Chronique d’une rivière disparue (8 et fin) : canalisation de la Lairet

Travaux de canalisation de la Lairet dans le Vieux-Limoilou (lieu exact à déterminer). Source : Archives de la Ville de Québec.
Les méandres de la rivière posent également un problème pour le développement économique du quartier.En mai 1958, la compagnie Coca-Cola demande à la Ville de Québec de détourner le cours du ruisseau Lairet afin d’agrandir son usine d’embouteillage, située sur la 1ère Avenue. Le Père Raymond Bernier effectue une démarche similaire en décembre 1959 afin de détourner la rivière Lairet des limites des terrains du Patro Roc-Amadour. Il demande de déplacer l’ancien lit de la rivière et de creuser un canal de 10 pieds de large pour faciliter l’écoulement des eaux.Finalement, le 15 mars 1960, après plus de 25 années d’attente, le député provincial de Québec-Est et membre de l’Union Nationale, Armand Maltais, annonce la signature d’une entente avec la Ville de Québec pour débuter les travaux de canalisation de la rivière Lairet. Le gouvernement d’Antonio Barrette, à la veille d’une élection provinciale difficile en juin 1960, contribue pour $1,2 millions à la canalisation de la rivière et la Ville pour $400,000.La canalisation de la rivière Lairet se réalisera en trois phases. Un premier contrat de $1 million est accordé à l’entreprise Magloire Cauchon en juin 1960 pour la réalisation d’un tronçon entre la rue de Lanaudière et la voie du Canadien Pacifique, derrière l’entreprise de Coca-Cola, en passant sur les terrains de l’Expo Provinciale. L’entrepreneur doit réaliser une canalisation de 12 pieds de diamètre en béton armé. Une canalisation secondaire de six pieds de diamètre doit drainer la rivière à partir du boulevard Benoit XV le long du boulevard des Alliés. Et une dernière doit faire une autre connexion avec la canalisation construite en 1954 de l’hôpital Saint-François-d’Assise.On demande au professeur Bernard Michel, de la Faculté des Sciences, de réaliser un modèle réduit du projet de canalisation pour s’assurer de sa faisabilité. Il écrit dans son rapport : « Il est important que le canal soit le plus court et le plus droit possible pour diminuer les coûts et assurer le fonctionnement hydraulique ».La deuxième phase des travaux débute en avril 1965. La compagnie François Marquis Ltd doit réaliser une canalisation de 10 pieds de diamètre le long de la rue des Cerisiers de la ligne de chemin de fer du Canadien Pacifique, aux limites de la ville de Charlesbourg, pour un montant de $1 million. Un dernier contrat est octroyé à la Compagnie J.A Auclair en février 1967 pour le tronçon inférieur de la rivière entre de Lanaudière et de l’Espinay. Un tuyau en béton armé est installé au coût de $250,000.Entre 1960 et 1967, plus de $3 millions de fonds public servent à canaliser la rivière Lairet qui devient souterraine. Il restera dans les années 1970 à compléter la canalisation sur le territoire fédéral du parc Cartier-Brébeuf. Mais se pose alors un problème : à qui appartiennent les terrains créés par la canalisation de la rivière? Les avis juridiques de la ville affirment que la partie navigable de la Lairet jusqu’à l’hôpital Saint-François appartiendrait au gouvernement fédéral. Le lit de la rivière serait à la province de Québec. Plusieurs propriétaires riverains vont contester devant les tribunaux au début des années 1960 les prétentions de la ville.Afin de régler la querelle juridique, le Gouvernement du Québec cède à la ville en mai 1962 le lit de l’ancienne rivière. La ville conserve une partie de ces terrains pour ouvrir de nouvelles rues ou pour créer le parc Lairet. Enfin, en juin 1964, elle accepte de céder les terrains excédentaires aux propriétaires riverains moitié-moitié de chaque côté l’ancien lit.À la fin des années 1960, les travaux de canalisation de la Lairet sont terminés. Les gouvernements s’apprêtent en 1966 à signer une entente pour canaliser et bétonner la rivière Saint-Charles. Incapables d’assumer la gestion de ses déchets et de sa pollution les résidents de Québec font disparaître une rivière et s’apprête à en bétonner une autre. Tous ne sont pas d’accord. Un citoyen, Adrien Boucher, en novembre 1956, questionne dans le Courrier de Limoilou la pertinence de détourner une partie de la Saint-Charles et de canaliser la Lairet :« L’histoire jugera d’une extrême sévérité les déprédateurs des beautés naturelles de Québec, ceux qui font disparaître ses rivières comme la rivière Lairet… Ceux qui s’attaquent maintenant à la rivière Saint-Charles pour la défigurer, l’amputer, la diminuer attachent leur nom à une action pernicieuse, la quelle leur sera à jamais reprochée… » FIN DE CETTE SÉRIE.

______________________________

Billets publiés dans cette rubrique

Photos en complément

Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]