Toxicomanie à Limoilou: dynamiques urbaines et esprit de communauté

Quartier LimoilouLes questions liées à la toxicomanie n’ont jamais été étrangères à Limoilou mais, dans la foulée de la revitalisation du quartier Saint-Roch, elles s’y expriment différemment avec l’éparpillement des clientèles. Survol des dynamiques y étant rattachées et, surtout, de l’esprit communautaire avec lequel résidents et commerçants du quartier semblent l’accueillir. Les causes liées à cet éparpillement? D'abord, en lien avec l’évolution des réalités du logement dans la capitale. Les lieux de vie abordables se font de plus en plus rares. Les lieux de consommation facilement identifiables, les «piqueries», sont de plus en plus surveillés, de moins en moins tolérés.Une réalité qui, par ailleurs, s'accompagne de dynamiques urbaines qui évoluent, d’abord à la place d’Youville, puis dans Saint-Roch: plaintes suivies d’interventions policières, esprit de «profilage social» qui se fait sentir, pression accrue des forces de l’ordre… «Tout ça fait qu’on a dispersé nos participants sur l’ensemble du territoire», indique Mario Gagnon, directeur général de Point de repères, organisme ayant pour mission de prévenir les infections transmises sexuellement par le sang auprès des populations faisant usage de drogues.  Verdict? Le déplacement se fait, peu à peu, vers Saint-Sauveur ou Limoilou. Et plus largement encore.D’ailleurs, Points de repères s’est doté, il y a quelques années, d’une «unité mobile» pour faciliter son travail de façon plus large sur le territoire… Venir à la rencontre de participants qui, pour diverses raisons, ne chemineront pas jusqu’aux lieux de soutien du centre-ville.

Les consommations problématiques, celles qu’on aimerait voir venir dans des centres d’intervention, sont liées à ceux qui s’injectent dans les arrière-cours, dans les ruelles, qui, puisqu’ils vivent dans la rue, ne peuvent pas gérer leur matériel chez eux», indique M. Gagnon.

Culture de collaboration

Cet éparpillement vers Limoilou risque-t-il d’entraîner une nouvelle vague de réactions négatives, de plaintes et, de ce fait, d'interventions policières? Non. Car, à l’image des réalités rattachées à l’itinérance, la dynamique de Limoilou est bien différente de celle de Saint-Roch. «On a une vraie mixité sociale ici, à Limoilou», lance M. Gagnon.Ainsi, le directeur général de Point de repères y observe une «culture particulière», un véritable esprit communautaire. Ainsi, son équipe a été sollicitée par des commerçants, des résidents, question de mieux comprendre cette réalité, de savoir comment y réagir, comment aider.Il faut dire que les problématiques liées à la toxicomanie n’étaient pas non plus étrangères au territoire limoulois: plusieurs organismes concernés par différents axes de cette réalité, comme Le Relais d'Espérance ou le Centre femmes aux trois A, y sont déjà bien établis et font un admirable travail sur le terrain. Reste toutefois encore des ponts à construire, avec différentes instances du coin comme, par exemple, les conseils de quartier.D’une certaine manière, là où le bât risque de blesser, à moyen terme, c’est plutôt dans des secteurs où l’aide terrain est moins disponible, moins établie: Charlesbourg, Loretteville, Pont-Rouge, Portneuf… «Là où il n’y a tout simplement pas d’organismes qui peuvent répondre aux situations.»

Toujours espoir d’un centre d’injection supervisé

En parallèle de ces réflexions, l’espoir de voir un centre d’injection supervisé naître à Québec demeure toujours, bien que, présentement, aucun projet ne semble être sur la table. Reste que, sur ce dossier, Point de repères demeure actif. «Pour viser l’implantation de ce type de service-là, il faut que les gens soient dans le coup dès le départ», indique Mario Gagnon.Ainsi, la collaboration se poursuit avec le CSSS Basse-Ville qui, si un projet venait à être lancé, devrait consulter sa population. Une consultation qui serait suivie de la mise en place d’un comité de gestion citoyen, «qui assurerait la gestion des problèmes au fur et à mesure qu’ils surgiraient, dans l’implantation autant que dans le fonctionnement du centre».

L’idée, en fait, c’est de consulter la population avant, pendant et après la mise en place d’un centre d’injection supervisé», poursuit M. Gagnon.

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