Limoilou ès graffitis (I): rencontre avec Louis-David Létourneau-Gagnon

louis-philippe
Louis-David Létourneau-Gagnon, lors de la décoration du piano public de Limoilou dans la rue en août dernier
Les graffitis, cet art contesté de nos villes, font partie de notre quartier. Pour en apprendre plus sur ce moyen d'expression, j’ai décidé d’aller rencontrer un graffiteur de Québec, Louis-David Létourneau-Gagnon, celui-là même qui s'est chargé de la décoration du piano public de Limoilou cet été. Voici, en deux temps, une plongée dans cet univers peu connu du grand public.Louis-David commence à flirter avec le graffiti vers l’âge de 15 ans. C'est une oeuvre d'art sur un mur qui le décide à se procurer ses premières cannes à la quincaillerie, bien plus que le fait qu'il était adepte de skate ou que ses amis manipulaient déjà l'aérosol.Plusieurs choses peuvent attirer les jeunes vers le graffiti, m'explique alors Louis-David. Tout d’abord, il croit que c’est avant tout une forme d’expression, une façon pour les jeunes de montrer qu'ils existent. Ensuite, il y a aussi le jeu de se trouver un nom de tag, de le répandre sur les murs et de cohabiter avec les autres graffiteurs, et ce, dans un complet anonymat.bretellesÀ ce tire, Louis-David dit qu’historiquement, à New York, les noms de tag étaient souvent associés aux noms des rues et avenues d’où venait le graffiteur, par exemple Phil48 (Phil, 4e Rue, 8e Avenue). De plus, il existerait un grand respect entre les graffiteurs pour ne pas empiéter sur le travail des autres. Vous tenterez de le remarquer: il est très rare de voir un tag déborder inutilement sur un autre tag. Bref, on ne se formalise pas trop de vandaliser la propriété d’autrui, mais on fait attention au passage de ses confrères. Étrange paradoxe.

Du vandalisme à l'art

Pour Louis-David, ses premières expériences, comme plusieurs, n’étaient que de simples tags sur les murs. Ça n’avait rien à voir avec l’art, ce n’était que du vandalisme. Une fois l’adrénaline du tag passée, il a voulu apprendre à faire ce qu’on appelle dans le jargon du throw up ou fill in, c'est-à-dire remplir de grosses lettres avec de la couleur pour former des mots. Ça lui a pris une ou deux années avant de maîtriser la technique. Puis c'est devenu répétitif, voire lassant. S'interrogeant sur différents processus de création à l’aérosol, il a décidé de pousser le concept du graffiti plus loin.cansAujourd’hui, Louis-David utilise beaucoup de matériaux recyclés, comme de vieilles cannes de peintures récupérées à l’écocentre, ainsi que des aérosols spécialisés à faible débit spécialement conçus pour le graffiti. En plus d'être étudiant à la maîtrise en arts à l'Université Laval, il participe régulièrement à la création de murales, et ce, même à l’international. D’ailleurs, lors de l’entrevue, il revenait tout juste du Mexique.

Pour lui, l’art du graffiti apporte une vision très locale à la culture, un aspect qu'il retrouve difficilement dans les modèles à penser des grandes écoles de beaux-arts. Voyager pour aller peindre en compagnie d’autres artistes de partout dans le monde lui permet de découvrir des éléments culturels très pointus.

La suite demain...