Une bière et demi avec Louis Bélanger

J’ai vu Gaz Bar Blues à la télé l'automne dernier et je me suis toujours demandé où était situé le fameux garage. Le film, qui fêtait ses 10 ans en 2013, est inspiré d’une véritable station d’essence de Limoilou. La plus grande force de ce film,  c’est l’authenticité d’une ambiance oubliée du quartier Stadaconna. C’est aussi une photo, une pièce d’anthologie précieuse de l’époque.

Une bière et demi avec Louis Bélanger | 7 janvier 2014 | Article par Dominic Champagne

Louis Bélanger sur la 3e Avenue à Limoilou

Crédit photo: Dominic Champagne

J’ai vu Gaz Bar Blues à la télé l’automne dernier et je me suis toujours demandé où était situé le fameux garage. Le film, qui fêtait ses 10 ans en 2013, est inspiré d’une véritable station d’essence de Limoilou. La plus grande force de ce film,  c’est l’authenticité d’une ambiance oubliée du quartier Stadaconna. C’est aussi une photo, une pièce d’anthologie précieuse de l’époque.

J’avais donné rendez-vous au réalisateur du film, Louis Bélanger, au Pub Limoilou, un des seuls bars ouverts un 25 décembre dans le quartier. Comme un cadeau que je n’espérais plus, il m’avait envoyé un courriel la veille pour me dire qu’il était à Québec et que l’entrevue aurait lieu. Je pense bien que le temple du blues l’a inspiré puisque nous sommes restés attablés pendant près de deux heures.

J’avais commandé une grosse Labatt 50 et amené un verre de pop-corn à la table en guise d’outils de rétention. Le réalisateur arrive calme et posé, il apprécie rapidement le présent : « C’est pour moi la bière? Merci! ». Louis a des yeux d’aigle, un regard lunaire mais c’est avant tout un artiste qui analyse pas mal tout ce qui l’entoure. Il sautera d’un sujet à l’autre plus souvent qu’à son tour pendant l’entrevue.

Il se souvient d’avoir été au bar l’Incognito et d’avoir été servi à maintes reprises par un certain Alain Slythe. « Un peu plus tard, il a ouvert Le Bal ». Je lui demande si c’est là que son personnage va boire une bière lorsqu’on entend « Where is my mind » des Pixies dans le

film? « Non, mais c’est important la musique dans un film pour expliquer les conditions socio-économiques dans lesquelles les personnages évoluent. »  Il m’avoue avoir payé 25 000 $ de droits d’auteurs  pour cette seule pièce!

Le Gaz Bar était situé au 139 Avenue Eugène-Lamontagne, au coin de la rue Bastille. C’est maintenant un foyer pour ainés. Louis Bélanger a eu beaucoup de difficultés à retrouver des stations-services de la franchise Champlain. Il fallait faire du repérage un peu partout autour de Montréal et quand il en trouvait une, elle était désaffectée et ne ressemblait en rien à la station de son enfance. Au lieu de déplacer une équipe de tournage d’une quarantaine de personnes (à Grand-Mère) et de payer les hôtels, le réalisateur a plutôt décidé de bâtir son décor à Montréal. Il a trouvé un coin de rue intéressant tout près du marché Jean-Talon, une place de stationnement presque identique avec deux sorties de chaque côté. La compagnie Champlain a libéré les droits pour le film, c’était une bénédiction venant d’une pétrolière. Puis, coup du destin! Son équipe trouve en Beauce un collectionneur de pièces de station-service Champlain.

– Quand ma mère a visité le plateau, elle a eu l’impression de faire un retour dans le passé tellement c’était réaliste et identique. En plus, j’avais écrit le scénario en fonction des souvenirs que j’avais de l’endroit. Je savais combien de pas ça prenait pour aller d’un endroit à l’autre, alors c’était parfait.

– Est-ce que vous vous êtes fait cambrioler souvent comme dans le film?

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– Au moins cinq fois, chacun de mes frères et moi. On avait des assurances avec la compagnie,  alors moi je donnais l’argent aux voleurs. Mon grand frère, lui des fois, il voulait les arrêter pis mon père aimait pas ça. Mon père n’était pas bien bon avec l’argent. Y’avait surtout du bon monde qui venait, mais des fois y’en avait qui partait avec des chips ou une cannette de liqueur.

Le réalisateur parle de son père comme d’un être d’une grande douceur. Personne n’avait le droit de sacrer au Gaz bar. C’était un des seuls hommes lettrés alors il commandait le respect. «C’était lui l’boss!».

– Est-ce que c’est vrai le coup du hold-up, que ton père a été pris en otage et qu’ils ont tiré dans la tête du voleur?

– C’est vrai mais ça, je l’ai intégré dans le film. Ça m’arrive parfois de faire ça.  J’étais dans un café à Montréal en 1992. L’assaillant avait pris un homme en otage dans la rue pour tenter de se protéger pis un policier lui a tiré dans la tête. J’ai toute vu ça.

– Un mot pour décrire Limoilou à l’époque?

– Un autre monde, un univers complètement différent. Une aventure.

À 11 ans, Louis Bélanger observait les autres comme Michel Tremblay en dessous de sa table de cuisine, sauf que lui, c’était dans un garage. Il faisait partie des meubles.  Le réalisateur a beaucoup écouté et observé dans son enfance, il se sentait comme un espion dans le gaz bar. Un enfant de 11 ans qui passe sa vie entouré de vieux messieurs. Il entendait des points de vue intéressants, c’était une cour de récréation.  « C’était comme un espèce d’ancrage, un petit Q-G important pour Sto-Can. Ça faisait parti du tissu social. »

Après le tournage de la série Thérapie, Louis Bélanger prépare présentement un film écrit avec Alexis Martin, tourné en Beauce. Il s’agit d’un huis-clos entre un fermier et un comédien déchu de Montréal avec l’acteur Gilles Renaud. C’est une joie d’apprendre qu’il tourne. Louis m’a touché par sa simplicité et pour avoir pris le temps de venir boire une bière et demi avec moi. Je lui souhaite tout le succès dans ses projets!

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