Limoilou au temps du 45 tours (2)

2 janvier 1966 : dimanche de rêve pour la jeunesse limouloise. Par Richard Baillargeon

L’année 1966 a débuté d’une façon idéale pour les mélomanes et les jeunes adeptes des danses à la mode du milieu des années 60 : sloopy, shake, monkey, ya ya, ska étaient à l’honneur tout au long des 12 heures non-stop du premier Festival d’orchestres yé-yé de l’année qui se déroulait au Centre Monseigneur-Marcoux de midi à minuit. Sans oublier bien sûr quelques slows qui étaient une forme de socialisation très prisée, surtout en soirée.

Mais ce dimanche n’était pas une journée ordinaire et, une fois à l’intérieur du Centre de loisirs, il était sans doute facilement possible d’éprouver quelque décalage horaire! L’alignement des groupes vedettes invités, lesquels s’ajoutaient aux performances des participants au concours (car le jamboree était bel et bien un concours où les orchestre participants se donnaient corps et âme dans l’espoir de remporter le grand prix consistant en une occasion de graver un disque 45 tours, porte ouverte sur un rêve de carrière et parfois sur une percée phénoménale!) cet alignement, dis-je, donne encore une bonne dose de frisson artistique à qui a la moindre idée des performances qui ont dû se succéder sur la scène.Imaginons un instant les participants rivalisant d’audace et d’adresse dans l’exécution des grands succès de l’heure! Il était tout à fait possible d’y entendre cinq ou six reprises de Wolly Bully, et autant d’interprétations laborieuses de Mer Morte ou de Wipe Out, ce dernier titre permettant aux batteurs en herbe de se défouler et d’en mettre plein la vue avant de céder la place au concurrent suivant.On se demande bien quels étaient les attraits spécifiques des Caïds et des Monarques. Leurs prestations faisaient visiblement partie des récompenses d’un jamboree précédent! Par ailleurs, les prestations des Bel-Air, des Bel Canto, de Carole Cloutier et des Intrigantes, tous artistes de la région de la Capitale comme les animateurs Guy Thivierge et Gigi Desrosiers, relevaient certainement d’une approche professionnelle. Ces derniers, tout comme les vedettes montantes qu’étaient les Gendarmes, César et les Romains et surtout les Sultans, représentaient déjà la quintessence de la musique jeunesse. Pour alimenter le fantasme, qu’il suffise de mentionner que les Romains terminaient leur passage par une version enflammée de If I Had A Hammer, le succès folk-pop de Trini Lopez et de Claude François, que le chanteur des Gendarmes ne manquait pas d’impressionner lorsqu’il entamait Cara Mia et que les Sultans étaient encore en pleine ascension alors que Va-t-en, qu’on trouvait en face B du succès On est trop jeune se préparait à gravir les palmarès à son tour. « Ne fût-ce qu’un instant… » on souhaiterait faire l’essai d’une machine à explorer le temps!… À suivre!

PROFILS DE CERTAINS DES GROUPES MENTIONNÉS : SARMA et La merveilleuse époque des groupes québécois (Léo Roy, Rétro Laser, 2003.). Mer morte et On est trop jeune figurent dans « 401 petits et chefs-d’oeuvre de la chanson et de la musique québécoises ».

Merci à Richard Baillargeon (SARMA), rédacteur en chef de Québec Info Musique et auteur de 401 petits et grands chefs-d’oeuvre de la chanson et de la musique québécoises (éditeur Varia, janvier 2010) pour sa précieuse collaboration.

[ À consulter aussi : Limoilou au temps du 45 tours (1). ]