Visages du quartier (2) : Amitié, musique et Sam Murdock

Sam Murdock P572 Limoilou
Crédit photo : Renaud Philippe / Stigmat Photo, 2011
Qui apprécie la scène musicale indépendante de la Capitale se doit de connaître Sam Murdock. Musicien. Producteur. Diffuseur. Il a fait parler de lui au sein de formations telles Lesbo Vrouven ou (swedish) Death Polka. Mais, surtout, il est l’un des deux visages derrière l’étiquette P572, qui depuis 2004 propose de la musique made in Québec pour des passionnés et par des passionnés. Discussion à saveur musicale et entrepreneuriale avec un créateur pour qui « réalisation de projet » rime avec « amitié ».Ainsi, parler de Sam Murdock, c’est parler de P572. C’est en 2004 qu’il lance, aux côtés de Sébastien Leduc, cette boîte à géométrie variable. Après avoir vu le jour dans le bloc du 572 rue Nelson, dans St-Roch, l’équipe déménage ses pénates en 2008 à Limoilou, dans une maison de la 1re Avenue.D’un lieu à l’autre, ils gardent la même formule et le même esprit. D’ailleurs, à ce titre, le site Web de l’organisme en résume bien le cadre : « P572, c’est deux amis qui sortent des disques et des livres depuis 2004 ». Des disques? Les Goules, Black Taboo, Lesbo Vrouven, (swedish) Death Polka, Oromocto Diamond, Millimetrik, Jane Ehrhardt, Keith Kouna, Headache24 et bien d’autres… Des livres? Rétrospectives, fanzines, illustration…

En musique, c’est des bands, c’est des gens, c’est des artistes. Il y a beaucoup de gens qui sont passés. Il faut dire que la vie rock, beaucoup ne la mènent pas sans grand succès pendant dix ans. En fait, la chose qui est restée, c’est Sébastien et moi. Au début, P572, c’était une espèce de grande famille, puis les gens passent à autre chose : les enfants, la maison, la vie. Mais, de 2004 à aujourd’hui, le cœur est resté », résume Sam Murdock.

L’œuvre du hasardLui, c’est un peu le hasard qui l’a amené vers la musique.

J’ai toujours eu l’impression que c’est venu naturellement. Oui, ça vient un peu de ma jeunesse, mais ça n’a jamais été un plan ».

Il met en place son premier band à 9 ans et, déjà, ne se limite pas uniquement à la musique : cette fois, c’est un fanzine incluant les paroles des chansons qu’il éditera. Les rêves de musique, comme ses autres projets, passent en sourdine, le temps de quelques voyages. Puis, c’est P572. Toujours par hasard. Sam Murdock suit ses passions, tout simplement :

Au départ, c’était "on tripe sur ce band-là, on sort ça!". À un moment donné, tu te réveilles et tu réalises que ça fait huit ans que tu fais ça. À ce stade-ci, c’est presque devenu l’œuvre de ma vie », poursuit Sam Murdock.

Publicité

Sam Murdock P 572 LimoilouÀ l’automne 2009, Sébastien et lui font le compte : déjà cinq ans. L’occasion d’une rétrospective, sous forme hybride entre livre de collection et fanzine, P572, cinq ans de musique et de révolution. L’ouvrage, tout comme l’ensemble des activités de P572 jusqu’à ce jour, réalisé sans subvention, sans financement. Avec l’argent disponible et les moyens du bord, tout simplement. « C’est peut-être fait tout croche, mais c’est du tout croche comme on le veut ». Au fil des années, lui et ses acolytes réinventent l’art de faire du beau, bon et pas cher. Les succès d’un projet sont réinvestis dans un autre. Et ainsi de suite. Certaines années, c’est 4, 5 ou 6 artistes qui roulent sous la houlette de P572. En plus des projets d’édition et de la distribution à Québec d’albums de formation hors Québec.Sam Murdock P572Aussi, de Québec, il organise des tournées de petites ou moyennes salles qui l’amèneront un peu partout au Canada ou au nord des États-Unis. Il fait des rencontres, découvre des nouveaux groupes et, parfois, profite d’un de leur passage en province pour leur offrir une vitrine à Québec, soit lors d’un spectacle en salle, soit dans un show privé organisé au sous-sol de la maison de P572, à Limoilou.Au fil des projets, il suit son instinct. Et il met à profit son entourage, ses contacts, son réseau.

J’ai des amis qui ont du talent, qui font de la BD, de l’illustration, de la musique. Je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas le goût de les aider à en faire! »

Quartier général à LimoilouDepuis son arrivée à Limoilou en 2008, l’importance du quartier pour P572 et ses artisans n’a fait que s’accroître. D’ailleurs, en 2010, un flyer conceptualisé par Sam Murdock indiquait que l’organisme était « une maison de disque de Limoilou ».

Je ne sais pas, il y a quelque chose de "pas cool" qui est cool à être à Limoilou. Un sentiment d’attachement très fort, chez les artistes, chez les citoyens. Personnellement, je ne pensais pas tomber en amour avec le quartier autant que ça », indique-t-il. Une question de proximité, peut-être, entre les gens qui habitent le quartier. « Tu vas trois ou quatre fois à la pharmacie, à la chocolaterie, et les gens te reconnaissent! »

Le quartier est donc devenu, en presque cinq ans, un nouveau quartier général. Au-delà de la maison, de l’édifice. Un lieu à partir duquel il continuera à entreprendre, à créer, à démarrer des projets. Son dernier né? 32 dents, un recueil d’illustrations, accompagné d’une brosse à dent, imprimé à 572 exemplaires.

D’un projet à l’autre, chaque chose est toujours à recommencer, observe Sam Murdock. Nouveaux bands. Nouvelles initiatives. Dans tout ça, pour moi, l’important c’est qu’on continue à faire les choses à notre façon ».

[ À lire aussi : Visages du quartier (1) : Renaud Philippe et la passion du photojournalisme ]