Drôle de cohabitation: scouts et culturistes à Saint-Fidèle

J’ai été Louveteau puis Scout entre 1955 et 1963.Le local scout de notre paroisse était situé au sous-sol de la vieille église Saint-Fidèle, construite en 1928 et devenue la salle paroissiale en 1954 lors de l’ouverture de l’église actuelle.Le local occupait la moitié du sous-sol. L’autre partie était occupée par un groupe de culturistes. Une sorte de gym. Un rideau de scène épais, opaque, séparait les deux sections et il nous était formellement interdit de le traverser. De toute façon, nous avions une peur bleue de ces hommes forts que nous voyions entrer par une porte de côté qui leur était strictement réservée. Ils étaient imposants.Drôle de voisinage: des scouts d’un côté et de l’autre, des gars musclés qui levaient des poids et sculptaient leur biceps et leurs abdominaux! Mais la présence de ces messieurs muscles nous assurait une certaine tranquillité les soirs de nos réunions.Il était en effet fréquent que des petits bums du quartier viennent troubler la paix de notre local.  Ils ouvraient la porte avant et poussaient des cris stridents afin de nous faire peur. Ils nous traitaient de «moumounes»…  Je dois dire que le fait de porter un uniforme comprenant des culottes courtes faisait de nous des victimes faciles et l’objet de nombreux quolibets.   Mais ce manège ne dura pas très longtemps. Le monsieur muscle en chef, qui devait sûrement être portier dans un bar de Québec, irrité par les cris de ces emmerdeurs, décida d’assurer notre protection. Il posta deux gaillards devant la porte plusieurs soirs de suite et comme par magie, les petits voyous cessèrent de nous intimider.  «Si vous avez encore besoin de nous autres, on est là!», déclara Monsieur muscle en chef.  Je crois que le message s’est répandu dans la paroisse. Plus jamais nous ne fûmes importunés par quiconque. Qui aurait osé provoquer la colère de ces gaillards?Quand le scoutisme rencontre le culturisme, ça assure la paix. Ces gars-là mirent en pratique, sans le savoir, le salut scout: le plus faible est protégé par le plus fort, le pouce étant replié sur le petit doigt. Ouf!