Portrait de candidat (5) : Élaine Hémond (Québec solidaire)

Candidate pour Québec solidaire dans Jean-Lesage, Élaine Hémond travaille depuis longtemps dans la sphère politique. Fondatrice du groupe Femmes, politique et démocratie, elle a participé à la formation de près de 800 femmes au Québec, dont une centaine sont toujours engagées politiquement en province. Au sein du Centre de développement Femmes et gouvernance, elle a aussi offert ce soutien au plan international. Sa plus récente réalisation? Préparer environ 200 femmes aux réalités politiques en vue du processus électoral en Tunisie. En fait, depuis longtemps, ce qui anime cette ancienne journaliste, c’est l’empowerment politique des femmes.C’est la vie qui la fait passer des coulisses à l’avant-scène pour l’élection québécoise de 2012. De retour au Québec après son passage tunisien, elle reçoit un diagnostic de cancer. Traitements. Angoisse. Repos. Rémission. Pendant cette période prolongée, elle s’informe activement des réalités politiques d’ici à travers le filtre des journaux, de la télévision.

Ce que j’ai vu m’a scandalisée. Je me suis dit, c’est ça la démocratie? Toute la collusion, la corruption… La façon de parler à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas ça! Et moi, je travaillais pour amener des femmes vers la politique mais, à quelque part, je travaillais aussi pour changer la façon de faire la politique. »

Au printemps dernier, elle décide de faire le grand saut et de proposer sa candidature à Québec solidaire. « Il fallait que j’aille au bout de mes engagements et de mes valeurs. Que je tente de faire quelque chose pour que la politique devienne plus civilisée et plus orientée vers le citoyen plutôt que vers des intérêts qui ne sont pas toujours ceux du bien commun. » Elle compte ainsi offrir à la population de Jean-Lesage, la circonscription où elle habite, son expertise autant que ses « talents de rassembleuse, sa qualité d’écoute », éléments clefs selon elle du rôle de député.

J’arrive avec une liberté de pensée, de parole et de jugement. J’arrive avec l’amour des gens. Moi je pense que tu ne peux pas aller en politique si tu n’aimes pas les gens. Tu y vas pour eux et pour essayer de faire en sorte que ta société corresponde mieux à leurs besoins, à leurs valeurs. »

Pouvez-vous nous présenter ce qu’est, pour vous, Limoilou?

Photo : Jean Cazes.

Quand je suis arrivée, j’ai découvert ici, dans le quartier, près du centre Robert-Giffard, beaucoup de misère, beaucoup de problèmes de santé mentale. Il y a de la pauvreté aussi – pas tout le monde, mais il y en a. Je trouve que c’est incroyable qu’une société riche comme la nôtre supporte encore de telles différences entre les biens nantis et les plus défavorisés… Il n’y a pas de miracle à faire, mais on peut essayer de trouver des solutions. Il faut déjà le vouloir, prendre conscience des problèmes, voir comment on pourrait arranger ça pour faire que cette misère-là n’existe plus dans notre pays… Dans Limoilou, il y a des quartiers qui regroupent aussi toute la jeunesse. Le Vieux-Limoilou par exemple. Tu vis là comme dans une espèce de communauté : les gens se parlent d’un balcon à l’autre, se passent les enfants, le casse-croûte… J’y sentais une forte vie communautaire. »

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Quel bilan faites-vous du travail des députés sortants, André Drolet et Agnès Maltais?

Mme Maltais, je la connais bien, c’est une bonne députée. M. Drolet, je ne le connais pas. Je pense que c’est une bonne personne, mais je ne comprends pas pourquoi, dans une circonscription avec ce profil, avec des gens dont plusieurs ont des difficultés économiques, ils se donnent un député qui est d’allégeance aussi néolibérale… Ça, ça me dépasse! »

Qu’auriez-vous fait de différent si vous aviez été en poste?

Je pense que j’aurais davantage travaillé avec les gens du coin. J’aurais davantage communiqué avec eux. Moi, l’une de mes préoccupations est de revenir rendre des comptes à mes citoyens et, périodiquement, qu’eux-mêmes me fassent part de leurs besoins. Je pense qu’il faut tendre vers une démocratie qui associe davantage les gens… Je sais que M. Drolet s’est occupé de différents organismes qu’il a soutenus, mais est-ce qu’il est venu s’asseoir auprès des gens pour savoir comment ça va, si les gens étaient contents de son travail, s’ils voulaient qu’il porte d’autres priorités? Je trouve ça important que les élus aient des contacts fréquents et relativement étroits avec la population. »

Le dossier prioritaire pour Limoilou, selon vous?

C’est l’équité entre les citoyens. D’améliorer la qualité de vie de tout le monde, surtout des gens qui en ont le plus besoin. »

D’autres dossiers que vous jugez prioritaires?

La démocratie. Une démocratie davantage participative, qui associe la population à son député.Réforme du mode de scrutin. Ça n’a aucun sens la façon dont ça se passe maintenant. La moitié des avis et opinions des gens passent dans le caniveau. On se retrouve avec un gouvernement, si tu fais le compte du monde qui l’a appuyé, en incluant les abstentions, c’est à peine le quart des Québécois… Dans le monde, je pense qu’il reste trois pays qui ont le mode de scrutin qu’on a!Élections à date fixe. C’est absolument honteux qu’une seule personne puisse décider quel jour, quel mois, quelle année. »

La candidate de Québec solidaire a également été questionnée sur divers dossiers propres au secteur Limoilou. Le dossier D’Estimauville ?

Je pense que l’objectif est bon. C’est sûr qu’il n’y a pas beaucoup de logements sociaux dans le projet, il y aurait pu en avoir plus. De toute façon, dans l’ensemble, il faut faire en sorte que le Québec se donne davantage de logements sociaux. Et il faut viser la mixité sociale dans ce genre de développement. »

Sur la question de l’attraction et la rétention des jeunes familles, elle estime que le problème majeur est le transport en commun, qui doit être développé : certains secteurs sont bien desservis, d’autres beaucoup moins. « Pourquoi on n’organiserait pas un petit système de navette qui fait le tour et qui amène les gens vers les trajets des Métrobus? Il y a certainement quelque chose à faire dans ce sens-là… »Et, selon elle, un meilleur développement du transport en commun pourrait aussi avoir un impact favorable sur la vie économique du secteur, amenant les gens plus facilement vers Limoilou et ses commerces. Et du tourisme? Pourquoi pas! « Je pense que Limoilou, ça peut devenir un quartier avec une mixité sociale équilibrée, avec une vie culturelle dense… Il y a certainement le moyen d’en faire un quartier attrayant pour tout le monde. » Une mixité qui pourrait aussi servir dans l’intégration des communautés culturelles de l’endroit, selon Mme Hémond. Cela, appuyé par des sports, des échanges, des activités culturelles qui regroupent les jeunes et les enfants : « Je les vois aller, ils ont l’air de bien se mélanger! C’est même un plaisir de les voir ensemble », ajoute-t-elle.La candidate souligne également l’impact et l’importance des organismes communautaires dans le secteur, tout particulièrement ceux qui s’occupent des gens en difficulté, comme le Relais d’Espérance, Agapé ou la Bouchée généreuse. « J’ai vu les difficultés que vivent ces organismes et c’est sûr que si je vais à l’Assemblée nationale, je ferai tout en mon possible pour aider des gens comme ça. »La White Birch?

Québec solidaire a vraiment soutenu les travailleurs et les syndicats et continuera à le faire. On est vraiment scandalisés par ce qui s’est fait quant aux retraites. Ce qui est surprenant, c’est que des fois, on dirait que les gens se résignent à ça. On est devenu une société où ça paraît presque normal que tu paies des années ta retraite et qu’un beau jour un monsieur ou une compagnie se serve dans le fond de retraite… »

L’incinérateur? « C’est sûrement lié au fait que notre espérance de vie est moindre ici qu’à Sillery. Il y a cinq ans de différence entre les femmes de Sillery et les femmes de la basse-ville quant à l’espérance de vie! » L’enfouissement des lignes d’Hydro-Québec? Pas suffisamment au courant du dossier, elle préfère ne pas se prononcer. La ferme SMA?

Ça risque de se retrouver en lotissements… Avoir un espace vert comme ça en pleine ville, c’est vraiment un atout pour lequel il faut se battre. En plus que c’est pas loin de D’Estimauville, si on développe le quartier… »

Le mot de la fin?

Moi, j’en ai marre que les gens soient les spectateurs de leur démocratie. Depuis toujours, j’essaie de trouver des façons afin que les gens s’impliquent dans leur environnement social, économique, politique. J’aimerais qu’on cesse d’être des spectateurs pour vraiment devenir des acteurs. On ne fera pas de miracle, mais au moins on fera partie de la pièce qui se joue! »

[ Suivez notre dossier Élections 2012 tout au long de la campagne sur monlimoilou.com/elections. Une série de rencontres avec les candidats des différentes formations dans Jean-Lesage sera publiée d'ici au jour du scrutin. ]