Les frères Seaborn, cinéastes engagés

La première fois que j’ai rencontré Jean-Laurence et Jonathan Seaborn, je tapais de la casserole entre quatre autos-patrouilles tout près de l’Épicerie Économique. Muni de sa caméra et coiffé de longs rastas, Jean-Laurence filmait avec entrain et se délectait de l’évènement. Son œil quittait souvent l’écran de sa caméra 5D pour mieux cadrer le réel. C’était un moment de contestation et on voyait que ça lui plaisait drôlement. Jonathan, un peu à gauche, courait les grands angles et balayait la scène en sautant les trottoirs. Il pivotait et se déplaçait rapidement pour ne rien manquer. Si on avait été dans le noir et que leurs objectifs avaient projeté de la lumière,  ça aurait ressemblé aux «spots» des tripeds dans «La Guerre des mondes» de Spielberg.Les frères Lumière, les frères Seaborn, la comparaison est grosse, mais le folklore et la continuité du cinéma moderne sont là. Par contre, ces derniers mettent en lumière des situations contemporaines beaucoup moins banales que l’arrivée d’un train en gare. Les techniques ont tellement évolué aujourd’hui qu’on filme avec des appareils photos. Ce sont des urbains, pères de famille, globe-trotters et artistes multidisciplinaires engagés, voilà! Jonathan a rencontré sa femme d’origine africaine au pôle nord, c’est tout dire. Deux personnages fascinants qui ont choisi d’adopter Limoilou, d’y vivre et d’y investir. Ils viennent d’ailleurs d’acheter l’immeuble du feu (excusez-la) Guillis Grill au 1039, 3e Avenue, à côté du Bal. Nous y reviendrons plus tard. Parlons d’abord cinéma.

Un an de poussière rouge

Depuis un an maintenant, les frères tournent un documentaire sur le problème de poussières rouges dans Limoilou. Ils ont suivi l’action citoyenne et Véronique Lalande dans ses combats. « On a même une scène où elle allaite pendant une entrevue dans les studios de CKRL.» Le documentaire sera pris en charge par les productions Parallaxes et devrait être vendu pour la télévision sous peu.

Avec ce film, on a voulu démontrer qu’un petit groupe de citoyens pouvait changer les choses. On voit le premier problème, la bataille entre le provincial et le fédéral à propos de la bande riveraine qui ne nous appartient pas. Dans le fond, le gouvernement fédéral s’en câlisse en ce moment de la poussière de nickel!»

Pas de piquerie dans mon quartier

Jean-Laurence et Jonathan ont également tourné «Pas de piquerie dans mon quartier», un documentaire inédit  sur la vie des toxicomanes. Des protagonistes que l’on suit dans le film, quatre sont décédés depuis la fin du tournage. C’est le fils du travailleur social qui parle :

La guerre à la drogue, ça dure depuis cinquante ans et le gâteau lève pas, c’est toujours à recommencer. Il faut des sites d’injection supervisés, un peu comme Nez rouge, encadrons-les!»,  me lance un Jean-Laurence encore secoué par le tournage.

Il m’explique qu’il faut s’immerger dans ce milieu pour comprendre que les toxicomanes sont du monde comme nous, sauf qu’eux, ont souvent eu une enfance misérable, alors ils consomment pour s’engourdir les douleurs.

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Le junkie, c’est pas lui qui va crier et déranger le soir, c’est le gars chaud au Dauphin! La société est allée de l’avant parce que c'est rentable. La prévention coûte moins cher que la guérison. La cour suprême du Canada a reconnu ce service comme étant un service de santé nécessaire mais c'est l’acceptation sociale qui est dure à faire.  Alors ils continuent à se piquer dans la nature et huit junkies sur dix attrapent l’hépatite C ».

Le film est d'ailleurs toujours disponible dans la zone vidéo du site de Télé-Québec, à voir absolument.[youtube clip_id="GVw3RzFD_Ic" width="625" height=""]

Un cinéma dans Limoilou?

Dernière question : « Dites-moi les gars, votre projet au rez-de-chaussée du 1039 3e Avenue, est-ce vrai que ce sera un cinéma? »La suite sur Monlimoilou très prochainement...