Les premières fois de Fred Jourdain (2 de 2)

Fred JourdainComme je le disais hier : parlons-en, de cette exposition que Fred Jourdain présente ces jours-ci à la brasserie La Souche.Avec Dark ritual (ci-dessus), il inaugure une série plus noire, d’inspiration vaudou. La composition est telle qu'on se sent captif d’un jeu de regards, dominé par le noir et le sépia. Il s'en dégage un certain mystère qui se charge d’histoires possibles, au gré de l’imaginaire du spectateur.Un bon nombre de ses œuvres exposées à La Souche présentent ce potentiel dramatique : la Vigile est-elle menacée? Qui est la prochaine victime d’Anéris, déesse mythologique qui s’en prend à toute chose qui existe? Pourquoi t’es fâché, mon Ludwig? Puis s’amène la belle Cécilia sous un ciel bleu, et les esprits tourmentés s’adoucissent dans une facture d’ensemble plus dépouillée. Chose certaine, ils ont de la gueule, les personnages de Fred Jourdain, et bien des cheveux, flamboyants comme la personnalité qu’on leur devine.« J’aime ça que le monde se fasse des idées sur mes trucs », expliquera-t-il pour justifier ses « concepts plus flyés ». Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, qu’il expose dans des bars et des restaurants, comme au Fratelli : « Ça permet d’avoir un regard intéressant sur les tableaux, par le ‘‘vrai monde’’ ». Et qu’est-ce qu’il en dit, le vrai monde? « Wow! C’est ben beau! », peut-on lire à répétition sur la page Facebook de l’artiste illustrateur. La simplicité est peut-être encore la marque la plus authentique de l’appréciation.

2 pour 1 à La Souche, mais pas sur la bière

Artiste peintreOn a envie de s’en tenir à cette simplicité pour parler de l’œuvre de Félix Girard, qui partage l’espace d’exposition avec Fred Jourdain. Styles complémentaires, admiration réciproque, trip d’amis : voilà pour la petite histoire derrière la présente collaboration. Illustrateur et artiste peintre natif de Sainte-Brigitte-de-Laval, il affiche une feuille de route impressionnante en dépit de son jeune âge. L’immense toile qui déverse son fiel à l’entrée de l'édifice fédéral inauguré en janvier dernier sur d’Estimauville? C’est lui (voir les étapes du projet). L’étiquette de la marque de bière Mondaine? Ben oui, lui aussi.De la bière à la brasserie, il n’y qu’un pas que Félix Girard n’hésite donc pas à franchir. Les acryliques qu’il propose à La Souche forment un univers inspiré d’un certain réalisme magique, où des ours polaires déambulent entre deux gratte-ciel (Pôle urbain) et où des créatures hybrides s’accrochent à leur humanité par les livres (Le monstre). D’une toile à l’autre, un personnage solitaire à l’air pensif, hébété, parfois triste, éclairé par des teintes ocres mélancoliques. L’effet n’est pas moins doux, en partie parce que l’œuvre s’enracine – littéralement – dans une fantaisie de l’enfance. Du buveur qui prend racine (Au Chantauteuil) au musicien qui se sert d'une branche pour un instrument de musique (L’homme-orchestre), c’est la représentation d’un talent cultivé dès le plus jeune âge et appelé à s'épanouir majestueusement.De l’intensité de Fred Jourdain à l’harmonie de Félix Girard, on n’en finit plus de s’émerveiller – du moins jusqu’au début janvier. Pour ceux et celles qui voudraient payer une bière aux artistes, le vernissage a lieu ce soir, à 21 h, à La Souche. Pour les autres, une toile d'artiste, ça se glisse mal dans un bas de Noël, mais ça fait plus plaisir qu'une orange.