La fin du monde n'est pas finie

Ciné-club Spirafilm - La NeuvaineL’apocalypse du 21 décembre 2012 est passée, mais il flottait des relents de fin du monde, hier, à la salle Sylvain-Lelièvre. Bernard Émond était le réalisateur invité dans le cadre du Ciné-club Spirafilm, qui présentait son film La Neuvaine, le premier d’une trilogie qui interroge la perte, dont celle de la foi.Ainsi, après avoir porté sur la genèse de cette œuvre poignante, la discussion a glissé tout naturellement sur Dieu et le sens de la vie. Devant un public plus âgé qu’à l’habitude, dans un éclairage tamisé propice aux confidences, le réalisateur a été conduit à se prononcer sur ses propres croyances, question délicate qu’il a tenté, poliment, de repousser d’un revers de la main pour aborder plus directement l’objet de la soirée: son film.Longueurs, silences, réflexion, mise en scène formaliste, lumière remarquable… Bernard Émond a souligné les qualités de La Neuvaine avant d’être de nouveau amené sur un terrain glissant: la sortie de Vincent Guzzo, propriétaire de cinémas qui, en substance, déclarait que notre culture a le rôle de distraire le monde, pas celui de faire des films « artistiques et lamentards ». Ne souhaitant pas, a priori, se mouiller, le réalisateur a néanmoins lâché «le» gros mot: selon lui, il s’agit d’un complot de diverses instances pour tasser le cinéma d’auteur. S’en est suivi un échange à saveur manichéenne sur le cinéma d’auteur VS le «cinéma épileptique», sur Bach VS Céline Dion, sur Harry Potter VS Balzac, en regrettant au passage la disparition de la culture traditionnelle québécoise.Dans une discussion qui avait commencé avec Dieu, on ne pouvait s’étonner que Bernard Émond en appelle, à la fin, à un peu plus de hauteur. Là où nous amènent, d’ailleurs, ses films. Prochain rendez-vous du Ciné-club : Paranoid Park de Gus van Sant (25 mars).