Limoilou ès graffitis (II): où sont nos murs légaux?

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L'arrière-cour de la Boutique du Skate s'est refait une beauté - en toute légalité - grâce à la créativité de graffiteurs.
Les graffitis, cet art contesté de nos villes, font partie de notre quartier. Pour en apprendre plus sur ce moyen d'expression, j’ai décidé d’aller rencontrer un graffiteur de Québec, Louis-David Létourneau-Gagnon, celui-là même qui s'est chargé de la décoration du piano public de Limoilou cet été. Voici la deuxième et dernière partie sur cet univers peu connu du grand public.Faire un tag peut prendre seulement quelques secondes, mais produire une oeuvre peut s'étirer sur plusieurs jours de travail, m'apprend Louis-David. Encore faut-il avoir la liberté de s'immerger dans un travail de recherche et de création sans se faire pincer par les autorités. Or c'est précisément ce qui, selon notre artiste, manque pour développer l'art du graffiti à Québec: des murs légaux, c'est-à-dire des emplacements où l'on tolère, voire encourage la réalisation d'oeuvres par graffiti. Partout où Louis-David est allé dans le monde, il a vu des murs légaux. Il est convaincu que l’avènement de tels lieux à Québec permettrait à plusieurs jeunes de se découvrir un intérêt pour les arts. Ce serait même une bonne porte d’entrée pour le domaine de l’animation 2D et 3D, une industrie en pleine effervescence dans la région.Certains pourraient croirruelle Limoiloue que les échangeurs de l’îlot fleuri, dans le quartier Saint-Roch, font office de murs légaux. Louis-David me confirme pourtant qu'un policier qui y prend quelqu’un en flagrant délit confisquera, la plupart du temps, les aérosols et demandera au fautif de quitter les lieux.Certes, il existe plusieurs projets de murales à Québec, mais il faut savoir qu'ils sont réalisés avec l'approbation des propriétaires ou, lorsqu'il s'agit d'un lieu public, de la Ville. Il n'y a qu'à penser à la récente inauguration d'une grande oeuvre sur la Pente Douce, une initiative que l'on doit à Exmuro.

Un festival de graffitis?

Alors qu'il revient tout juste du Mexique, Louis-David me partage une idée, une vision qu'il a spécialement pour Limoilou.

Ce que j’imagine, c’est d’utiliser les ruelles de Limoilou pour en faire un lieu de création. Ce que j’aimerais, c’est qu’il y ait un festival de graffitis dans Limoilou, sur les murs tout au long des ruelles. Évidemment, le tout serait fait avec l’approbation des propriétaires. Ceux-ci pourraient s’inscrire sur une liste et devenir volontaires pour prêter leur mur à une création. Les artistes pourraient venir s’exprimer de partout dans le monde lors de ce festival. Ce serait une occasion unique de partager notre culture hyperlocale avec celles du reste du monde. Ça pourrait du même coup apporter une visibilité internationale au quartier. Imaginez qu’au bout de quelques années, il y ait des centaines d’oeuvres partout dans les ruelles. Parcourir ces lieux deviendrait une expérience artistique hors du commun.»michaud

Farfelu comme événement? Et bien dites-vous qu’un projet-pilote a été mené cet été derrière la Boutique du Skate de la 3e Avenue. Cet emplacement était auparavant rempli de tags et n’était pas très reluisant. Avec l’approbation du propriétaire de l'immeuble, ce sont sept artistes qui se sont attelés pour créer une murale haute en couleur. Depuis, les tags sont disparus des parages. Comme le souligne Louis-David, le meilleur moyen pour enrayer les tags, qui tiennent plus du vandalisme, c'est de miser sur des murales artistiques.D’ailleurs, il encourage les propriétaires de Limoilou à avoir recours aux services d'artistes graffiteurs. Plutôt que de simplement peinturer encore et encore un mur qui se fait couvrir de tags, il peut être intéressant, même financièrement, d’engager un artiste pour y peindre une murale.[ À lire : Limoilou ès graffitis, première partie ]