Avoir les moyens de ses ambitions

Robert Lepage au Ciné-club SpiraFilm à Limoilou
Crédit photo : Marie-Josée Marcotte
Moi, le simple fait de me retrouver dans la même salle que Robert Lepage, ça m’impressionne. Même si son premier film, Le Confessionnal (1995), m’a un peu déçue par son côté grand public, auquel il manquait la complexité qui caractérise son théâtre. Même si, a priori, son amertume appuyée envers une industrie quasi-castratrice m’a dérangée. Mais Robert Lepage, il a les moyens de son amertume : c’est hors du système de « quêteux » des organismes subventionnaires et selon ses propres principes de création qu’il revient aujourd’hui au cinéma, après un retrait qui s’annonçait définitif après La face cachée de la lune (2003). La divulgation de son projet déjà en chantier, inspiré de son œuvre dramatique Lipsync (2007-2008), a été accueillie avec curiosité par la foule qui avait bravé la tempête, lundi dernier, pour assister à la sixième représentation de la série Ciné-club Spirafilm, présentée à la salle Sylvain-Lelièvre. Qui avait bravé la tempête, surtout, pour se retrouver dans la même salle que Robert Lepage, qui avait accepté l’invitation des organisateurs pour venir discuter de son art avec le public. Nous étions tous là pour nous laisser impressionner.Robert Lepage ne fut d’ailleurs pas le seul à générer cette réaction. Le moyen-métrage projeté en première partie a reçu sa part d’applaudissements enthousiastes – qui ont sans doute, à leur tour, été reçus avec le même enthousiasme par le réalisateur, Anh Minh Truong, et le scénariste, Jean-Philippe Boudreau, présents pour l’occasion. Il faut dire qu’Entre nous et nulle part (2009) était doublement de circonstance. D’une part, le film relatait un road trip en plein froid hivernal mais qui, paradoxalement, avait quelque chose de réconfortant par son histoire sans prétention, sa réalisation inventive, le jeu attachant de ses personnages et sa trame sonore magistrale. Un feel-good movie, léger, divertissant, rafraîchissant, touchant, autour de trois individus atypiques réunis par une petite annonce dans le journal, qui entreprennent une sorte de pèlerinage vers un bled perdu du Dakota du Nord. D’autre part, l’œuvre a été créée en toute liberté, sans l’appui des institutions. C’est Robert Lepage qui est impressionné.[ À lire aussi : Robert Lepage redevient cinéaste ] [ Projection du film Le Confessionnal ce soir au Cégep Limoilou ] [ Programmation complète du Ciné-club ]