairet, augmentant la surcharge de pollution. En octobre 1949, la Ville de Québec fait installer 25 enseignes le long de la rivière qui indiquent : « Défense absolue de déposer des déchets ou de la terre sur les bords de cette rivière ». Comble d’ironie, quelques mois plus tard, des employés municipaux se font prendre à déverser de la terre dans la rivière!Pour limiter les odeurs épouvantables que dégagent la rivière, les autorités décident, en 1955, de prendre les grands moyens en épandant dans la rivière un produit chimique considéré aujourd’hui comme dangereux. À partir d’une petite station d’épandage située sur la rue des Lilas, la Ville va faire déverser 45 gallons de Cloroben, au rythme de 250 gouttes à la minute. Le chimiste Dominique Gauvin, du laboratoire municipal, constate le résultat : « Malheureusement, la rivière est quelque peu poissonneuse et les poissons affectés par le traitement roulent et vont mourir dans les longues herbes au bord de la rivière. Ils se décomposent et produisent de mauvaises odeurs. »La Ville va également, en novembre 1957, déposer des petits sacs de poison pour exterminer les rats afin que ceux-ci n’établissent pas leur quartier d’hiver sur les bords de la rivière. Des clôtures sont également installées à certains endroits pour empêcher les enfants d’avoir accès aux berges. L’exaspération des citoyens atteint son paroxysme en 1953 lorsque le Bureau provincial d’hygiène empêche la construction de l’école primaire Sainte-Claire d’Assise à cause de l’insalubrité de la rivière.La Ligue des citoyens de cette paroisse, au nom des 1,500 familles (6,000 personnes) vivant près de la Lairet demande sa canalisation dans les plus brefs délais. Elle dénonce le fait que le quartier Limoilou ne bénéficie pas d’un système d’égout adéquat. La Lairet, faisant office d’égout collecteur, bloque le développement de 64 rues dans le quartier.La Ville met le feu aux poudres en proposant de remplir des boucles de la rivière avec les déchets domestiques de tous les quartiers de la ville. Un comité inter-paroissial, formé de toutes les ligues de citoyens du quartier songe sérieusement à proposer un référendum pour faire sécession de la ville de Québec. En éditorial, le Courrier de Limoilou écrit : « On laisse un quartier à l’abandon sous prétexte de manque d’argent. Une municipalité comme Limoilou ayant un montant taxable de $40 Millions et une population de 60,000 âmes peut très bien s’administrer elle-même ». Les politiciens municipaux se doivent de réagir vite.Les citoyens sont fatigués du jeu de cache-cache entre le provincial et le fédéral qui refusent de financer la canalisation de la rivière Lairet et la réalisation du parc Cartier-Brébeuf.[Ci-contre, en complément d’une autre carte publiée dans un précédent billet, le parcours de la Lairet dans le quartier Limoilou avant sa canalisation (carte commentée dans ce billet de Serge Alain). À suivre! ]

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Photos en complément

Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]