La jeunesse os(é)e

Tendre et cruel, troupe du Grand escalier sur Cégep LimoilouDu 22 au 25 novembre était présentée, par la troupe de théâtre du Grand Escalier du Cégep Limoilou, la pièce Tendre et cruel de Martin Crimp, dans une traduction de Philippe Djian. Dans le programme distribué à l’entrée de la Salle Sylvain-Lelièvre, la metteure en scène, Édith Patenaude, livre un plaidoyer en faveur des treize jeunes comédiens qui ont relevé le défi de jouer ce drame contemporain inspiré de la mythologie grecque :

Je crois en l’intelligence de ces jeunes qui veulent jouer / […] Je crois que ma responsabilité est de les encourager à réfléchir, à oser ce qui est difficile, à chercher au-delà de leur confort / À trouver pour eux des textes qui ne sont pas de leur âge et de leur légèreté / Des mots qui les prennent au sérieux, qui ne les sous-estiment pas”

Une apologie de la jeunesse que m’adressait en substance un ami qui enseigne au cégep à peine quelques jours plus tôt, curieusement. Sur la question des lectures imposées à l’école secondaire débattue dans un article du Devoir, lui de déclarer que “les jeunes sont bien plus intelligents que ce qu’ils croient […]. Suffit de leur montrer qu’ils sont capables de comprendre et qu’ils ont des capacités intellectuelles. Ça, c’est une autre paire de manches, et ça prend des profs passionnés”.C’est sans doute cette passion qui a convaincu Patenaude de monter avec la troupe du Grand escalier une œuvre complexe au diapason de l’actualité. L’histoire d’une famille détruite par une guerre au prétendu terrorisme. Le Général, chargé du plein pouvoir par les autorités politiques pour combattre les terroristes en Afrique, sera accusé de crimes contre l’humanité pour avoir décimé, entre autres, toute une population pour les beaux yeux d’une jeune femme, Laela. Son épouse, jalouse et désespérée, se suicidera après avoir empoisonné son mari – qui souffre mais n’en meurt pas. Leur fils, enfin, les détestera pour tous ces déchirements que ne reconnaîtra toutefois pas le père : il a rempli sa mission, celle de purifier la terre et d’extraire le terrorisme. « Je ne suis pas le criminel, mais le sacrifice », scande-t-il avant que les lumières se rallument et que le public, touché, se lève pour applaudir cette performance digne de l’ère Bush.En osant « ce qui est difficile », comme l’écrit Patenaude, on prend le risque de s’enfarger dans les répliques, de décrocher du niveau de langage, d’être inégal dans son jeu. Mais, en même temps, on offre le spectacle d’une jeunesse pleine d’intensité qui prend position dans un monde teinté d’indifférence.

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