Cordonnerie Grands-Pas, gardienne de traditions (2 de 2)

10e Rue, quartier Limoilou
Laval Perron dans l’atelier de la cordonnerie. 6 mai 2014.
[Suite et fin de la partie 1] Rencontre avec Sylvain Martel et son coéquipier, Laval Perron, respectivement propriétaire et artisan à mi-temps de Cordonnerie Grands-Pas, l’une des dernières cordonneries en ville.

Approche personnalisée, services particuliers

«On se distingue des cordonneries de centres d’achats!», affirme Sylvain Martel, principalement au service à la clientèle. «Des gens fidèles du quartier, qui viennent de père en fils. Et ça fonctionne beaucoup par le bouche-à-oreille…».10e Rue, quartier LimoilouEt d’ajouter Laval Perron: «Ce dont je suis le plus fier, c’est de voir les clients contents quand on leur donne la paire de bottes, de finie à neuve!»

D’ailleurs, bien souvent, renchérit Sylvain, il y en a qui veulent garder en souvenir les bottes du père! Après « Achète et jette! », la tangente a l’air partie dans l’autre sens: peut-être qu’on est plus soucieux de l’environnement…», avance-t-il.

Tout au long de la rencontre, le propriétaire de Cordonnerie Grands-Pas souligne les habiletés de son collègue qui lui permettent de mener à bien des mandats parfois inusités.

Laval fait un peu d’orthopédie, et à moindre coût! On parle toujours de réparation de souliers adaptés; une concurrence légale, par exemple pour rendre service à une dame qui a une jambe plus courte que l’autre. Laval répare aussi des souliers de danse qui viennent d’Italie et qui coûtent très chers. Quand il y a des pièces de théâtre, les metteurs en scène, comme ceux du Trident, viennent ici faire des modifications: ça peut être l’ajout d’antidérapant…»

Dans le temps de l’hippodrome, il y a une douzaine d’années, poursuit Laval, la boutique réparait beaucoup de harnais. Les numéros des chevaux, c’est moi qui les faisait!»

De grands magasins tel Sears font aussi appel à Cordonnerie Grands-Pas pour la réparation de bris de chaussures. De plus, poursuit Sylvain,

on a eu des contrats importants pour des compagnies comme Garant ou des moulins à papier pour les étuis des travailleurs… D’une certaine manière, Laval fait beaucoup de choses pour améliorer leur sécurité!»

Sombre avenir?

Dans ce métier, de la relève, il n’y en a plus, tranche Laval Perron. On est parmi les dernières cordonneries. Ici dans Limoilou, ça ne fait pas longtemps, il y avait cinq cordonniers pas loin, dont Vermette sur de la Canardière, et Brunetta sur la 17e Rue…»

«Le gouvernement ne semble pas être conscient de ça, déplore Sylvain Martel. Il n’y a plus de formation de cordonnier.» Le propriétaire raconte que des jeunes s’informent bien à la boutique, ils veulent apprendre le métier, «mais il n’y a pas de projets gouvernementaux, par exemple de réinsertion au travail. Pourtant, on en a déjà formé, des jeunes…».«Ce qui est le fun en cordonnerie, ajoute Laval, c’est qu’on peut travailler huit heures en ligne, et comme c’est jamais la même chose, ça passe vite!» Mais sur un ton plus sombre, malgré la passion qui l’habite toujours, l’artisan en revient hélas à la même conclusion que son associé.

Quand on sera rendu à bout d’âge, ce sera fini à la Cordonnerie Grands-Pas, même si on a encore beaucoup de clients. À 61 ans, je vais continuer à donner du service jusqu’à ce que je ne sois plus capable…»

Cordonnerie Grands-Pas366, 10e Rue418 649-8946

[ À consulter aussi: Métiers traditionnels (3): Le cordonnier de quartier et Jean-Paul Giroux, cordonnier. ]