Les Fourrures Roméo Falardeau : ... à aujourd'hui (2 de 2)

Suite de Les Fourrures Roméo Falardeau : d’hier…

Autre temps, autres moeurs...

Dans les années 1990, Christian Falardeau ne saisit pas d’emblée l’ampleur de la menace que représente la croisade de Brigitte Bardot contre l’industrie de la fourrure. Bientôt, pourtant, les ventes de Fourrures Roméo Falardeau chutent; la peau d’animal n’a plus la cote et les prix élevés rebutent les clients.« Le commerce a dû s’adapter aux besoins et aux enjeux du temps » en diversifiant ses créneaux. Si, aujourd’hui, il continue de vendre des manteaux prêts à porter ou confectionnés sur mesure – à une clientèle presque exclusivement féminine et locale –, quelque 70% de son chiffre d’affaire repose sur le remodelage. Ces manteaux de matantes dont ont hérité ceux-là mêmes qui s’y blottissaient, enfants, peuvent ainsi retrouver une seconde vie sous les bons soins du tailleur. En frais d’entreposage, qui protège les manteaux contre les coups de chaleur, Falardeau peut également compter sur une clientèle assidue – qu’il semble d’ailleurs étonnamment bien connaître :

Ah oui, madame Sweet! Elle a un manteau en chat sauvage. C’est lourd, le chat sauvage, surtout lorsqu’on n’est pas très grande… Tu vois, tu pourrais m’amener le manteau de ta mère, et je pourrais l’actualiser à ton goût. »

Un apprentissage traditionnel

La passion de la fourrure ne le quitte visiblement pas, même si, pour l’heure, elle n’est plus partagée par une majorité. Sa relève, il ne l’a pas trouvée parmi ses enfants, mais en la personne de Dominic, à qui il enseigne les rudiments du métier depuis 10 ans. Car, depuis que l’école de fourrure de la 1re Avenue a fermé, l'apprentissage s'effectue de façon traditionnelle, presque ancestrale : le tailleur transmet son savoir-faire à l'apprenti. Avec une couturière contre cinq en 1978, l’équipe est réduite pour confectionner manteaux, chapeaux, jetés, coussins et même bijoux.Il reste que cette passion est en elle-même passionnante, ses histoires de famille devenant par la bande une histoire du quartier. La rencontre, toute en générosité, s’est étirée sur plus de deux heures, incluant une visite de l’atelier (ci-bas) et des voûtes où sont entreposés les manteaux. Insoupçonnée et pittoresque, cette partie du magasin a des allures de passage secret, où des escaliers étroits (ci-dessus, à droite), presque casse-cou, débouchent sur ce qui pourrait servir de repaire clandestin, où le maître artisan transmet tous ses secrets à l'apprenti...En attendant, le seul secret auquel on aura droit, c'est celui de l'annonce de travaux de rénovation sur le plancher de vente, prévus à l'été. On se quitte donc sur une promesse de retour, à l'automne, pour apprécier les changements d'une entreprise familiale qui, en ayant su s'adapter à son temps, est devenue une véritable institution à Limoilou.