Camelot pour L’Action catholique

Le journal L’Action catholique a été publié, sous ce titre, de 1915 à 1962.Un jour, ma mère me dit:

Tu devrais livrer les journaux. L’Action cherche justement des livreurs et ça te ferait de l’argent de poche…»

Tiens, tiens, camelot pour L’Action catholique, le journal auquel nous étions abonnés depuis toujours. Bonne idée.J’ai dit oui à maman et quelques jours plus tard, M. Simon, responsable de la distribution de L’Action dans Limoilou, venait me rencontrer à la maison pour me donner ma «route» de journaux.

Tu auras à distribuer 32 journaux, me dit-il. Ton secteur, c’est entre la 18e Rue et la 25e , et la 8e et la 4e Avenue. Un beau coin tranquille, pas beaucoup d’escaliers à monter. Tu vas aimer ça.»

Il me donna un livret de cartes, chaque carte identifiée au nom d’un client.

Ça, c’est pour la collecte. Tu fais ça le vendredi soir après tes livraisons. Tu prends l’argent et tu poinçonnes sur la carte la semaine qui a été payée. On te prête un poinçon, mais perds-le pas!»

Ouin, ça semblait gros comme travail, plus exigeant que ce que j’avais imaginé…

On va livrer le paquet de journaux vers 3h à tous les jours chez toi. Voici ton sac pour les mettre. Ça va être assez pesant au début de la route, mais ça devient plus léger à la fin», me dit-il en souriant.

Bien oui, c’est évident il me semble, ai-je pensé. Le monsieur de L’Action avait un drôle de sens de l’humour…La première semaine s’est bien passée, sauf le soir de la collecte. La plupart des abonnés payaient sur-le-champ, mais certains me demandaient de revenir plus tard en soirée car ils n’avaient pas la monnaie qu’il fallait. Je devais donc me taper deux collectes et je finissais toujours tard.C’est lors de la deuxième semaine que les choses se sont gâtées. Un mercredi en fin d’après-midi, alors que je terminais ma ronde sur la 25e Rue, un groupe d’ados se mirent à me crier des injures, me traitant de «scab», mot que je ne connaissais pas. Le lendemain, les mêmes gars décidèrent de m’effrayer encore plus. Ils essayèrent de prendre mon sac de livraison, me bousculèrent. Heureusement, un de mes abonnés qui était sur sa galerie vint à mon secours. Je pris mes jambes à mon cou et je filai chez moi.En entrant à la maison, encore tout essoufflé, je dis à ma mère: «Je prends ma retraite de L’Action», et je lui racontai ma mésaventure.Ma mère appela tout de suite le monsieur de L’Action qui se pointa chez nous.

Je vais vous expliquer, Madame, dit-il. Votre fils remplace un jeune livreur que nous avons congédié. C’est probablement pour ça que ses amis ont voulu faire peur à votre gars. Mais ça va s’arranger…»

Ma mère, qui était une femme qui n’avait pas la langue dans sa poche, ne laissa pas M. Simon finir sa phrase.

Vous auriez pu nous dire ça avant! Monsieur, prenez votre sac, votre poinçon et vos cartes d’abonnés, et dehors! Mon gars ne se fera pas intimider. C’est fini pour nous L’Action catholique. On va s’abonner au Soleil.

Et c’est ainsi que ma carrière de livreur de journaux prit fin et que nous devinrent de fidèles lecteurs du journal Le Soleil.